Letb^e à l'abbé Alary, août
ne peut se reprocher d'autre faute à son sujet que celle d'être entré dans sa maison'.
Avant de suivre Rousseau à Paris, où il continua cette correspondance et cette petite guerre, restons encore un peu à Venise. Nous avons vu jusqu'ici le fonctionnaire grave et digne, il est à propos de voir aussi l'homme privé.
La première et la plus douce de ses récréations était^ dit-il, la société des gens de mérite. Il en cite trois ou quatre, il a oublié les autres, ce qui prouve que leur mérite n'était pas bien frappant. Dans ces réunions, passablement mêlées, on faisait de la musique, on dansait, on jouait quelquefois. Chacun amenait sa femme, son amie, sa maltresse, et, ce qui paraîtra étonnant dans ce pays itahen, célèbre par ses jalousies, tout ce monde s'amusait et faisait bon ménage. Jean-Jacques était arrivé avec les préjugés de tout bon Français contre la musique italienne, mais il ne tarda pas à changer d'avis et se prit pour cette musique d'une passion qui ne le quitta plus. Son bonheur était de s'enfermer seul dans une loge à l'Opéra et de savourer à son gré les airs délicieux qu'on y chantait. Mais il mettait encore bien audessus de la musique d'opéra celle des Scuole. Les Scuole étaient des maisons de charité établies pour donner de l'éducation à des jeunes filles pauvres. Tous les dimanches, à vêpres, ces jeunes filles, cachées dans des tribunes grillées, exécutaient des motifs à grand orchestre. Rousseau ne concevait rien de plus admirable que leurs chants. Il aurait bien voulu joindre au plaisir de l'oreille celui des yeux. Son ami Carrio lui procura cette satisfaction