‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 150 sur 184 · Nouvelle Héloïse, partie, lettre · texte numérisé non relu

Nouvelle Héloïse, partie, lettre

il n'est pas jusqu'à l'athée Wolmar qui ne prêche aussi comme les autres. On ne sait ce qui revient le plus souvent, des sentiments passionnés ou des prédications puritaines, des tableaux voluptueux ou des scènes de famille. D'une façon générale, le mal et le bien se sont partagé la place, le mal ayant pris la première moitié du livre ; mais ils empiètent parfois l'un sur l'autre et s'enchevêtrent de manière qu'il n'est pas toujours facile de les déuiêler. Pour citer UQ exemple, la lettre où Julie accorde sa main à Wolmar, tout en gardant son cœur à Saint-Preux, lui sera difficilement pardonnée ^ On attendait mieux d'une femme aussi parfaite ; l'intérêt même qu'on lui porte souffre de ce manque de constance ou de franchise. Mais comme la fidélité qu'elle voue à son mari, l'affection qu'elle ne tarde pas à lui donner, les belles réflexions qu'elle fait sur l'état du mariage la relèvent bientôt ! Puis, après son mariage, comme sa conduite tranche heureusement avec ses premières faiblesses ! Il y a cependant une ombre à ce tableau : le changement de Julie est bien subit et bien peu vraisemblable. Comment passe-t-elle tout d'un coup du relâchement à la sévérité, de l'effronterie à un excès de pudeur? Comment peut-elle vivre heureuse et tranquille entre son mari qu'elle respecte, qu'elle estime, et son ancien amant, qu'elle continue d'aimer autant que par le passé, quoique d'une affection différente? Sa situation est délicate, si délicate même que Rousseau n'a pas cru pouvoir sauver son héroïne d'un moment de tentation. Tout le monde, à commencer par son mari, a beau lui dire qu'elle n'a rien à craindre, il s'en faut peu

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