‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 148 sur 184 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

LA VIE ET LES ŒUVRES

d'écrire qu'on ne peut être vertueux sans religion*; par quelle aberration donc choisit-il un athée, pour en faire le modèle des hommes, des époux et des amis? Il l'a fait exprès, dit-il, pour rapprocher les partis, donner une leçon de tolérance, et « apprendre aux aboyants qu'on peut être un incrédule sans être un coquin ^ » Fort bien, mais pourquoi nous présenter comme modèle à suivre un caractère qu'on a soi-même déclaré impossible? Dans son désir de se poser en précepteur, Rousseau ajoute que la dévotion de Julie est une leçon pour les philosophes, à qui elle enseigne que la morale peut s'appuyer sur la religion. Nous croyons, au contraire, que cette doctrine de la morale sans Dieu se retrouve, quoique d'une façon moins marquée, dans tous les caractères de la Nouvelle Héloïse : dans celui de Saint-Preux, d'un bout à l'autre ; même aussi parfois dans celui de l'incomparable Julie. Rousseau en fait, il est vrai, une dévote, mais seulement vers la fin de sa vie, alors qu'elle avait dit adieu à sa passion et réglé sa maison et ses mœurs. Jusque-là, elle parle de Dieu, mais en philosophe, sans lui demander son secours. Cette coïncidence de la dévotion avec la réforme des mœurs est caractéristique ; Julie l'avoue avec une sincérité ^dont il faut savoir gré à l'auteur. « Si la dévotion est bonne, dit-elle, où est le tort d'en avoir... J'aimai la vertu dès mon enfance, et cultivai ma raison dans tous les temps. Avec du sentiment et des lumières, j'ai voulu me gouverner et je me

du baron d'Hollpach. Celui-ci n'eut pas à s'en plaindre {Mémoires de M^o d'Épinay, t. I, ch. IX. Note de M. Boiteau). —

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