‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 34 sur 184 · Lettre à Salomon, sans date · texte numérisé non relu

Lettre à Salomon, sans date

plus alerte et plus dégagé, il voulut se faire un plan, trop vaste sans doute, mais convenant assez bien à son esprit, qui exigeait de la variété et ne comportait pas une longue application sur un même objet. La littérature, le latin, Fhistoire, les sciences exactes, la physique, la philosophie, la rehgion, tout y passe. « Ne rien savoir à près de vingt-cinq ans, dit-il, et vouloir tout apprendre, c'est s'engager à bien mettre le temps à profit. » Il s'appliqua en conséquence à partager ses journées de la façon la plus utile. Il se levait avant le soleil et allait en se promenant élever son cœur jusqu'à l'auteur de l'aimable nature. C'était dans l'ordre. « Mes prières étaient pures, dit-il, et dignes par là d'être exaucées. » Sans croire d'une façon absolue à ce compliment, il est certain que sa prière se recommandait par la beauté de la forme, et même par une exacte orthodoxie. Adoration, foi, reconnaissance, repentir, amour, attente de la grâce, demande des biens spirituels et temporels, ferme propos de ne plus offenser Dieu et confiance en sa miséricorde, prière pour les parents, les bienfaiteurs, les étrangers même, Rousseau y exprime en très bons termes tout ce qui fait la grandeur et la puissance de la prière. Que n'a-t-il été plus fidèle à ces beaux sentiments! Cette prière, qu'il s'est bien gardé d'insérer dans ses Confessions^ faisait partie des papiers réunis pour la première édition de Genève. Pourquoi ne l'a-t-on pas utilisée alors ^ ? A-t-on craint de laisser voir un Rousseau trop religieux?

Après sa prière, il allait rendre visite à sa maman. Nouvelle occasion de vanter, malgré le flagrant

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