‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 96 sur 184 · Lettre à Vernes, 4 juillet · texte numérisé non relu

Lettre à Vernes, 4 juillet

LA VIE ET LES (EUVRES

Discoii?\s sur rbiégalité, et mieux encore, comme l'introduction du Contrat social. L'humanité étant tombée, pour son malheur, dans l'état de société, il fallait tenir compte de cette décadence comme d'un fait, et en tirer le moins mauvais parti possible. De là les constitutions et les gouvernements.

C'est une condition fâcheuse pour un auteur^ aussi bien que pour un homme d'état, que de régler une situation qu'il désapprouve en principe. Cependant, le fait une fois admis, on ne voit pas que Rousseau en soit gêné le moins du monde, et, sous le prétexte, acceptable jusqu'à un certain point, que les règles doivent varier avec les circonstances, il ne se fait pas faute de désavouer plusieurs dés idées qu'il avait défendues précédemment.

Dès les premiers mots du traité, il proclame son principe fondamental du Contrat. « Le pouvoir paternel, dit-il, passe avec raison pour être établi par la nature. Dans la société civile, au contraire, dont tous les membres sont naturellement égaux, l'autorité politique, purement arbitraire quant à son institution, ne peut être fondée que sur des conventions, ni le magistrat commander aux autres qu'en vertu des lois. »

Autre différence , qui manifeste également dès les premières pages un nouveau principe : les enfants n'ayant rien que ce qu'ils reçoivent du père^ tous les droits de propriété lui appartiennent ou émanent de lui; l'administration générale, au contraire, n'est établie que pour assurer la propriété particulière, qui lui est antérieure. Après ce que Rousseau a dit dans son Discours sur rhiégalité, il n'est pas inutile de noter que partout dans celui-ci

il se montre le défenseur résolu de la propriété. Il veut qu'elle soit protégée, non seulement contre les entreprises des particuliers, mais contre l'Etat luimême. Il ne craint pas de taxer d'atteintes à la propriété l'établissement irrégulier ou exagéré des impôts; ce qui ne l'empêche pas du reste d'être partisan de l'impôt progressif, et de permettre que les contributions s'élèvent jusqu'à prendre tout le superflu du riche. Il ne voit là ni irrégularité ni exagération; tout le monde sans doute ne sera pas de son avis. Enfin il va, ce qui pourra paraître étonnant de sa part, jusqu'à préférer la propriété à la liberté même.

Il est bon de remarquer qu'en général Rousseau aime à opposer l'un à l'autre le gouvernement de la famille et celui de l'Etat; mais cet antagonisme a bien ses dangers ; car il met en garde contre un pouvoir qui n'est présenté ni comme naturel ni comme sympathique. Nous avons de la peine à admettre, par exemple, que le magistrat doive écarter la nature, repousser les inspirations de son cœur et se défier même de sa raison, pour n'écouter que la raison publique, et nous ne sommes pas surpris après cela que l'auteur aboutisse à cette triste conclusion : « Aussi la nature a-t-elle fait une multitude de bons pères de famille; mais depuis l'existence du monde, la sagesse humaine a fait bien peu de bons magistrats. ))

N'insistons pas pour le moment sur le fond du système de Rousseau et sur son grand principe de la Volonté générale, dont il fait la règle suprême, non seulement des gouvernements, mais de la moralité et de la justice.

L'embarras, c'est de ne pas (confondre cette vo-

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