‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 82 sur 184 · Essai sur la Peinture {Œuvres de Diderot, t. X · texte numérisé non relu

Essai sur la Peinture {Œuvres de Diderot, t. X

plus beau de ceux qui nous restent du philosophe de Genève. Il est encore aujourd'hui celui que l'on reproduit de préférence à tous les autres.

La musique aurait suffi pour occuper Rousseau. Quand on songe qu'elle marchait de front avec ses autres travaux de littérature et de polémique , avec la première représentation de sa comédie de Narcisse^ avec des relations extérieures assez suivies, on ne voit pas le temps qui lui restait pour son métier de copiste. Il parait qu'il y consacrait autant que possible ses matinées et devait, afin de pouvoir vivre, y gagner 40 sous par jour^ Mais ce que nous venons de dire du Devùi montre que ses autres travaux n'étaient pas toujours improductifs.

Cette représentation de Narcisse mérite une mention spéciale. Il y avait une vingtaine d'années que la pièce était faite, et sept ou huit qu'elle courait après sa première représentation. Enfin, grâce à Lanoue, et sans do\ite aussi à la réputation de l'auteur, la Comédie française se montra plus facile que ne l'avaient été l'Opéra et le Théâtre Italien. Il faut croire que Rousseau lui-même n'avait pas grande idée de son œuvre, car il la fit jouer sans nom d'auteur et recommanda, quoique assez inutilement, le secret^ La pièce ne réussit pas et n'eut que deux représentations. « Toutefois, dit Rousseau, je fus surpris et touché de l'indulgence du public, qui eut la patience de l'entendre tranquillement d'un bout à l'autre, et d'en souffrir même une seconde représentation, sans donner le moindre signe d'impatience. Pour moi, je m'ennuyai tellement â la première,

1. Lettre à M^^ de Créqui, sa- I sard, 17 décembre 1752. medi ... 1752. — 2. Lettre à Mus- |

que je ne pus tenir jusqu'à la fm, et sortant du spectacle, j'entrai au café de Procope, où je trouvai Boissy et quelques autres, qui probablement s'étaient ennuyés comme moi. Là, je dis hautement mon peccavi; m'avouant humblement, ou fièrement, l'auteur de la pièce, et en parlait comme tout le monde en pensait. Cet aveu public de l'auteur d'une mauvaise pièce qui tombe fut fort admiré et me parut très peu pénible. J'y trouvai même un dédommagement d'amour-propre dans le courage avec lequel il fut fait, et je crois qu'il y eut en cette occasion plus d'orgueil à parler qu'il n'y aurait eu de sotte honte à se taire. » L^aveu est assez superflu; il est bon néanmoins d'en tenir compte à l'auteur. Combien d'autres n'en auraient pas été capables ?

La comédie de Narcisse, que Rousseau ne jugeait pas assez intéressante pour affronter la scène , lui parut cependant digne d'être imprimée. Nous avons parlé au chapitre dernier de la préface qu'il mit en tête de cette édition.

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