P. F AV GÈRE, J.-J . Rousseau à Venise
pourtant les entendre d'une autre bouche que la sienne.
Ces occupations ne lui faisaient pas oublier M""^ de Warens. Il lui écrivit par plusieurs voies différentes. « Quand Rousseau fut parti, dit Conzié, je portais à M""" de Warens de ses nouvelles \ » Mais pourquoi Jean-Jacques avait-il besoin d'un intermédiaire auprès de M""^ de Warens? Pourquoi n'obtenait-il d'elle aucune réponse? Est-ce que les rapports avec elle continuaient à être tendus? « Je compte pour rien, écrivait -il, les infirmités qui me rendent mourant (il était, comme on sait, toujours mourant) au prix de la douleur de n'avoir aucune nouvelle de M™° de Warens ^ » Cela ne l'empêchait pas d'écrire quinze jours après à M""" de Warens elle-même : « Je me porte bien et vous aime plus que jamais... 0! mille fois chère maman, il me semble déjà qu'il y a un siècle que je ne vous ai vue. En vérité, je ne puis vivre sans vous 3. »
Il s'habituait pourtant à Venise et s'attachait à son état : il y réussissait et y faisait du bien. Ses succès lui donnaient de l'importance. Un tel début était plein de promesses pour l'avenir ; mais il était écrit que la voie de la diplomatie ne serait pas encore la dernière qu'il tenterait.
Une année ne s'était pas écoulée que déjà les points noirs se formaient à son horizon. Il est difficile de juger à distance les querelles de ménage dont il nous entretient. Est-il vrai que Montaigu se soit appliqué à peupler sa maison de canaille , et que Jean-Jacques ait été, au milieu de ces fripons,
1. De Conzié, iVo^ice, etc. — i tembre 1743. — 3. 5 octobre 2. Lettre à M. de Conzié, 21 sep- | 1743.