‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 120 sur 184 · Mémoires de M'^' d'Épinay, t. II, ch. vm. — 2. Jd · texte numérisé non relu

Mémoires de M'^' d'Épinay, t. II, ch. vm. — 2. Jd

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Julie : Eh Dieu ! qu'aurait-on donc dit de celles-là? Non, non, jamais celle qui peut inspirer une pareille passion n'aura le courage d'en brûler les preuves. » Il parait qu'en effet M""' d'IIoudetot n'avait pas déclaré toute la vérité. Elle les avait brûlées, dit-elle plus tard, mais à T exception d'une seule, ou même , suivant une autre vei^sion, de quatre, qu'elle avait conservées comme des chefsd'œuvre d'éloquence et de passion et qu'elle remit à Saint-Lambert. Et comme on demandait au vieux poète ce qu'il en avait fait : brûlées aussi, réponditil avec un sourire et une grimace. Il est des faits dont on aime tout autant ne pas perpétuer le souvenir * .

Rousseau était navré. La fièvre le prit. Une nuit, à la Chevrette, il fut si malade qu'il fallut mander les Gouverneuses. Dans son exaltation, il menaçait de se donner la mort. Grimm pronostiqua gravement qu'il allait devenir tout à fait fou ; M""" d'Épinay le prit décidément en mépris et l'honora à peine d'une visite ^ Son désespoir et cette maladie prouvent bien que sa passion n'était pas éteinte. A bout de ressources, il prit enfin le parti de se plaindre à Saint-Lambert lui-même. Ce moyen était peut-être moins mauvais qu'il n'en avait l'air. Les explications qu'il donne des origines de son amour, de la pureté de ses intentions, de la fidélité de son amitié^ ne sont sans doute pas très exactes, elles sont au moins dans la situation. En moraliste sévère, il va jusqu'à blâmer les liens qui unissent les deux amants. A

1. Anecdotes, etc., par M'"« d'Allard. — Damiron, Mcmoires pour sei^vir à riiistoire de la philosophie au wnr siècle.

— Saint-Marc Girardin, Revue des Deux Mondes, 15 septembre 1853. — 2. Mémoires de iU-e d'i'pinay, t. II, ch. vn.

quoi bon, puisqu'il ajoute qu'il ne veut pas les ôter l'un à l'autre, et proteste de son respect pour une union si tendre? Mais, ajoute-t-il, l'amitié aussi a ses droits et ne fait point de tort à l'amour. Il redemande donc sans crainte l'amie qu'il a perdue. Qu'on admette l'ami entre les deux amants ; il ne déparera pas leur douce société*.

Saint-Lambert, prenant cette lettre du bon côté, ne fit pas difficulté d'assurer Rousseau de son amitié, et, ce qui valait mieux, de celle de M"''' d'Houdetot. (( Nous méritons, dit-il, votre cœur, et vous serez content des nôtres. » Là-dessus, il s'accuse, il parle de ses remords, il veut réparer ses injustices, il demande pardon ^ : on n'est pas plus accommodant.

On pourrait douter de la valeur de ces protestations, si Saint-Lambert lui-même n'avait donné des preuves authentiques de leur sincérité dans les conseils qu'il offrit à Rousseau quand il jugea que cela était utile, dans les efforts qu'il fit pour le réconcilier avec ses amis, dans la netteté avec laquelle il prit son parti contre eux. Une fois pourtant, il osa lui infliger un blâme, Jean-Jacques lui répondit par une lettre de rupture. Il y eut, à la vérité, une réconciliation , mais Saint-Lambert en fit tous les frais ^.

Les relations de Rousseau avec M""" d'Houdetot furent, sinon plus orageuses (avec elle il n'y avait pas d'orages) au moins plus accidentées. Elle voulait lui conserver son amitié ; son cœur l'y portait ; mais elle tenait encore plus à ne rien faire qui pût

1. Lettre à Saint- Lambert , 4 septembre 1757. — 2. Réponse de Saint-Lambert à Rousseau, il octobre 1757. — 3.

Lettres de Saint - Lambert à Rousseau, octobre 1757, 21 novembre 1757, 9 et 10 octobre

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porter ombrage à Saint-Lambert Elle avait donc posé ses conditions. Rousseau n'y était pas toujours fidèle. Il était loin d'avoir dans tous ses tête-à-tète ce calme délicieux dont il se vante et qu'il regarde comme infiniment préférable à ses accès de fièvre ardente d'autrefois. Que de fois n'eut-elle pas à lui prêcher la sagesse, à le ramener au calme et à la raison !

Plus tard cependant elle s'ennuya de l'inutilité de ses efforts. Rousseau, que son impatience rendait maladroit, l'ayant poussée à une rupture, elle en saisit l'occasion d'autant plus vivement que M""^ d'Epinay, sa belle-sœur, et Diderot, son grand homme, étaient en cause ^. Elle ne tarda pas toutefois à se repentir de ce premier mouvement, et, à une lettre désespérée de Rousseau, elle répondit en lui demandant pardon et en le priant d'oublier sa vivacité^. Mais lui, n'en continuait pas moins dans toutes ses lettres à se plaindre du changement qui s'était opéré en elle, de l'abandon où elle le laissait, du peu d'amitié qu'elle lui témoignait ^ Ces alternatives de calme et d'agitation ne pouvaient manquer de troubler leur concorde; aussi, sous les prétextes bien tardifs des indiscrétions de Rousseau et de ses amis, du bruit qu'avait fait la folle passion dont il s'était pris pour elle, du souci de sa propre réputation, M^"^ d'Houdetot se décida-t-elle à une sorte de rupture qui n'altérerait en rien l'es-

1. Lettre de M™^ d'Houdetot à Rousseau, 26 octobre 1757. — 2. Id. du 3 novembre 1757 au 8 janvier 1758, d'après Strec- KEiSEN-MouLTOu, OU, d'après RiTTER, du 1«' novembre 1757

au 10 janvier 1758. — 3. Réponse de A/'»'^ d'Houdetot, 10 janvier 1758. — 4, Lettres à M""' d'Houdetot, janvier, 25 mars, 13 juillet 1758.

time et l'amitié qu'elle et Saint-Lambert lui conserveraient toujours ^ Cet engagement n'était pas une vaine parole. S'ils cessèrent, en effet, à partir de ce moment, presque toute correspondance avec lui, d'autres documents établissent que toute leur vie ils lui restèrent attachés ^

Rousseau avait souvent rêvé une sorte de vie à trois avec M°"' d'Houdetot et Saint-Lambert, et les deux amants, sans doute pour ne pas froisser ses idées, ont parfois exprimé le même désiré On sent ce que ce projet avait de chimérique ; mais si Rousseau ne put unir sa vie à celle de la femme de ses rêves, il lui garda toujours, même après que sa passion fut éteinte, un autel au fond de son cœur. Il avait fait d'elle une des héroïnes de sa Nouvelle Héloïse; il lui en envoyait les feuilles à mesure qu'il les composait. Quand le roman fut achevé, il lui en offrit un exemplaire élégant, tout entier écrit de sa main : M"""" d'Houdetot garda précieusement ce don toute sa vie Il lui dédia encore d'autres œuvres littéraires, sous forme de lettres, si même il ne les lui adressa directement ^

Grimm avait dit en parlant de Rousseau : la solitude le tuera ou le rendra fou ; maintenant il disait :

1. Lettre de M™e d'Houdetot à Rousseau, 6 mai 1758.— 2. Lettres de il/nae de Verdelin à Rousseau, o septembre 1763 ; — de Rousseau à de Verdelin,

4 octobre 1765 et 17 décembre 1767. — 3. Lettre à Saint-Lambert, 28 octobre 1757 ; — Confessions, 1. IX. — 4, Lettre de M™^ d'Houdetot à Rousseau, 1760. — Elle écrivit ces mots en tête du volume : « Ce manuscrit

fut pour moi le gage de l'attachement d'un homme célèbre. Son triste caractère empoisonna sa vie ; mais la postérité n'oubliera jamais ses talents... » {Mémoires de M™" d'Épinay , t. II. Appendice. — 5. Lettres sur la vertu et le bon^ heur (Aux Œuvres et Correspondance inédites, édition Sthec-

KEISEN-MOULTOU) .

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la solitude l'a rendu fou ; et tout le monde de faire écho. Sa solitude, en tout cas, n'était pas bien profonde, et l'on ne pouvait guère l'appeler le Solitaire que par un reste de vieille habitude. La vie fut notamment cette année-là singulièrement bruyante à la Chevrette. Il y avait nombreuse compagnie, on faisait de la musique, on jouait la comédie. Jean- Jacques, pour faire diversion à ses maux, voulut prendre part à cette agitation. Il fit la musique d'une pièce mêlée de chants, dont M""' d'Épinay avait composé les paroles. Il fit aussi, pour la dédicace de la chapelle du château, celle d'un motet : Ecce sedes hic tonantis ; la beauté de ce chant frappa tout le monde \ Il avait bien, pour exciter sa verve, le désir de se faire honneur auprès de M""^ d'Houdetot d'un talent qu'elle aimait ; mais il voulait surtout fermer la bouche aux gens qui, malgré le Devin et ses autres œuvres musicales, s'entêtaient, croyait-il, à soutenir qu'il n'entendait pas la composition et n'était pas l'auteur de ses propres pièces.

Sa réputation de musicien pouvait s'affermir dans ces circonstances, mais il était clair que sa situation morale baissait rapidement dans l'opinion. Devenu malheureux et ridicule à cause de ses aventures, son irritabilité s'en était encore accrue. M™^ d'Épinay, excitée de loin par Grimm, indisposée par Rousseau lui-même, par ses mensonges, par ses querelles, par ses sottises de chaque jour, ne voyait plus en lui qu'un nain moral et se détachait de lui. Si M"''' d'Epinay en était là, que dire des autres ?

1. Ce morceau fut de nou- 1 M"" Fel. Lettre de M. d'Épiyeau chanté en 1765, par 1 nay à Rousseau, 15 mars 1765.

Ici nous arrivons à une nouvelle phase de ce que Rousseau a appelé ses malheurs : à sa rupture avec ses amis, avec Grimm, Diderot et M"'^ d'Epinay. Tout cela fut encore, en grande partie, la suite de son amour pour M'^*' d'Houdetot. Mais avant la grande querelle, il y eut avec chacun les piqûres d'épingle, les taquineries ; comme à la guerre, on a les escarmouches avant la bataille.

Grimm et Rousseau avaient été très intimement liés^mais leurs natures ne se convenaient en aucune façon. Grimm était trop froid, trop fier, trop arrogant dans sa morgue de parvenu pour l'orgueilleuse simplicité de son ami. Depuis longtemps, il cherchait à desservir Rousseau. Rousseau, de son côté, qui savait à peu près à quoi s^en tenir, n'était pas en reste de mots amers. Il avait donné à Grimm presque tous ses amis ; celui-ci était, avec le temps, venu à bout de les lui enlever, bien loin de lui donner aucun des siens. On n'en finirait pas si l'on voulait répéter tous les griefs de Rousseau, ses fâcheries, ses réconciliations, suivies de nouvelles mésintelligences. 11 était précisément dans un de ses moments de mécontentement quand Grimm revint de la guerre. L'accueil qui fut fait au nouveau venu ne contribua pas à remettre Rousseau en bonne humeur. Il occupait une belle chambre auprès de celle de M"^" d'Epinay, il fut obligé de la céder à Grimm ; il se trouva, non plus relégué au second rang, mais négligé, oublié, absolument annulé. Prévenances, politesses, attentions, tout était pour

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Grimm. Ce dernier n'attendait pas seulement qu'on lui offrit la première place, il la prenait partout et écrasait le malheureux Jean-Jacques de ses airs protecteurs et de ses dédains ; il était le maître, il agissait en maître. M"''' d'Épinay elle-même en souffrait*.

On pense bien que de pareilles allures n'étaient pas du goût de Jean- Jacques. Il s'en plaignit à M""^ d'Epinay et ne parla de rien moins que d'une rupture ; mais il ne pouvait s'attendre à trouver auprès d'elle un grand appui. Elle le sermonna si bien, verbalement et par écrit ^ ; elle lui présenta les choses de telle façon, qu'elle lui persuada qu'il pourrait bien s'être mépris, et qu'il devait à son ami une réparation et des excuses. Grimm, impassible et froid, laissait aller, promettant de répondre aux avances qu'il recevrait, mais ajoutant qu'il se garderait bien d'en faire. La scène de raccommodement qui eut lieu à cette occasion est longuement racontée dans les Confessions et dans les Mé?noires ^ Mais, au milieu des divergences des deux récits, il est difficile de démêler l'attitude des adversaires et la part de torts qu'il faut attribuer à chàcun. Etant donnés leurs caractères, on ne se tromperait sans doute pas beaucoup en affirmant qu'ils avaient tort tous les deux. En tout cas, Jean-Jacques fut très content de lui, prétendit s'être heurté à l'orgueil et à la morgue de Grimm, s'être humilié et avoir fait

1. Confessions, liv. IX. Ces faits sont confirmés par le fils d'Épinay, Lelh^e à Musset-Pathay, 20 mai 4811. — 2. Lettre de M""> d'Épinay à Rousseau, automne de 1757. — 3. M'^'^

d'Épinay place cette scène à l'arrivée même de Grimm; il paraît qu'elle n'eut lieu que trois ou quatre semaines plus tard, mais peu importe. Voir RITTER, p. 331.

toutes les avances. En forme de conclusion, il dit à M™^ d'Épinay : « Si cela doit me rendre le cœur de mon ami, je ne m'en repens pas*. » Quoi qu'on doive penser de cette réconciliation, Rousseau en fut généralement félicité ^

Diderot, doué d'une imagination impossible, fougueux, emporté, mais aisé à ramener, était Topposé de Grimm. Il se fâchait facilement avec Jean- Jacques, mais il se remettait de même. Dans le courant de Tété, ils eurent une nouvelle querelle, dont la cause n'est pas bien connue. M"^" d'Epinay se borne à annoncer à Grimm comme une grande nouvelle que Jean-Jacques est allé à Paris pour voir Diderot, se jeter à son cou et lui demander pardon d'une lettre trop vive qu il lui avait écrite. Quoiqu'il prétende, dit-elle, n'avoir pas tort, il a voulu lui jurer une amitié éternelle, a passé deux jours auprès de lui, et est revenu enchanté. Il voulait emporter son roman ; elle l'a dissuadé de cette résolution, qui lui aurait fait perdre le mérite de sa visite. Elle a eu de la peine à le déterminer, mais à la fin il s'est soumis. Elle le croyait du moins ; car Grimm ne tarda pas à la détromper et à lui apprendre que Rousseau en avait menti; qu'il n'avait été voir Diderot que pour lui hre son Oiivrage ; qu'il l'avait tenu depuis le samedi dix heures du matin, jusqu'au lundi onze heures du soir, lui donnant à peine le temps de boire et de manger. Puis, la révision faite, Diderot lui ayant parlé d'un plan qu'il avait dans la tête et d'un inci-

1. Confessions, \. IX; — Mé- | SamMam6cî% 28 octobre 1757. moires de M^^ d'Épinay, t. II, — 2. Lettres divrrses, lin de ch. Vlil ; — Lellre de Rousseau à \ 1757-1758.

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dent à arranger : Cela est trop difficile, avait répondu froidement l'Ermite ; il est tard ; je ne suis point accoutumé à veiller; bonsoir; je pars demain, à six heures du matin. Et là-dessus, il avait pris congé de Diderot, pétrifié de son procédé ^

Ce récit ne saurait être accepté de tout point. Il est bien vrai qu'à cette réconciliation, dont Rousseau d'ailleurs s'attribue tout le mérite, il fut beaucoup question de la Nouvelle Héloïse. Diderot trouva l'ouvrage feuillu^, c'est-à-dire trop touffu, défaut que Rousseau reconnut sans difficulté, et dont il chercha à se corriger dans la suite du roman. Mais il est vrai aussi qu'on parla des ouvrages de Diderot, notamment du Fils naturel, qui avait échoué, et du Père de Famille, qui fut jugé capable de réparer cet échec.

Il faut que Diderot ait repris bien vite son ascendant sur Jean-Jacques; car, pour commencer, il l'emmena souper, malgré sa répugnance, chez le baron d'Holbach. Jean-Jacques était souvent ainsi, se laissant gouverner comme un enfant, sauf à se révolter contre ceux qui le gouvernaient ^

M"'^ d'Epinay avait trop d'occasions de voir et d'apprécier Rousseau pour lui rester longtemps attachée. Outre les querelles de Grimm et de Diderot, qu'elle avait embrassées chaleureusement, elle avait ses sujets propres de mécontentement. On ne sait

1. Mémoires de M'"» d'Épinay, t. II, ch. viii. — 2. Les Confessions et une Lettre de Rousseau à Duclos, 19 novembre 1760, disent feuillet. Gela doit être une faute de copiste ou d'impression; feuillet ne veut rien dire. Duclos, enchanté

de la Nouvelle Héloïse, dit formellement d'ailleurs : Je vous réponds que je ne trouve pas l'ouvrage feuillu {Lettre de Duclos, novembre 1760). — 3. Confessions, 1. IX, et Lettre à M™« d'IIoudetot, s. d.

si elle se souvenait que Rousseau l'avait soupçonnée d'avoir écrit à Saint-Lambert; mais à coup sûr, Rousseau ne l'avait pas oublié. Elle avait chaque jour à se plaindre des âpretés et des inégalités de son caractère. Elle a, d'ailleurs, parfaitement indiqué dans ses mémoires le mouvement progressif de ses propres sentiments, qui, peu à peu, à l'amitié substitua la pitié, puis l'indifférence et le mépris.

Dès le printemps, Jean-Jacques lui avait remis les premières lettres de la Nouvelle Héloïse ; il lui sembla que les personnages manquaient de vérité et de chaleur ; qu'ils ne disaient pas un mot de ce qu'ils devaient dire : c'était toujours l'auteur qui parlait. Mais comment lui faire comprendre cela ? Elle y parvint pourtant, à force de ménagements. Jean-Jacques ne fut pas blessé, ou du moins ne le fit pas trop paraître*.

Bientôt elle voit ou apprend ses visites à Eau- Bonne, ses humeurs, les jalousies de Thérèse ; elle se trouve négligée et ne tarde pas à être Tobjet de soupçons odieux; de là^ des explications, des récriminations. Puis les scènes se multiplient : Jean- Jacques pleure ou s'irrite, accuse ou se justifie, se met en colère ou demande pardon, se désespère, tombe malade, donne toutes les marques du caractère le plus fantasque, de l'esprit le plus désordonné. D'autres fois, il se livre aux paradoxes les plus révoltants ;. il a des idées à lui sur l'état de nature, sur l'éducation : le père et la mère ne sont pas faits pour élever leurs enfants, ni les enfants pour être élevés par eux. En présence de ces thèses bizarres^ de ces écarts de caractère, Grimm ne ces-

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