DEUXIEME PERIODE
ANNÉES d' É T U D E S
(lUNEUOURG et AILNSTAUT, 1700-170"
A LuueboLU'g J.-S. Bach eut toutes les occasions d'acquérir la complète connaissance de la musique religieuse et de se perfectionner dans la pratique de l'orgue et du clavecin. L'orgue, ce merveilleux instrument qui résume toutes les ressources orchesti'ales, avec ses combinaisons infinies de jeux, l'attirait surtout; la musique instrumentale aussi fut l'objet de ses incessantes études. Quant à vouloir chercher quels ont été ses maîtres, ce serait se donner une peine inutile. Bach fut un aulodidacle dans la plus complète acception du mot; il a tout appris par lui-même et deviné ce qu'on ne lui enseigna pas. La lecture seule des œuvres des compositeurs célèbres lui suffît pour acquérir son prodigieux sa-
voir en contre-point et en composition. Dès qu'il eut gravi les premiers degrés de la science contrapuntale, ses admirables qualités techniques n'eurent plus besoin que d'être guidées par ses propres observations sur les ouvrages des grands maîtres. Trois artistes cependant semblent avoir eu quelque part dans ses progrès : d'abord Auguste Braun, cantor de la MichœHssckide,])u\s Christophe Morhardt, organiste de l'église des capucins de Saint-Michel, enfin et plus particulièrement, Georges Bœhm, organiste de l'église Saint-Jean à Lûnebourg, son compatriote, qui possédait sur l'orgue un remarquable talent et avait étudié avec le célèbre Reinken de Hambourg. Bœhm composait aussi des chorals auxquels il a donné des formes qui lui sont toutes personnelles et que Bach chercha si bien à imiter que ceux qu'il composa à cette époque semblent avoir été écrits par Bœhm.
Mais ce que notre jeune artiste désirait le plus ardemment, c'était d'entendre un des plus grands virtuoses du temps, ce même Reinken, organiste de l'église Sainte-Catherine de Hambourg.
Reinken (Jean-Adam) né à Deventer (Hollande) le 27 avril 1623, avait obtenu en 1654 sa place d'organiste, qu'il conserva jusqu'à sa mort, soit pendant 68 années consécutives, puisqu'il expira à l'âge de 99 ans, le 24 novembre 1722. On professait une haute estime pour son admirable talent, mais sa vanité et sa morgue envers ses confrères le leur rendirent in-
42 lE ET ŒUVRES DE 3. -S. BÂCn
supportable et les lui aliénèrent. Reinken a été considéré comme le représentant le plus autorisé de l'école des organistes de l'Allemagne du nord au xvn'' siècle, école qui se distinguait par une grande dextérité des mains et des pieds, unie à une prodigieuse habileté pour combiner les registres de l'orgue. C'est en cela que cette école différait le plus sensiblement de celle des organistes du sud, qui préférait une placidité classique et qui s'est personnifiée en Pachelbel. On ne connaît que fort peu de chose des compositions de Reinken ; VHûjHus mus'icus^ pour deux violons,, viole et basse est sa seule œuvre qui ait été imprimée, et, même en manuscrit, il ne reste de lui que cinq pièces : deux chorals, une cantate, et deux airs variés pour le clavecin.
Hambourg n'étant pas à une grande distance de Llinebourg (o milles), Bach s'y rendit aussi souvent qu'il le put alin d'entendre Reinken et Vincent Liibeck, autre organiste célèbre de l'église Saint-Nicolas. Ces voyages lui coûtaient peu d'argent, car il les faisait à pied, et descendait chez son cousin Jean-Ernest Bach, où il trouvait gratis la table et le logement 2. Toutefois, il ne borna pas ses visites à la seule ville