‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 165 sur 184 · La lettre est du 12 dé- ; — 4. Lettre à Mme de Luxem · texte numérisé non relu

La lettre est du 12 dé- ; — 4. Lettre à Mme de Luxem

cembre, le post-scriptum dul 8. bourg, 24 décembre 1761. —

— 2. Lettre à M^^ de Verdelin, Voir aussi, lettre à Duchesne,

25 décembre 1761. — 3. Lettre 22 décembre 1761. à Maie6/ier6es, 23 décembre 1761.

mauvaises intentions, contraires à ses propres intérêts... Quant à Guérin, mes soupçons sur son compte sont encore plus impardonnables... Que mon injustice et mes torts soient, mon cher Moultou, ensevelis par votre discrétion dans un éternel silence. Mon honneur y est plus intéressé que celui des offensés ^ » Il faut croire toutefois qu'il n'était pas pleinement rassuré, car, dans la même lettre, il jugeait à propos de mettre en sûreté chez son ami sa Profession de foi et lui demandait son avis sur ce morceau, ainsi que sur les changements et corrections qui lui paraîtraient utiles.

Il est sûr que, dans toute cette affaire, Rousseau avait été parfaitement insupportable ; il fallait bien pourtant qu'il eût quelques séductions pour exercer une telle action sur des personnages comme Malesherbes et la Maréchale de Luxembourg. Rien ne les rebute, et le dernier jour, ils semblent tout aussi dévoués que le premier. Malesherbes avait envoyé à M""^ de Luxembourg la lettre que Rousseau venait de lui écrire. « Vous y verrez, lui disait-il, comme dans toute la suite de cette affaire, le fond de son âme et ce mélange d'honnêteté, d'élévation, et en même temps de mélancolie et quelquefois de désespoir qui fait le fond de sa vie, mais qui a produit ses ouvrages. Je lui ai fait la réponse la plus consolante que j'ai pu; je l'ai assuré en même temps que vous n'étiez point irritée, parce qu'on ne l'est jamais des écarts causés par une extrême sensibilité ^ » « Yous êtes plein de bonté et d'humanité,

1. Lettre à Moultou datée du 18 janvier 1761; mais cette date est évidemment fausse.

— 2. Bibliothèque Nationale, mss., loco citato.

Monsieur, répond M"''' de Luxembourg. Ce pauvre Rousseau en a grand besoin ; mais il est aussi bien intéressant*. »

La lettre de Malesherbes est longue, et faite pour flatter Rousseau, au moins autant que pour le consoler. Il lui offre en même temps, afin d'éteindre le souvenir de toute cette affaire, de lui rendre toutes ses lettres ^ « Ne me rendez point mes lettres, répond aussitôt Rousseau ; brûlez-les, parce qu'elles ne valent pas la peine d'être gardées, mais non pas par égard pour moi. Ne songez pas non plus, de grâce, à retirer celles qui sont entre les mains de Duchesne. S'il fallait effacer dans le monde les traces de toutes mes folies, il y aurait trop de lettres à retirer, et je ne remuerais pas le bout du doigt pour cela. A charge et à décharge, je ne crains point d'être vu tel que je suis. Je connais mes grands défauts, et je sens vivement tous mes vices. Avec tout cela je mourrai plein d'espoir dans le Dieu suprême, et très persuadé que, de tous les hommes que j'ai connus en ma vie, aucun ne fut meilleur que moi^ »

Cette phrase : personne ne fut meilleur que moi, reviendra plus d'une fois sous la plume de Rousseau. Quand on a une telle opinion de soi, on ne doit pas craindre de se montrer. Non content donc de ne pas retirer ses lettres, il en écrivit à Malesherbes quatre autres, très longues. Ne pouvant alors, dans la disposition d'esprit où il était, composer ses Confessions, craignant de ne les écrire jamais, il voulut y suppléer par une sorte de monument capable de relever sa réputation et de servir sa gloire. Mais ces

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