Confessions, l. IL
hospitalité si aimable, qu'ils le dispensaient à chaque repas de penser au suivant. C'est ainsi qu'après plusieurs jours, insouciant et léger , à force de voyager et de parcourir le monde, il arriva jusques à deux lieues de Genève, mais sur le territoire savoisien, dans un village appelé Confignon.
Le curé, qui s'appelait M. de Pontverre, le reçut bien, lui donna à diner, trouva le jeune homme intéressant, et, en bon prêtre qu'il était, ne négligea pas l'occasion de lui parler de l'hérésie de Calvin et de lui prouver l'autorité de l'Eglise catholique. C'était chose sérieuse, et que le curé traita sérieusement; Rousseau, lui, n'y vit guère que le dîner. « Son vin de Frangi, dit-il, argumentait si victorieusement pour lui, que j'aurais rougi de fermer la bouche à un si bon hôte. »
La conclusion fut qu'il partirait pour Annecy, afin de se faire instruire de la religion catholique. M. de Pontverre, vieillard de soixante-quinze ans, habitué de longue date à combattre l'hérésie, dut être enchanté de la conversion qu'il voyait déjà en espérance. Il adressa le jeune homme à M""' de Warens , nouvelle convertie , qui mettait au service du catholicisme son activité dévorante et ses modestes ressources \ Le curé avait incontestablement agi en tout cela dans l'intérêt de son jeune ami. Celui-ci, qui en convient, trouve cependant qu'il aurait mieux fait de le renvoyer à ses parents. C'est possible, mais savons-nous s'il ne le tenta pas, et si ce n'est pas après avoir constaté son impuissance à cet égard qu'il prit le parti de l'adresser à M""^ de Warens.
1. La lettre de Pontverre à 1 Gaberel, Rousseau et les Ge- Mme Warens est citée par | nevois, ch. m.