‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 76 sur 184 · De ConziÉ, Notice sur de Warens, etc · texte numérisé non relu

De ConziÉ, Notice sur de Warens, etc

Il lui restait encore une servitude, l'amitié. Par malheur, il n'y avait pas songé. « Si, dit-il, j'avais aussi bien secoué le joug* de l'amitié que celui de l'opinion, je venais à bout de mon dessein, le plus grand peut-être, ou du moins le plus utile à la vertu que mortel ait jamais conçu. Mais tandis que je foulais aux pieds les jugements insensés de la tourbe vulgaire des soi-disant grands et des soi-disant sages, je me laissais subjuguer et mener comme un enfant par de soi-disant amis qui, jaloux de me voir marcher seul dans une route nouvelle, tout en paraissant s'occuper beaucoup à me rendre heureux, ne s'occupaient, en effet, qu'à me rendre ridicule et commencèrent par travailler à m'avilir, pour parvenir dans la suite à me diffamer ^ » Hélas ! Jean- Jacques n'avait pas besoin de ses amis pour le rendre ridicule; il s'acquittait assez bien lui-même de cette fonction.

La réforme qu'il s'était imposée l'obligea sans doute à des sacrifices, mais il ne faudrait pas en exagérer la portée. Dans la réalité, il ne renonça qu'aux choses auxquelles il lui plut de renoncer. Il avait des goûts simples et savait se contenter de peu. « Je gagnerai ma vie, dit-il, et je serai heureux; il n'y a pas de fortune au-dessus de cela. » En revanche, il avait la passion de l'indépendance et du sans-gêne. A tort ou à raison, il se figura qu'il ne pouvait prétendre en même temps à la fortune et à l'indépendance, et sacrifia la première pour assurer la seconde. Mais il ne renonça ni à vivre avec Thérèse, ni à mettre ses enfants à l'hôpital, malgré tout ce qu'il avait dit et devait dire sur la famille;

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