Voir ci-après, ch. xvi
LA VIE ET LES ŒUVRES
Jean-Jacques. Or, tout fait supposer au contraire que cette dame lui témoigna constamment le plus grand intérêt.
Par M""" de Boufflers, il gagna l'affection du prince de Conti, de la maison de Bourbon. Rousseau ne raconte pas sans une certaine fierté qu'ayant été admis à faire sa partie aux échecs, il ne se fit pas faute de le gagner deux ou trois fois de suite. « Ce grand prince, dit-il, sentit qu'il n'y avait que moi qui le traitais en homme, et j'ai tout lieu de croire qu'il m'en a vraiment su bon gré ^ » Mais lui-même qui savait si bien donner des leçons aux princes, n'aurait-il pas eu besoin d^en recevoir ? Conti lui ayant envoyé du gibier de sa chasse, il accepta deux fois, mais il écrivit à M™Me Boufflers qu'il n'accepterait pas une troisième. Il sait respecter le mérite jusque dans les grands,... la personne du prince l'attire plus que son rang ne le repousse... mais il n'enfreindra pas ses maximes, même pour lui^ Il avoue, d'ailleurs, que son procédé sentait moins la délicatesse d'un homme fier qui veut conserver son indépendance que la rusticité d'un mal appris qui se méconnaît^. Nous aurons, du reste, à parler assez longuement plus tard du prince de Conti et de M""" de Boufflers.
Jean-Jacques s'accuse d'avoir eu trop de familiarité dans- ses manières avec les grands; mais la faute en est bien, au moins en partie, à ces derniers, surtout à M""" de Luxembourg. On est stupéfait des gâteries et des marques d'amitié dont
1. Confessions, 1. X. — Lettre à Dupeyrou, 27 septembre 1767.
— 2. Lettre à M™« de Boufflers,
7 octobre 1760. — 3. Confessions, 1. X. — Lettre à Dupeyrou, 27 septembre 1767.
T)E .TE.\N-JACQUES ROUSSEAU
elle l'accable. « Les remerciements ne sont pas faits pour vous, lui avait-elle dit pour commencer; c'est de M. de Luxembourg- et de moi que vous devez en recevoir. Cependant notre reconnaissance serait plus grande, si vous aviez voulu accepter un autre logements » Il s'était attristé d'un silence trop prolongé de M™" de Luxembourg et craignait de l'avoir offensée. « Ce n'est pas à vous, lui répond-elle, à vous mettre à mes pieds, c'est à moi à me jeter aux vôtres... C'est à votre clémence et à votre amitié que je demande pardon, si vous m'en croyez encore digne ^. » « Vous me dites que vous avez moins de réserve avec M. de Luxembourg qu'avec moi. Eh! Monsieur, à mon âge, on n'a plus de sexe. Il ne me reste qu'un cœur qui ne vieillit point pour vous et que vous trouverez toujours bien tendre*. » — « Adieu, tout ce qu'il y a de plus parfait et de plus aimable; je vous aime du plus tendre de mon cœur*. » — « Je vous embrasse mille fois, du plus tendre de mon cœur^ » — «Ne connaitrezvous jamais les sentiments que j'ai pour vous... J'embrasse M'^" Le VasseurM » — ■ Rousseau, de son côté, tâchait de n'être pas en reste de compliments ; mais au moins il était davantage dans son rôle.