‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 48 sur 184 · Voir ses Lettres à Dutheil · texte numérisé non relu

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Rousseau, sans argent, et, par surcroît, chargé des malédictions de l'ambassadeur, aurait pu se trouver dans l'embarras. Mais, par une singularité qui ne lui fait pas moins d'honneur qu'à ses amis, il ne rencontra partout que sympathie et bon accueil. Le consul de France le retint à dîner. Tous les Français de distinction vinrent à ce repas, lui firent fête, lui ouvrirent leur bourse. Montaigu, de son côté, s'oublia jusqu'à demander au Sénat de le faire arrêter ; il n'obtint pas même l'honneur d'une réponse, et Jean-Jacques, pour le braver, resta quinze jours de plus, se montrant partout, faisant des visites. Comment arriva-t-il que des fonctionnaires, des hommes qui avaient besoin de l'ambassadeur, oubliant dans cette circonstance la crainte de se compromettre, aient pris parti pour le secrétaire? Celui-ci ne prend pas la peine de nous en informer ; mais le fait, tout vraisemblable qu'il est, parait constant.

Rousseau n'avait pas seulement à se faire bien voir à Yenise, qu'il allait quitter ; il avait surtout à ménager sa situation à Paris, où il pouvait retourner. Il ne négligea pas ce point important. Il chercha à mettre dans ses intérêts l'abbé Alary, celui-là même qui l'avait présenté à la famille de Montaigu. Après s'être fait auprès de lui un mérite de sa réserve et des excès qu'il avait endurés avant de prendre la résolution de se défendre. « Aujourd'hui, ajoute-t-il^ que les procédés de Son Excellence ont rendu l'éclat nécessaire, je suis obligé d'agir différemment.

LA VIE ET LES ŒUVRES

Insulté publiquoment, la défense de mon honneur veut que je me justifie devant le public ; et c'est ce que je ferai avec l'ardeur et la fermeté qui convient en pareil cas à un honnête homme \ »

Il eut soin d'envoyer directement ses informations et ses réclamations au premier commis, chargé par intérim des affaires étrangères. Dès le surlendemain de sa sortie, il commençait cette correspondance. Elle est nette , ferme , et ne fait que répéter ce que nous savons déjà. « Au reste, dit-il, s'il se trouve que j'aie ajouté un seul mot à la vérité dans l'exposé que j'ai l'honneur de vous faire, et cela ne sera pas difficile à vérifiér, je consens à payer de ma tète ma calomnie et mon insolence. »

Huit jours après, nouvelle lettre. L'ambassadeur continue à traiter son ancien secrétaire comme on traiterait à peine le dernier des scélérats ; il le fait poursuivre de maison en maison et défend aux habitants de le loger; il lui a envoyé le compte le plus inique et a voulu le lui faire accepter de force, le menaçant, s'il ne partait sur-le-champ de Yenise, de le faire assommer de coups ; non content de lui refuser ses gages, il lui retient ses hardes sous les prétextes les plus odieux. Mais Rousseau ne se laissera pas décourager par toutes ces ignominies. Malgré les préjugés capables de déconcerter un serviteur demandant satisfaction contre un maitre puissant, il ose en appeler à la voix publique, à l'estime des honnêtes gens, à l'équité, à la clémence du Roi contre les injustices et les outrages sanglants par lesquels M. l'ambassadeur a prétendu signaler son autorité, en diffamant un homme d'honneur qui

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