Lettre de M'°^ d'Houdetot à Rousseau, 6 inai
DE JEAN-JACQTJES ROUSSEAU. 393
Je VOUS promets qu'il ne s'en souvieuclra que pour vous aimer davantage. — Rousseau transporté embrasse Diderot. Vous me rendez la vie, lui dit-il, et le conseil que vous me donnez me réconcilie avec moi-même. Dès ce soir, je m'en vais écrire. A quelque temps de là, Diderot voit Saint-Lambert, et le trouve profondément indigné contre Rousseau. Celui-ci avait écrit, pourtant ; mais sa lettre n'était qu'un tissu de fourberie et d'insolence, un chefd'œuvre d'artifice, pour rejeter sur M""" d'Houdetot le tort dont il voulait se laver*. »
Rousseau n'était pas bien sûr de l'indiscrétion de ]y|mc d'Epinay à l'égard de Saint-Lambert; mais, à ses yeux, les soupçons se changeaient vite en certitude. Il commence en tout cas par éclater. A un billet amical de ^1°"° d'Épinay, il répond par des paroles de défiance, et comme elle insiste et lui offre ses consolations : « La confiance dont vous parlez, dit-il, n'est plus^ et il ne vous sera pas aisé de la recouvrer : Non, je ne vous pardonnerai jamais. Vos secrets seuls seront respectés; car je ne serai jamais un homme sans foi. » Mais s'il s'aperçoit qu'il s'est trompé! « Alors, j'aurai peut-être, écrit-il, de grands torts à réparer, et je n'aurai jamais rien fait en ma vie de si bon cœur. Mais savez-vous comment je rachèterai mes fautes durant le peu de temps qui me reste à passer près de vous ? En faisant ce que nul autre ne fera que moi ; en vous disant franchement ce qu'on pense de vous dans le monde, et les brèches que vous avez à réparer à votre réputation ^. )) Voilà comment cet homme reconnaît les
1. Mémoires de MarmONTEL, 1. VIII. — 2. Lettre à d'Épinay, aux Confessions, 1. IX. —
Mémoires de M^' d'Epinay, t. II, ch. VIII.