‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 128 sur 184 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Voltaire, qu'on ne manque jamais de rencontrer à propos de toutes les œuvres de Rousseau, a voulu dire son mot sur la Paix perpétuelle. Il Ta fait dans deux opuscules : l'un^ le Eescrit de rEmpereur de la Chine, dirigé nommément contre Jean-Jacques, n'est qu'une farce sans portée ; l'autre, intitulé De la paix perpétuelle^ est une impudente falsification de l'histoire. Il a pour but de prouver qu'il n'est possible d'établir la paix que sur les ruines de tous les dogmes chrétiens. Rousseau ne fit qu'ea rire, et cette fois, il fit bien.

La Morale sensitive ou le Matérialisme du Sage, ne fut connue que par deux pages des Confessions jusqu'à l'époque (1826) où Yillenave publia, sous le titre de Pensées d'un esprit droit et sentiments d'un cœur vertueux, un opuscule qui évidemment en était une sorte d'étude préparatoire. « L'on a remarqué, dit Rousseau, que la plupart des hommes sont, dans le cours de leur vie, souvent dissemblables à euxmêmes, » tantôt portés à. la vertu, tantôt inclinés vers le vice. Il entreprit de chercher les causes de ces variations et voulut essayer de diriger celles qui dépendent de nous. « L'impression des objets extérieurs.'., les climats, les saisons, les couleurs, la lumière, les éléments, les aliments', le bruit, le silence, le mouvement, le repos, tout nous offre mille prises presque assurées^ pour gouverner dans leur origine les sentiments dont nous nous laissons dominer. » Telle était l'idée fondamentale de Rousseau, établie sur ses expériences, sur ses observa-

tions , et dont il prétendait faire un livre utile et agréable ^ Il y avait peu travaillé; mais le peu qu'il avait écrit fut perdu, ou, d'après lui, fut volé, lors de sa fuite de Montmorency, après la publication de YÉmile^. C'est ce manuscrit, venu de l'hôtel de Luxembourg et passé ensuite en diverses mains, que Villenave a retrouvé. Il se compose de pensées détachées, au nombre de soixante-dix-sept, dans le genre des Peiisées de Pascal, ou des Maximes de La Rochefoucauld. Un tel travail ne s'analyse pas ; mais on y reconnaît à chaque ligne le cachet si personnel de Rousseau. Il est évident qu'il songeait à lui-même en le composant : on dirait parfois qu'il a eu l'intention de se censurer lui-même dans les défauts qu'il condamne.

Quoique ses préceptes ne s'élèvent guère en général au-dessus d'une prudence tout humaine, la plupart sont d'une morale très pure, quelques-uns d'une grande délicatesse de sentiment. Le sujet qui reparait le plus souvent est Tamitié ; puis viennent des conseils pour supporter les misères de la vie ou pour obtenir le bonheur, pour dominer ses passions ou pour acquérir la vertu ^.

M""' de Genlis songea à faire un roman qui aurait eu pour titre : l'Éducation sensitive. Elle en fut détournée, on ne voit pas bien pourquoi, parla crainte d'une sorte de rapprochement avec la Morale seiisi-

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