‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 163 sur 184 · Lettre à Malesherbes, 20 novembre 1761. (Bibl. nat., Ms · texte numérisé non relu

Lettre à Malesherbes, 20 novembre 1761. (Bibl. nat., Ms

loco citato.) — 2. Lettre de Malesherbes à Rousseau, 7 dé-

cembre; autre Lettre de décembre 1761. — 3. Lettre à Malesherbes, 29 novembre 1761.

(Bibl. nat., mss., loc. cit.).

me tue. On pardonne beaucoup de choses à un homme dans cet état. J'ai jeté sur le papier quelques propositions pour le sieur Duchesne, que je soumets à votre examen ^ » Ces propositions étaient que Duchesne lui rendit son manuscrit purement et simplement, en reprenant son argent et ses billets; ou qu'il reçût en échange le Dictionnaire de musique , plus une indemnité à déterminer ; ou enfin ^ s'il tenait à garder le Traité de V Éducation , qu'il prît un terme fixé, passé lequel il serait déchu de tous ses droits , et qu'en outre il s'engageât à faire révoquer le traité avec Néaulme, s'il en avait un, pour le remplacer par un autre semblable avec luimême ^ En cas de résiliation avec Duchesne, Jean- Jacques n'avait-il pas un libraire tout trouvé ? C'était Rey.

Une lettre qu'il reçut de ce dernier dut contribuer encore à augmenter ses transes. Rey était naturellement mécontent de n'avoir pas l'impression. Il s'étonnait que Duchesne se fût adressé à Néaulme préférablement à lai pour l'édition hollandaise; il avait en vain demandé à Néaulme de lui céder le marché moyennant un profit. C'était encore un mystère à éclaircir^.

Il y avait de quoi lasser la plus longue patience. Cependant, Malesherbes ne se décourage pas; il voit Duchesne^ il s'assure de sa bonne foi, il lui fait force recommandations , il le presse , il obtient de lui des promesses; lui-même veillera chaque semaine à leur exécution. Comment d'ailleurs Du-

\. Lettre à Malesherbes, 30 novembre 1761. — 2. Propositions du sieur J.-J. Rousseau au sieur Duchesne (Bibl. nat., mss. loc.

cit.). — 3. Lettre de Rey à Rousseau (Bibl. nàt., mss. loco citato.).

LA VIE ET LES ŒUVRES

chesne pourrait-il tromper Rousseau, puisqu'il lui envoie les épreuves à corriger ^ ? Mais tout en s'excusant de son indiscrétion , Jean-Jacques n'en continue pas moins ses doléances. Il finit toutefois par déclarer que la lettre de Maleslierbes le rassure; qu'il a résolu ne plus s'inquiéter de cette affaire et de n'en garder que le souvenir qu'il doit à ses bontés ^

Ne plus s'inquiéter! Est-ce que cela lui était possible? Le 12 décembre, c'est-à-dire quatre jours après, c'est Moultou qu'il prend pour confident de ses peines. Sa lettre n'est que la répétition de celles qu'il a déjà écrites à Malesherbes ; on y retrouve les mêmes griefs ; il y donne surtout une large place aux Jésuites. « Jugez, dit-il en terminant, de l'effet que doit produire une pareille prévoyance sur un pauvre solitaire qui n'est au fait de rien, sur un pauvre malade qui se sent finir, sur un auteur enfin qui peut-être a trop cherché sa gloire , mais qui ne l'a cherchée au moins que dans des écrits utiles à ses semblables ^ »

Le lendemain, sur un ton encore plus désespéré, il écrivait à M""" de Luxembourg une lettre semblable, quoique moins détaillée. « Cette perte, disait-il, la plus sensible que j'aie jamais faite, a mis le comble à mes maux et me coûtera la vie » "

En même temps , il déhait Malesherbes du secret qu'il lui avait précédemment demandé. (( C'est

1. Lettres de Malesherbes à Rousseau, 7 décembre, et décembre 1761. — 2. Lettre à Malesherbes, 8 décembre 1761 (Bibl. nat., mss. loc. cit.). —

3. Lettre à Moultou, 12 décembre 1761 ; voir aussi Lettre à Duchesne, 16 novembre 1761.

— 4. Lettrée à M^e de Luxembourg, 13 décembre 1761.

DE JEAiN JACQUES BOUSSEAU.

donner, dit-il, trop d'avantages aux méchants que de se laisser égorger sans rien dire K »

Dans d'autres moments , ce sont les Jansénistes et les philosophes qu'il soupçonne de venir jusque dans son cabinet pour y déranger et y examiner ses livres et ses papiers.

de Luxembourg et Malesherbes avaient beau unir leurs efforts , ils réussissaient mal à calmer ses folles terreurs. « Soyez tranquille, lui disaient-ils, les libraires sont de bonne foi; il n'y a point d'intelligences contre vous, point de falsifications à craindre ; les Jésuites n'ont aucun motif de vous en vouloir et ont bien assez de leurs propres affaires ; le secret dont on a dû s'entourer pour l'édition étrangère a pu vous troubler, mais n'a rien qui doive vous inquiéter. Mais vous-même, vous faites sur les épreuves tant de changements^ tant d'additions, que vous pourriez bien être cause pour une bonne part des lenteurs dont vous vous plaignez. » Puis, parlant de ces alternatives d'inquiétudes, de soupçons, et ensuite de remords d'avoir soupçonné injustement qu'il remarque dans sa correspondance: « J'ai conclu, dit Malesherbes, de la moitié de vos lettres que vous étiez le plus honnête de tous les hommes , et de l'autre moitié , que vous en étiez le plus malheureux ^ »

Moultou, qui ne connaissait l'affaire que par les lettres de Rousseau, se montrait, naturellement, moins rassuré; au moins lui offrait-il ses services pour rétablir les passages falsifiés, s'il y en avait^ confondre ses ennemis et protester avec lui ^.

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