Discours, première partie
système. En attendant, comme il s'est bien gardé d'en venir là, il nous autorise, non seulement à n'y pas croire, mais à supposer que lui-même n'y croyait pas. Il aurait craint de se faire passer pour fou s'il l'eût observé, ne devait-il pas craindre de se faire passer pour fourbe en ne l'observant pas?
Ce n'est pas que l'objection lui ait échappé. Nous sera-t-il permis de dire qu'il s'en tire par une gasconnade? Que ceux qui le pourront, dit-il, retournent dans les forêts vivre avec les ours et y reprennent, puisque cela dépend d'eux, leur antique et première innocence. Quant aux hommes semblables à moi, dont les passions ont détruit pour toujours l'origi-, nelle simplicité , qui ne peuvent plus se nourrir d'herbes et de glands, qui ont été honorés de lumières surnaturelles ou ont acquis des idées de moralité, ils en seront réduits, comme pis aller, à pratiquer la vertu, à respecter les liens sacrés des sociétés, à aimer et servir leurs semblables, à obéir scrupuleusement aux lois et à ceux qui en sont les ministres, à honorer les princes \ Autant valait dire que le livre qu'il avait commencé par adresser à tout le monde, ne convenait à personne.
On pourrait établir que l'état sauvage, loin d'être l'état primitif de l'homme, n'en est que la dégradation. Mais il n'est pas besoin, pour confondre Rousseau, de sortir de son hypothèse. Si tout autre que lui voulait nous ramener au régime des animaux ou des sauvages, on le traiterait avec raison d'ennemi des lumières et du progrès, et on l'enverrait tenir compagnie à ceux dont il vante la condition. Mais quelle que soit l'autorité de son talent, il aura de la