‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 146 sur 184 · Nouvelle Héloïse, note finale · texte numérisé non relu

Nouvelle Héloïse, note finale

victime de l'amour maternel; elle meurt dans l'absence de son ami; mais elle confie à Saint-Preux, comme gage de son constant amour, ses enfants et son mari.

^ Enfin, pour que rien ne manque à ces tableaux enchanteurs, ajoutons que l'auteur y a fait entrer le dévouement d'une cousine excellente, que rien ne saurait séparer de Julie, d'un ami généreux, que Saint-Preux est toujours sûr de trouver aux jours de l'épreuve ; de sorte qu'on voit, réunis dans le même cadre, les deux plus beaux sentiments du cœur de l'homme, l'amour et l'amitié.

On peut déjà préjuger, par ce que nous venons de dire, que la Nouvelle Héloïse n'est pas d'une moralité irréprochable. Cette alliance perpétuelle de la vertu et de la faute semblera toujours impossible à une âme délicate. Voilà une jeune fille, la plus parfaite qu'il soit possible de rêver ; elle accepte un amant, elle lui écrit, elle se livre à lui, elle continue à entretenir avec lui, à l'insu de ses parents, une correspondance passionnée; en est-elle moins parfaite? Elle dit oui, mais elle s'accuse de telle sorte qu'on est bien tenté de l'absoudre et de l'admirer malgré elle ; l'amant dit non^ et beaucoup de gens seront de son avis. Veut-on avoir la note dominante de l'ouvrage, écoutons ces paroles de Saint- Preux à son amante : u Que je relise mille fois cette lettre adorable, où ton âme et tes sentiments sont écrits en caractères de feu ; où malgré tout l'emportement d'un cœur agité, je vois avec transport combien, dans une âme honnête, les passions les plus vives gardent encore le saint caractère de la vertu i.

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