SÉNÈQUE, Ép
Depuis que les savants ont paru parmi nous, les gens de biens se sont éclipsés. On aurait pu à la vérité, avec non moins de raison, choisir d'autres exemples et obtenir des réponses tout opposées; d'où il aurait fallu conclure que les uns comme les autres ne prouvent qu'une chose, qui n'a rien de bien surprenant, c'est que les peuples savants comme les peuples ignorants, les sauvages comme les civilisés ont chacun leur mélange do qualités et de défauts.
Au milieu de ces énumérations historiques, la prosopopée de Fabricius est restée célèbre. Si, comme le dit Rousseau, elle s'échappa de son âme à l'instant où il se trouva saisi et transporté par son sujet, on peut la proposer comme le modèle de cette éloquence passionnée qu'il regardait comme son triomphe et qu'il ne produisait que dans ses moments de première et subite inspiration.
« 0 Fabricius ! Qu'eut pensé votre grande âme , si, pour votre malheur, rappelé à la vie, vous eussiez vu la face pompeuse de cette Rome sauvée par votre bras, et que votre nom respectable avait plus illustrée que toutes ses conquêtes? Dieux, eussiezvous dit, que sont devenus ces toits de chaume et ces foyers rustiques, qu'habitaient jadis la modération et la vertu? Quelle splendeur funeste a succédé à la simplicité romaine? Quel est ce langage étrange? Quelles sont ces mœurs efféminées? Que signifient ces tableaux, ces statues, ces édifices? Insensés, qu'avez-vous fait? Vous, les maîtres des nations , vous vous êtes rendus les esclaves des hommes frivoles que vous avez vaincus! Ce sont des rhéteurs qui vous gouvernent! C'est pour enrichir des architectes, des peintres, des statuaires, des histrions que vous avez arrosé de votre sang la