‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 11 sur 122 · Johaiin-Séfirisf.ian Borh, t. T, p · texte numérisé non relu

Johaiin-Séfirisf.ian Borh, t. T, p

ganiste à Eisenach. Cette petite ville a été connue de tout temps comme un centre artistique dont les habitants se distinguaient par leur goût prononcé pour la musique'. Dès le xv^ siècle les élèves de son école sortaient trois fois par semaine et parcouraient la ville en chantant des cantiques et en recueillant des aumônes pour l'entretien de l'école. En 1600, le recteur Jérémie Weinrich organisa le chœur des écoliers en musique figurée, et ce chœur ne tarda pas à acquérir une renommée qui faisait l'orgueil des bourgeois et des campagnards. A l'origine, il ne comportait que quatre écoliers ; mais il s'accrut sans cesse, et vers la fin du xvii^ siècle il comptait plus de quarante chanteurs. Il est probable que Sébastien, qui possédait une jolie voix de soprano, fit partie de ce chœur, et parcourut la ville en chantant avec ses camarades, comme deux cents ans plus tôt l'avaient fait les écoliers d'après la recommandation de Luther.

En 1686, Ambroise Bach avait confié son fils aîné. Jean-Christophe, à son ami Pachelbel, alors organiste à Erfurt, pour parfaire son éducation musicale. Pachelbel [Jean), artiste éminent, né à Nuremberg le 1"' septembre 16S3, développa ses étonnantes

1. Dans ses Annales îsenncenses, parues à Franefort-snrle-Mein, en 1698. P«»///n2/s dit à propos d'Eisenach : a Claruit semper urbs nostra musiea. Et quid est Isenacum xar'avayp. quam in musica, vel Isnacxim, ranimu.". » L'anagramme n'est pas trop mal trouvé.

VIE ET (EUVRES DE J.-S. HXCU 3;j

dispositions d'abord dans sa ville natale et ensuite à Regensbiirg (Ratisbonne) ; puis il demeura trois ans à Vienne en qualité d'organiste-adjoint du fameux Jacques de Kerl, titulaire de l'orgue de la basilique de Saint-Etienne, qui devint son modèle et lui fît faire des progrès rapides en composition. Appelé en 1677 à Eisenach pour y être organiste de la cour, il y resta jusqu'en mai 1G78, après quoi il alla occuper l'orgue de l'église des frères prêcheurs à Erfurt, où il demeura douze ans. Il quitta cette position en 1690 pour devenir organiste à Stuttgart, dont il s'enfuit, en 1692, à l'approche de l'armée française. Il se réfugia à Gotha, oîi il remplit les mômes fonctions jusqu'en 1693, année pendant laquelle il retourna à Nuremberg comme organiste de l'église Saint-Sebold, situation qu'il occupa jusqu'à sa mort, en mars 1706. Mattheson dit qu'on lui offrit la place d'organiste à Oxford en 1692, qu'on l'invita aussi à revenir à Stuttgart lors de la cessation des hostilités, mais qu'il refusa ces deux avantageuses propositions pour ne pas quitter sa famille. Pachelbel avait été lié avec tous les Bach, mais surtout avec Jean-Ambroise, qui le choisit pour parrain d'une de ses filles et pour maître de son fils aîné.

On a considéré avec raison Pachelbel comme l'un des meilleurs organistes de l'ancienne école allemande, et comme l'un des compositeurs les plus distingués de musique d'église. La manière des or-

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ganistes italiens et français, introduite en Allemagne par Fruberger, partit l'ayoir séduite, car c'est dans leur style que sont écrites la plupart de ses pièces.

Jean-Christophe Bach étudia pendant trois ans avec Pachelbel, qui lui fît obtenir la place d'or/ianiste de l'église Saint-Thomas, à Erfurt; mais comme il ne put satisfaire à toutes les conditions imposées, et qu'en outre il avait une t|onne dose de cet esprit d obstination qui caractérisait les Bach, il partit pour Ârnstadt et enfin pour Ohrdruf, où, en 1690, il devint organiste de l'pglise principale çt où il se maria en J694. Ainsi que nous l'avons vu, après la mort de son père, il prit chez lui son jeune frère Sébastien, auquel il donna des leçons de musique et de clavecin.

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Les progrès de l'enfant furent extrêmement rapides et dépassèrent tout ce que Ton avait attendu de lui. Les morceaux que hii présentait son frère ne lui suffisaient plus; an bout de quelques heures d'étude il en avait vaincu les diffipult(îs et s'en faisait un jeu. Jean-Christophe ne semble pas avoir encouragé ni secondé les brillantes dispositions de son élève; on serait presque tenté de croire qu'il jalousait ce talent naissant, si plein de promesses. Le fait suivant donne un certain poids à cette suppo-

VIE ET UEUVKES DE J.-S. liACll .);.

sitioh. II possédait un i-écueil manuscrit contenant les compositions des plus grands clavecinistes, tels que Froberger, Kerl, Pachelbel, Buxfehude, etc., mais il refusait toujours de le communiquer à Sébastien et le tenait soigneusenfient sous clef. C'était plus qu'il n'en fallait pnur surexciter la curiosité de Fenfant, qui brùlaitd'enviede connaître ces œuvres, lesquelles lui paraissaient d'autant plus précieuses qu'on lui en interdi^^ait même la vue. Ce recueil était serré dans une armoire avec une porte à claire-voie. Décidé à s'emparer du trésor qu'il convoitait, Sébastien réussit à glisser ses petites mains à travers le treillis et à tirer à lui le manuscrit. Que l'on juge de sa joie lorsqu'il se vit maître de l'étudier à son aise! Il résolut de le copier* m lis ne pouvant le faire que la nuit et n'ayant point de chandelle, il ne put travailler qu'à la seule clarté de la lune, ce qui n'était guère commode, on en conviendra. Mais que ne peut une ferme volonté ? Six mois durant, il poursuivit sa laborieuse tâche, et il venait de l'achever lorsqu'un soir son fi-ère le surprit et lui enleva sans pitié ce travail qui lui avait coûté tant de peines ! Féli-: dit' qu'il le recouvra à la mort de son frère et ajoute : « Ce fut donc en 1701 que Jeaii-Christop'ie ce^sa de vivre, et cette mort fut pour Sébastien l'ot^casion de partir pour Lunebourg. » Autant d'erreurs que de mots! Mais ^Fétis n'en est pas seul

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