TOME I
celui dont on prisait si haut les pastels , exposa son portrait au Salon de 1753. Marmontel fit à cette occasion le distique suivant :
A ces traits par le zèle et l'amitié tracés. Sages, arrêtez-vous; gens du monde, passez.
Diderot, tout en rendant justice à la beauté de l'exécution, ne trouva pas l'œuvre de son goût. « M. de la Tour, dit-il, si vrai, si sublime d'ailleurs, n'a fait du portrait de Rousseau qu'une belle chose, au lieu d'un chef-d'œuvre qu'il pouvait faire. J'y cherche le censeur des lettres, le Caton et le Brutus de notre âge; je m'attendais à voir Epictète, en habit négligé, en perruque ébouriffée, effrayant par son air sévère les littérateurs, les grands et les gens du monde, et je n'y vois que l'auteur du Devin du village, bien habillé, bien peigné, bien poudré, et ridiculement assis sur une chaise de paille \ »
Ces critiques de Diderot, aussi bien que les louanges qu'il prodigue à Rousseau, nous paraissent pour le moins exagérées. Diderot, qui connaissait son ami mieux que personne, aurait bien dû se rappeler qu'il n'était ni néghgé, ni ébouriffé, mais toujours propre et soigné dans sa simplicité; qu'il ne rappelait que de très loin Brutus ou même Caton. Ne parlons pas de la perruque d'Epictète ; il est difficile de se représenter affublée de cet ornement la tète du précepteur de Marc-Aurèle. Ces sortes de lapsus viennent de ce que Diderot improvisait ses livres, plutôt qu'il ne les écrivait, et n'empêchent pas le portrait de Latour d être regardé comme le