‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 90 sur 184 · TOME t · texte numérisé non relu

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LA VIE ET LES ŒUVRES

plus universels de la société ; elle peut servir ici d'exemple et de démonstration. « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres ; que de misères et d'horreurs n'eut point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur ! Yous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personnel » Mais avant qu'on en soit venu à cette idée de propriété, il se passa bien des événements et bien des siècles.

Il serait fastidieux d'énumérer toutes les phases que l'homme dut traverser depuis le temps où la faim était son unique conseillère, jusqu'à celui où, se voyant entouré d'êtres qui lui ressemblaient et paraissaient se diriger par les mêmes règles que lui, il comprit par expérience que (^ T amour du bienètre est le seul mobile des actions humaines^ et se trouva en état de distinguer les occasions rares où l'intérêt commun devait le faire compter sur l'assistance de ses semblables, et celles, plus rares encore, où la concurrence devait le faire défier d'eux. » Llntérêt individuel fut ainsi la source de l'intérêt commun ; on ne se réunit plusieurs ensemble, soit en troupeau^ soit en une sorte d'association libre, que parce que chacun y trouvait son avantage, et pour autant de temps que durait le besoin. Ces réunions donnèrent cependant à la longue une idée grossière des engagements communs et de l'utilité

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