‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 127 sur 184 · Jugement sur le Projet de paix perpétuelle · texte numérisé non relu

Jugement sur le Projet de paix perpétuelle

LA VIE ET LES ŒUVRES

plan seraient incontestables, quel homme de sens oserait entreprendre d'abolir les vieilles coutumes, de changer les vieilles maximes, et de donner une autre forme à l'Etat que celle où l'a successivement amené une durée de treize cents ans ?

Rousseau venait de terminer ses deux Extraits, avec les Jugements composés à leur occasion, quand parut à Londres un abrégé en deux volumes des œuvres politiques de l'abbé de Saint-Pierre. M. de Bastide, auteur du journal le Monde j ne se sentit point découragé par l'insuccès de ce livre ; mais jugeant sans doute que le nom seul de Rousseau était une réclame suffisante, il ne négligea rien pour s'assurer sa collaboration. Il s'adressa à cet effet à Duclos, qui lui-même ne demandait qu'à pousser son ami. De Bastide était insatiable ; si on l'avait écouté, non seulement les travaux de l'abbé de Saint-Pierre, mais la Nouvelle Héloïse, YÉmile, le Co'/î^ra^ socza/ auraient paru par articles dans son journal. Rousseau se contenta de lui céder pour douze louis V Extrait sur la paix perpétuelle. Mais la publication de ce simple travail, qui pourtant ne comprenait pas le Jugement, souffrit des difficultés. Le Gouvernement, si indulgent tant qu'il ne s'agissait que de plans ou d'idées générales, ou qu'il n'avait point à donner d'approbation formelle, était d'une sévérité outrée pour les livres soumis à sa censure. Il voulut voir dans V Extrait des hardiesses qu'il n'était pas possible de tolérer dans un journal. De Bastide regarda alors comme plus prudent de faire la publication en un volume séparé. R aurait désiré un titre moins simple et qui mit davantage en lumière le nom de Rousseau ; mais celui-ci ne consentit point à ce qu'on lui attribuât intégrale-

ment un honneur qu'il jugeait ne lui appartenir qu'en partie. Il ne voulut pas non plus qu'on l'appelât Monsieur Rousseau, mais simplement Jean- Jacques Rousseau, citoyen de Genève, ni plus, ni moins.

Le volume parut en 1761, c'est-à-dire quatre ou cinq ans après qu'il avait été fait. Il arrivait cependant assez à son heure, et les alternatives de la guerre de sept ans , les étonnantes victoires de Frédéric II, les négociations du Pacte de famille pouvaient lui donner au moins un intérêt d' à-propos. Deleyre, très admirateur de VExtrait, très persuadé qu'il était possible d'en appliquer les vues, regrettait de n'être plus au ministère, pour le faire remettre aux m.ains des plénipotentiaires. Mais il est à croire que les hommes d'état et les hommes de guerre se préoccupaient de tout autre chose que des utopies de l'abbé de Saint-Pierre, remises à neuf par Jean-Jacques Rousseau. Deleyre insistait pour qu'on fit paraître sans retard le Jugement sur le Projet^. Duclos, de son côté , aurait voulu qu'on publiât les extraits de toutes les œuvres de l'abbé ^ Malgré ces invitations , Jean-Jacques voulut s'en tenir au Projet de paix perpétuelle , La Polysynodie et les deux Jugements ne furent imprimés qu'après sa mort. Dans le temps où il songeait à donner plus d'extension à son œuvre, il avait fait aussi quelques recherches sur la vie de l'abbé de Saint-Pierre ; nous n'en possédons qu'un fragment sans importance, publié en 1861 par M. Streckeisen-Moultou^

1. Lettre de Deleyre à Rousseau, 13 mars 1761. — 2. LeUre de Duclos à Rousseau, 3 décem-

bre 1760. — 3. Œuvres et Correspondances inédites de J.-J.

Rousseau.

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