Nouvelle Héloïse, p'e partie, lettre
Que Julie ne se livre donc point à des remords indignes d'elle. « Sois plus juste envers toi, ma Julie; vois d'un œil moins prévenu les sacrés liens que ton cœur a formés. N'as-tu pas suivi les plus pures lois de la nature ? N'as-tu pas librement contracté le plus saint des eng-ag-ements ? Qu'as-tu fait que les lois divines et humaines ne puissent et ne doivent autoriser? Que manque-t-il au nœud qui nous joint, qu'une déclaration publique ? Veuille être à moi; tu n'es plus coupable'. » Et Julie ne désavouera pas ce langage. « Le véritable amour, dit-elle, est le plus chaste de tous les liens .. Sa flamme honore et purifie toutes les caresses; la décence et l'honnêteté l'accompagnent au sein de la volupté même, et lui seul sait tout accorder aux désirs, sans rien ùter à la pudeur^. » C'est une jeune fille qui parle ainsi; et encore nous en passons. Quant à la conclusion, elle sera donnée par le brave Anglais, ami de Saint-Preux. « 11 s'est joint à votre amour une élévation de vertu qui vous élève, et vous vaudriez moins l'un et l'autre, si vous ne vous étiez point aimés ^. » L'amour inspire la vertu, l'amour élevé à une certaine puissance est nécessairement vertueux : voilà la morale de la Nouvelle ^ Héloïse. Telle n'est pas la nôtre, et l'exemple mêine de Julie n'est pas pour nous l'aire changer d'avis.
Une autre idée, non moins fausse et aussi peu' morale, domine dans le roman ; c'est que la sag'esse humaine, la morale sans Dieu, suffit à la conduite de la vie. C'est Wolmar qui est spécialement charg-é de représenter cette doctrine*. Rousseau venait
1. Nouvelle Héloïse, partie, i lettre 60. — 4. On dit que dans lettre 31. — 2. Id., lettre SO. — | le caractèie de Wolmar, Rous- 3. Nouvelle Héloïse, II^ partie, i seau voulut faire le portrait