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n'était pas très ressemblant dès cette époque, et ne l'est pas devenu depuis.
Être juste est chez nous Tunique politique.
Quel changement quand il a été obligé d'avoir recours à des grands arrogants et vicieux ! Il était bien tenté de rejeter dès lors toute inégalité; mais M""" de Warens lui a appris , malheureusement pas pour toujours,
Qu'il ne serait pas bien dans la société Qu'il fût entre les rangs moins d'inégalité.
Avec de telles dispositions, il serait un triste solliciteur.
Il en coûterait trop de contrainte à mon cœur. A cet indigne prix, je renonce au bonheur.
Il préfère retourner auprès de M™" de Warens, lui porter sa reconnaissance, ou du moins partager son destin et ses tourments.
Et le bonheur en vain s'obstine à se cacher ; Puisqu'enfin je connais où je le dois chercher.
La dernière tirade indique que cette épître fut composée à Lyon peu de temps avant le retour aux Charmettes.
Il est étonnant que Rousseau, souvent si poétique dans sa prose, le soit si peu dans ses vers. Il était, avec le temps , arrivé à peu près à la correction, mais il ne pouvait s'élever plus haut. Ses vers sont sur les pieds, ils n'ont pas d'ailes.
LA VIE ET LES ŒUVRES
PeDdant ce temps-là, il continuait par correspondance ses relations avec M""" de Warens. Aussitôt après son arrivée chez M. de Mably, il lui avait fait part de ses premières impressions*. Il lui faisait parvenir une partie de ce qu'il gagnait; elle, de son côté, lui envoyait des livres, des chemises, des effets, et, toujours dans la gêne, toujours réduite aux expédients, le chargeait de vendre quelques pièces d'argenterie^.
Cette correspondance, tout en le consolant, renouvelait ses douleurs et ses regrets. Son cœur était toujours aux Charmettes. Les usages du monde et les habitudes aristocratiques d'une grande maison l'embarrassaient ; son inaptitude et son insuccès auprès de ses élèves étaient manifestes, et il fallait toute la condescendance, ou plutôt toute la négligence de la famille de Mably pour ne pas s'en préoccuper. Enfin, au bout d'un an, n'y pouvant plus tenir, il partit.
Il espérait retrouver le passé, mais le passé ne saurait renaître. Quelle place pouvait-il occuper entre M"''' de Warens et Yintzenried. Il ne lui restait qu'à reprendre sa vie d'étude et d'isolement.
Ne possédant pas dans ses connaissances littéraires les moyens de venir en aide à sa bienfaitrice, il espéra que la science théorique et les idées particulières qu'il avait en musique lui ouvriraient une voie plus heureuse. Il travailla dans ce sens et inventa un système de notation par les chiffres, qui lui parut aussi exact, aussi précis et infiniment plus facile que l'ancien procédé. Il crut avoir rencontré
1. Lettre à M'"» de Warens, | lobre 1740. 1" mai 1740. — 2. Id., 24 oc- ;
d'un seul coup la gloire pour lui, la fortune pour de Warens. Mais il ne pouvait exploiter une si belle mine dans la petite ville de Chambéry. Il se hâta de vendre ses livres, de réaliser les petites épargnes qu'il avait pu faire à Lyon, et il partit pour Paris. Il n'y avait pas plus de trois ou quatre mois qu'il était de retour aux Charmettes ; il avait alors vingt-neuf ans.
Au moment où il va quitter M""" de Warens pour toujours, un mot encore à propos des relations qu'il avait entretenues avec elle pendant plusieurs années. Nous n'avons rien à retirer de ce que nous avons dit, et nous ne présumons pas qu'aucun moraliste soit tenté de nous contredire. Il n'en faudrait pas conclure pourtant que le scandale ait été ce qu'il devint plus tard. Certainement la réputation de M""" de Warens n'était pas intacte, et celle de Rousseau pouvait avoir aussi ses taches ; mais sans les révélations de ce dernier, il est probable que personne ne se serait douté des graves désordres qui se commettaient dans cet intérieur. La situation particulière de M""' de Warens vis-à-vis de son protégé, les bienfaits dont elle l'avait comblé, l'espèce d'adoption maternelle qu'elle lui avait accordée , la différence des âges , tout contribuait à détourner d'eux les soupçons et donnait une sorte de légitimité à leur affection, par cela même qu'elle en rendait les écarts plus odieux. Si le public avait soupçonné la vérité, auraient-ils pris le soin bien inutile de continuer leurs habitudes extérieures de religion? Le P. Remet, et autres, les auraient-ils honorés de leurs visites? Rousseau aurait-il osé se vanter, dans une circonstance solennelle, que « personne n'avait sur sa conduite, ses sentiments et ses
mœurs que de favorables témoignages à rendre ^? » M. de Mably Taurait-il pris pour précepteur de ses enfants? En 1751, le P. Boutet faisait encore l'éloge de la piété et des vertus de M"""" de Warens^ Quand elle mourut, Conzié, un ami, à la vérité, et faisant œuvre d'ami, continue à vanter ses qualités^. Seul, celui qui aurait dû dissimuler ses hontes, ne fût-ce que par reconnaissance, se fait une sorte de gloire de les étaler au grand jour. Il est vrai qu'il se déshonore avec elle, mais le coupable qui dénonce son complice n'est pas généralement approuvé. Quels ont été ses motifs? Nous pouvons nous dispenser de les rechercher. Explique qui pourra ce phénomène de franchise ou de cynisme; nous constatons, nous n'expliquons pas. On a dit, ce qui est pour le moins douteux , que la vérité de ses Confessions l'obligeait à divulguer ces désordres; mais s'il ne pouvait écrire ses mémoires qu'à ce prix, qui l'obligeait à les écrire? Quel besoin l'Univers avait-il de savoir qu'un certain auteur, nommé J.-J. Rousseau, avait fait sa maîtresse de la femme qui lui avait tenu lieu de mère?
!, Mémoire au gouverneur de Savoie. — 2. Vie de M. de Ros-
sillon de Bernex, 1751. — 3. De Conzié, Notice, etc.