‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 80 sur 184 · Première moitié de · texte numérisé non relu

Première moitié de

— 2. Œuvres de Diderot, édit.

Asserat, t. XII. — 3. Œuvres de J.-J. Rousseau, 1752. C'est le seul de ses ouvrages auquel Rousseau n'ait pas mis sou nom. La Lettre de Grimm sur Omphale est antérieure de quelques mois à la Querelle des Bouffons. — 4. D'après M. René de Récy, cette querelle aurait eu pour cause principale le refus de Rameau de collaborer à V Encyclopédie.

Ce refus, en ce qui concerne

Rousseau, se serait compliqué des dédains de Rameau pour ses pièces des Muses galantes, du Devin, et en général pour ses talents musicaux {Revue des Deux Mondes, 1" juillet 1886).— Voir aussi sur le même sujet :Z,a Querelle des Bouffons, par A. Poulet-Malassis, 1876, et les journaux du temps, notamment la Correspondance littéraire de Grimm, 11 décembre 1753 et 1" janvier 1754. — FrÉron, Lettres sur quelques Écrits du temps, t. XII, etc.

LA VIE ET LES ŒUVRES

tint que la France n'a pas de musique ; la langue française, avec ses syllabes muettes, sourdes ou nasales, étant absolument impropre à l'expression de l'art musical. Il adoucit plus tard la sévérité de ce jugement; mais, en attendant, il put se vanter d'avoir soulevé l'opinion et, selon le mot de Grimm, d'avoir mis le feu aux quatre coins de Paris. Il dit que sa lettre empêcha une révolution d'éclater, par la diversion qu'elle apporta aux causes de troubles ; qu'elle faillit le mener à la Bastille ; enfin que l'orchestre de l'Opéra fît le complot de l'assassiner, ce qui ne l'empêcha pas d'aller au spectacle comme à l'ordinaire; de sorte qu'il ne dut la vie qu'à un officier de mousquetaires qui le fit escorter en secret. Tout en faisant la part de l'exagération , il est certain qu'on se prit d'une grande animosité à son égard. On ne saurait compter toutes les brochures qui furent publiées contre lui. On le brûla en effigie; on alla jusqu'à lui refuser brutalement et contre toute justice ses entrées à l'Opéra. Une telle iniquité lui ramena presque la faveur du public. Ce n'est pas après quatre-vingts représentations dans une seule année, qu'on traite ainsi un auteur. Il y en eut encore vingt autres à la suite d'une reprise donnée malgré lui. Les annales du théâtre ne présentaient peut-être pas d'exemple d'un tel succès. Jean-Jacques n'était pourtant pas satisfait : il avait stipulé que les quatre premières représentations seraient jouées par les bons acteurs; dès la troisième, la pièce était donnée à des doublures. C'était au point qu'il ne pouvait plus l'entendre. Mal joué, chassé, trompé, volé, c'en était trop; il redemanda sa pièce ; ce fut en vain ; on se borna à lui en envoyer le prix fort mesquinement calculé, cinquante

louis \ D'un autre côté, le Roi lui donna cent louis, et M""" de Pompadour, pour une représentation à Bellevue, où elle-même joua le rôle de Colette, lui en fit remettre cinquante. Jean- Jacques, par respect pour ses oreilles, ne voulut pas aller à cette représentation de BelleVue ; il n'aurait pu supporter de s'entendre estropier par les seigneurs de la cour^. Pissot lui paya 500 francs pour la gravure. Tout compte fait, cette pièce, qui lui avait donné si peu de peine, lui rapporta presque autant que VÉmiie, qui lui coûta vingt ans de méditations et trois ans de travail.

Rousseau, dans ce retour à une modeste aisance, n'oublia pas de faire la part de M™*" de Warens , et lui envoya 240 livres, avec force plaintes sur la cherté du pain et sur sa santé ^ Du reste, la plainte était déjà chez lui à l'état d'habitude. Il ne tarit pas sur les chagrins que lui causa cette œuvre du Deviîi, qui pourtant semblait devoir lui procurer tant de jouissance. Il s'imagina que ses amis étaient jaloux de le voir acquérir une gloire à laquelle ils ne pouvaient prétendre, et que ces hommes de lettres, qui lui auraient peut-être pardonné de faire des livres, ne pouvaient supporter ses succès musicaux. Son intimité avec Grimm et Diderot en souffrit ; il se fâcha tout à fait avec d'Holbach; ses rapports avec Duclos restèrent seuls sans atteinte.

Rousseau, que ses travaux avaient fait connaître, fut à cette époque l'objet d'une distinction très flatteuse. Latour, le peintre des célébrités du temps.

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