‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 94 sur 184 · Lettre à ikf™^ Gonceru, 11 juillet 1734. — 2. IV^ partie · texte numérisé non relu

Lettre à ikf™^ Gonceru, 11 juillet 1734. — 2. IV^ partie

Lettre XVII, de Saint-Preux à Milord Édouard. — 3. Lettres à

l'abbé de la Porte, 22 janvier 1764; à Vernes, 18 novembre

Yoici ce qu'on lit dans la Préface : « Quand j'eus le malheur de vouloir parler au public, je sentis le besoin d'apprendre à écrire, et j'osai m'essayer sur Tacite. Dans cette vue, entendant médiocrement le latin, et souvent n'entendant pas mon auteur, j'ai dû faire bien des contre -sens particuliers sur ses pensées... Ce n'est donc ici qu'un travail d'écolier. » Ces mots nous dispensent d'en dire plus long. Avant que le talent de Rousseau fût formé, nous avons pu étudier ses essais et chercher dans les travaux de l'écolier le présage de ce que serait un jour le maître. Actuellement, s'il lui plait de faire encore l'écolier, ce n'est plus le temps de le traiter comme tel. Quand on vient de faire le Discours sur r Inégalité ; quand, par surcroit, on entend médiocrement le latin, on peut s'essayer à des traductions faibles de style et qui n'ont pas même le mérite de la fidélité, mais on ne les publie pas.

On en peut dire autant à plus forte raison, de V Apocolokintosis , sorte de farce sur la métamorphose de l'empereur Claude en citrouille. C'est une traduction indigne de Rousseau d'un livre qui n'est guère digne de Senèque.

Rousseau du moins n'eut pas la sotte prétention d'offrir lui-même au public ses fragments de Lucrèce; pour le coup, l'erreur eût été par trop forte. Cette esquisse informe, qui ne permet pas seulement de juger de ce qu'aurait été la pièce, ne fut imprimée qu'en 1792. Il fallait vraiment , pour livrer à la publicité de semblables incohérences , être possédé de cette sorte de fanatisme qui goûte jusqu'aux essais les plus insignifiants de l'auteur aimé.

LA VIE ET LES ŒUVRES

De retour à Paris après quatre mois*, Rousseau n'y manqua ni d'occupations ni de soucis. Il avait promis, en quittant sa patrie, d'y retourner dès le printemps suivant, pour ne plus la quitter. Sa promesse aurait dû fixer ses incertitudes; mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle serait plus difficile à tenir qu'il ne l'avait prévu. Le principal obstacle qui l'arrêta lui vint de son Discours sur l'Inégalité. Il avait eu la pensée de dédier son œuvre à la République de Genève. Toutefois, afin d'éviter toute chicane , il avait préféré ne dater la dédicace ni de France, ni de Suisse, mais de Ghambéry. Par un motif analogue, et dans la crainte d'un mauvais accueil de la part du Grand Gonseil , il avait attendu à n'être plus en Suisse, pour publier son livre. Toutes ces précautions n'étaient pas superflues, et, si elles furent insuffisantes, il ne dut s'en prendre qu'à lui seul. A Genève, en effet^ il avait été à même de tâter l'opinion et de s'assurer que ses idées auraient difficilement cours auprès des magistrats. Il aurait pu à la vérité s'en ouvrir à eux; il s'en était bien gardé, prévoyant qu'il n'éprouverait que des défaites ou des refus. Depuis son retour, Perdriau l'avait encore averti de ce que son procédé avait d'insolite , de ce qu'il y avait de peu séant à imposer aux gens une dédicace sans leur

1. Son passeport pour Paris est daté du 30 septembre 1754 (Manuscrit joint aux Lettres de

Rousseau à Af™« de Luxembourg.

Bibliothèque de la Chambre des députés).

agrément, et peut-être malgré eux, enfin des difficultés que sa conduite allait faire naître \ Rien n'y fit ; la dédicace était prête , elle était destinée à paraître, elle parut. Ce n'est pas que, par ellemême , elle eût rien qui fût de nature à déplaire au Grand Conseil; elle était très belle, très louangeuse; elle célébrait les avantages de la meilleure et de la plus parfaite des républiques; mais elle avait le tort de servir de préface à un ouvrage dont les principes et les idées ne pouvaient convenir aux représentants d'un gouvernement régulier. Pour toute réponse, Rousseau reçut de ses amis genevois quelques maigres compliments, et une lettre du syndic où on lisait ce qui suit : « J'ai fait au Magnifique Conseil le rapport de TEpitre dédicatoire, comme vous l'avez désiré. Ladite épitre étant déjà imprimée, il n'est pas question de délibérer sur son contenu. Mais le Conseil a vu avec plaisir les sentiments de vertu et de zèle pour la patrie que vous exprimez avec tant d'élégance ^ .. » Jean-Jacques trouva la lettre honnête, mais froide. 11 prétend qu'au premier moment , il avait été beaucoup plus satisfait; que tout le monde à Genève avait fait accueil à son livre; que le Conseil, avec une grâce parfaite, en avait agréé la dédicace ^. Jean-Jacques avait parfois la mémoire bien courte et avait déjà oublié sa lettre à Perdriau. Le seul profit qu'il déclare avoir tiré de son séjour à Genève (et encore il le prétend sans raison) est le titre de citoyen^ qui lui aurait été donné, par ses amis d'abord, puis, à

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