Zachau avait été le maître de Handel
tni VIE ET ŒUVRES DE J.-S. BACH
Cependant, lorr^qu'il eut fait j^art au diic de son intention de quitter son service, celui-ci lui en témoigna son regret en ajoutant qu'il voulait encore améliorer sa position. D'un autre côté, Bach n'avait pas lieu d'être satisfait des conditions que lui proposait le conseil de Halle, et avant de prendre une décision il voulut réfléchir. Après quelques semaines de tergiversations, il renvoya, non signé, un exemplaire de la vocation, et conserva l'autre pour faire comprendre au conseil qu'il considérait toujours TafTaire comme pendante. Il promit de formuler sous peu ses observations, et, si l'on tombait d'accord , de partir pour Halle. Voici sa lettre^ :
« Très noble et très honoré Monsieur,
» J'ai reçu la vocation en double exemplaire, ce dont je vous suis très obligé, et j'apprécie comme un bonheur que le noble collège ait bien voulu juger favorablement ma chétive personne. J'espère, très honoré Monsieur, que l'on ne trouvera pas mauvais que je ne notifie pas aujourd'hui ma résolution, n'ayant pas encore obtenu mon congé. Je voudrais aussi que l'on apportât certaines modifications au contrat, tant pour ce qui touche au salaire qu'en ce qui regarde mes obligations. J'enverrai cette se-
1. L'adresso manquo, mais ou suppose quo celte lettre était (lestiuée au lieeucié A. Beeker, Tun des admiuisti'ateurs de l'église Notre-Dame, auquel il adressa ses autres lettres conceruaut cette affaire.
V!K KT Œl'VRRS D K .I.-S. HACd uni
maine par écrit le détail de mes o! servalion?. Je vous retourne, en attendant, l'un des doubles, avec l'espoir que votre seigneurie ne me blâmera pas de ne point m'ètre engagé avant d'avoir bien précisé les devoirs qui m'incomberont. Dès que nous serons d'accord, je me rendrai en votre ville et signerai mon engagement. Entre temps, votre seigneurie voudra bien présenter à MM. les administrateurs de l'église Notre-Dame l'assurance de mon respect et mon excuse (sic) de ce que le temps me manque pour donner une réponse catégorique; je suis très occupé aux préparatifs que l'on fait à la cour pour fêter l'anniversaire natal du prince, mais tout sera terminé cette semaine. J'espère que ma lettre sera bien accueillie, et que le noble collège ne verra aucune difficulté à m'accorderce que je désire.
» Je suis, en attendant, de votre honorée seigneurie,
» Le respectueux serviteur,
» J.-S. Bach.
» Weimar, 1-4 janvier 171i. »
Les administrateurs lui firent répondre aussitôt qu'ils ne voulaient entendre parler d'aucun changement aux conditions libellées, et que si Bach n'acceptait pas purement et simplement la vocation, il eût à retourner le double qu'il détenait. Vexé d'un procédé aussi léonin, Sébastien retourna sur l'heure la pièce non signée et l'on eut assez peu de dignité
à Halle pour répandre le bruit qu'il n'avait entamé les négociations que pour extorquer au duo de Weimar une augmentation de salaire. Mais Bach n'était pas homme à supporter sans rien dire une telle atteinte a sa probité, et il adressa au conseil une nouvelle lettre qui ne manque ni de clarté ni d'énergie. Elle peint l'homme tout entier.
« Très honoré et très noble Monsieur, » Je ne suis pas surpris que le très honorable collège attribue à la cupidité et à l'ambition mon refus de la place d'organiste à Halle, car il n'a pas examiné l'affaire attentivement, ni sous son vrai jour. On s'imagine que j'ai visé cette place, tandis que je ne savais pas le premier mot de sa vacance ; la seule chose qui soit positive, c'est que le conseil me l'a offerte et qu'après m'ôtre présenté je voulais retourner chez moi. C'est uniquement sur l'ordre de M. le D"" Heineccius que je suis resté pour composer et faire exécuter le morceau obligatoire. Au surplus, je ne crois pas que personne soit tenu de se rendre dans un endroit où l'on ne serait pas bien ; en tout cas, rien n'a pu se conclure en quinze jours, attendu que dans ce laps de temps très court il n'est pas possible de se rendre compte du gage et du ca.si\el {ace identia). Telle est la cause qui m'aempêché d'accepter la place. On ne doit donc pas en tirer la déduction que j'aie voulu jouer un tour (sic) au noble collège pour obtenir de mon gracieux
maîret une augmentation de traitement ; il est si bon, et il aime tant l'art, que, pour améliorer ma I^osition, je n'avais nullement besoin d'aller à Halle, Je regrette que le noble conseil ait cru de ma part à une telle indélicatesse, qu'il a propagée, peut-être sans le savoir ni le vouloir, et j'ajoute que si j'avais obtenu à Halle le même traitement qu'à Weimar, la justice me faisait un devoir de donner la préférence à cette dernière ville. Jurisconsulte éclairé comme vous l'êtes, vous pouvez, mieux que personne, en juger, et tout en vous priant d'offrir ma justification au noble collège, je demeure
» Votre très obéissant serviteur,
» Jon. Seb. Bacu.
» Maître des concerts et organiste de la cour. » Weimar, 19 mars 1714. »
Adresse (en français) :
« A monsieur A. Becker, licencié en droit, mon très honoré ami, à Halle. » Et à gauche : « P. couvert. »
Bach pouvait, à bon droit, vanter la munificence et la bonté du duc, qui, à différentes reprises, ne s'était pas fait prier pour augmenter son traitement, et l'avait depuis peu élevé à la dignité de maître de ses concerts. En outre, l'âge avancé de Drese ne lui permettant plus d'exercer ses fonctions, Sébastien
|irit encore la direction delà musique de la chambre et remplit tous les devoirs d'un maître de chapelle, ce qui lui valut un surcroit de salaire.
En décembre de la môme année, il s'arrêta à Leipzig, où, le premier dimanclie de l'Avent, il lit exécuter à l'église Saint-Thomas sa cantate Nan Komm, der Heiden Heïland (Viens, sauveur des gentils') et tint Torgue pendant l'office divin. Il avait été attiré à Leipzig par le désir de faire la connaissance de Kuhnau, dont les œuvres n'avaient pas été sans influence sur le développement de son talent, et de montrer ses qualités d'organiste. Ce fut sa première visite à la ville où il devait passer les vingt-sept années les plus actives de sa vie.
Malgré le fâcheux résultat de ses négociations avec Halle, on n'avait i)as tardé, en cette ville, à reconnaître combien étaient peu fondées les accu salions portées contre Bach. Lorsque, après un travail de trois années, Cuncius eut terminé l'orgue <le l'église Notre-Dame, on appela Sébastien pour en faire l'examen, vers Pâques de J716. Le collège ecclésiastique s'honora en reconnaissant son tort, et si, malgré ce qui s'était passé, \\ eut confiance en l'impartialité de Bach, ceci prouve combien était grande sa réputation d'honorabilité. Kuhnau, de Leipzig, et Rolle, de Quedlimbourg, l'assistèrent dans cette réception. On chargea le licencié Becker
1. Apprnrlirr H, IG^ aiiiiri", ii^ 01. t. VU de? Canta/rs rrlij/ieuses.
VIE ET ŒUVRES DE J.-S. BACH lO'J
de lui transmettre l'invitation de venir à Halle de la part du conseil; Bach en ressentit beaucoup de joie et répondit aussitôt :
« Très honoré et très noble Monsieur,
» Je suis bien reconnaissant de la confiance que le noble conseil et vous, voulez bien me témoigner. J'ai toujours eu le plus grand plaisir (sic) à vous offrir mes services, et je m'efforcerai de vous satisfaire dans l'examen pour lequel vous m'appelez. Je vous prie donc de faire connaître ma résolution au noble collège, l'assurer de mon obéissance, de mes respects (sic) et le remercier de la confiance qu'il a en moi.
» Yous vous êtes di^à donné beaucoup de mal pour moi, et je le reconnais avec gratitude. Je vous assure que, tant que je vivrai, je m'estimerai heureux de me dire
)• De voti'C très noble Seigneurie,
» le dévoué serviteur
» J.-S. Bach,
» maître des concerts. « 1) Wriiuiir, 22 avril 1710. »
Adresse :
« Monsieur Angusto Becker, bien-méritant licencié en droit [best inevitirtcn liccntialo Juris) et adminis-
Irateur de réglise B. M. Virginis, mon très noble seigneur, à Halle' ! !
Les détails de construction des orgues lui étaient devenus si familiers, qu'il ne pouvait plus être trompé. Pour essayer un instrument soumis à son examen, la première chose qu'il faisait était de tirer tous les jeux et de jouer le grand orgue avec tous ses accouplements. Il disait en plaisantant qu'il voulait d'abord s'assurer si rinstrument avait de bons poanfons (Forkel, loc. cit.).
Il procédait ensuite à l'examen détaillé de chacune de ses parties.
La réception de l'orgue de Halle eut lieu le ^i avril, et l'attestation donnée par les trois experts fut très honorable pour Cuncius. Halle put se vanter de posséder le plus grand orgue de rAllemagn(\
A mesure que s'accrut la renommée de Bach s'accrut aussi le nombre de ses élèves. Après Schubart, que nous connaissons déjà, nous citerons YoGLEH, Jean-Caspar, né à Hausen, près ArnstadI, en '1G96. En 1715, Vogler devint organiste à Stadtilon, puis succcs^eui- de Schubart à Weimar, après la mort de celui-ci. Il ne quitta plus cette ville quoique, en 17.'J5, lors d'un concours à Hanovre, il
1, Spilfa, ourr. liir, \. \. y. ;;i;;.
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eût battu dix concurrents. De l'avis de son maître, Yogler fut un virtuose de très grand mérite. Matthesun le trouvait même plus habile que Bach sur l'orgue. Le duc Ernest-Auguste, voulant le conserver à Weimar, le nomma vice-bourgmestre. Il en remplit les fonctions pendant quelques années et mourut en 1763.
De six ans plus âgé que Yogler était Krebs, Jean- Tobie, né en 1690, à Heichelheim, piès Weimar, (jui, en 1710, devint cantor et organiste à Biittelst.ull. Il fut d'abord élève de Walther, et ensuite de Bach. Nous avuns la preuve de la profonde impression que fit sur Krcbs l'enseignement de Sébastien, dans le fait qu'il le donna pour maître à son iils Jean-Louis, que nous retrouverons plus tard et qui fut un organiste de premier ordre.
ZiEGLER, Jecm GotthUf, né à Dresde, en 1688, ne reçut que peu de leçons de Bach, et cependant, à l'âge de cinquante-huit ans, il disait encore avec lierté : « En ce qui touche le choral, j'ai été si bien » montré par mon professeur, le maître de chapelle » Bach, que je ne puis jouer les mélodies [Lieder) » que d'après le sens des paroles. »
En 1715, Bach prit chez lui son neveu Bernard, second fils de son frère d'Ohrdruf. 11 n'avait pas oublié ce qu'il devait à ce frère qui l'avait élevé, et il demeura fidèle aux traditions de fraternité toujtuirs vivantes dans la famille des Bach. Bacji. Bernard, né le 21 novembre 1700, avait d'abord
112 VIEETŒUVRESDEJ.-S. BACH
Iréquenté le Lyceum d'Ohrdruf. Il raconte en toute sincérité « qu'à cause de la faiblesse de sa mémoire, » son père n'ayant pas jugé utile de lui donner des le- )j çons de musique, l'avait envoyé à Weimar, chez son » frère, le maître des concerts, qui était un maître » (sic) très célèbre et très fort sur le clavecin, et que » là il avait fait des progrès en clavecin et en com- » position ! » — Quoiqu'il ne dise rien delà durée de son séjour chez son oncle, ce séjour ne doit pas avoir dépassé l'année 1717, car s'il avait suivi Sébastien à Cœthen, il n'aurait pas manqué de l'affirmer. En 1721, Bernard succéda à son père, comme organiste à Ohrdruf.
C'est à la période comprise entre 1714 et 1717 qu'appartiennent les cantates religieuses suivantes :
l" Cantate pour le troisième dimanche de la Trinité (17 juin 1714) sur le texte de Salomon Franck : Ick halle ' vlel Bekïnnmenilss (J'avais beaucoup d'aftliclion) qui compte parmi les plus connues et les meilleures de Bach. Elle a trait à l'I-^pître du dimanche, et l'auteur y a ajoute ces mots : pcr ogni tempo (pour tout temps).
i2° Cantate pour le dimanche {W> Hameaux de nii ou 1715, sur le ]*s. iO. Elle est loin de valoir la précédente. Bach les a réunies sous le titre de Fvangclisches Andachts Opfer (offrande de dévotion évangélique).
1. AjtpriuU'j' II. 50 aiujûe, uo :il, l. III des Caiilalc.^ reliijieusrs.
VIF. ET lEUXRES DE J.-S. liAClI 113
Vient ensuite une série de neuf cantates qui se présentent dans l'ordre chronologique suivant :
1° Cantate pour le premier jour de Pâques (21 avril 1715) : Der Himmel lacht, die Erde jubiliret (Le ciel rit, la terre jubile *). Le maître l'a remaniée plus tard, et c'est sous cette forme élaborée et augmentée que nous la possédons.
2° Cantate pour le quatrième dimanche de la Trinité (14 juillet ITloi : Barmherziges Herze der ewlgeti Liebe (Cœur compatissant de l'amour éternel).
3° Cantate pour le seizième dimanche après la Trinité (16 octobre 1715) : Komm, du susse 7'odesstunde (Viens, heure délicieuse de la mort).
4° Cantate pour le vingtième dimanche après la Trinité (3 novembre 1715) Ach, ich sehe jetzt da ich zu Hochzeit gehe (Ah ! je vois maintenant que je vais à la noce), extrait de l'Évangile selon Matthieu (2, 2, 1-14).
5° Cantate pour le vingt-troisième dimanche après la Trinité (24 novembre 1715) : Nurjedem das seine (A chacun le sien) de l'Evangile selon Matthieu (22, 15-22).
6° Cantate pour le quatrième dimanche de l'Avent (29 décembre 1715) Bereitet die Wege, bereitet die Bahn (Préparez la voie, préparez le chemin). Dans l'autographe sous la rubrique on lit ces mots: Choral
1. Appendice II, 7" année, n" 31. t. IV des Cantates 'Religieuses.
il4 VIE ET ŒUVRES DE J.-S. BACH
simplice stylo. La ba?t;e est cliifTrée sans paroles.
7° Cantate pour le dimanche après Noël (:29 décembre 1715) : Tritt aufdle Glaubenshnhn (Foidezle chemin de la foi). Elle est sans chœur ni choral, à deux voix, et appartient aux productions les plus remarquables de Bach. Elle est instrumentée pour flûte, hautbois, viole d'amour, viole de gambc et orgue.
8° Cantate pour le deuxième dimanche après l'Epiphanie, (19 janvier 1716): Mein Gott, wie lang avh lange ((Ju'il y a longtemps, mon Dieu).
Et 9" Cantate pour le dimanche Oculi (2:2 mars 1716) : Ailes ivas von Gott geboren (tout ce qui est né de Dieu). Elle a passé plus tard tout entière dans la cantate ' : Ein [este Biirg ist iinser Gott (Notre Dieu est un rempart). On ne trouve plus de traces de son existence sous sa forme première.
On remarquera que, dans ces cantates, les chœm^s font presque entièrement défaut. Le moment n'était pas encore venu pour Bach de se signaler en ce genre. La période Weimarienne fut la tloraison de son talent d'organiste; dans le choral il semble déjà être arrivé au pinacle, et n'avait plus ipi'un pas à faire pour atteindre la perfection dans linstrumentalion. Les cantates AVeimariennes se distinguent par leurs chants en solos qui frappent dï-ton-
1. Appendice II, ISc aiiiirc. n» 80. t. VIII des Caniatps rr/i;jieuses.
nenient et d'admiration par la richesse des idées et la variété des formes. Plus lard, à Leipzig, Bach a remanié ces cantates, et c'est sous cette dernière forme qu'elles nous sont connues; néanmoins, on y retrouve encore la structure })rimitive. Deux de ces cantates ont un chœur, quatre airs et un choral. La première commence par' Wachet, Betet (Veillez, priez), et la seconde \sds Hcrztmd Mund, und Thaï vnd Lnbcn (Cœur et bouche, action et vie).
Le voyage que lit Bach dans l'automne de 1717 eut un bien autre retentissement que tous les autres qu'il entreprit. Cette fois il allait à Dresde, où, sous le prodigue et voluptueux Frédéric-Auguste 1®% la musique et l'opéra s'élevèrent à leur plus haut degré de splendeur. Bach comptait de nombreux amis parmi les musiciens de la chapelle royale, entre autres le maître des concerts, J.-B^. Volumier, d'origine française, qui, jusqu'en 1709, avait occupé la môme position à la cour de Berlin, et aussi probablement Pantaléoii Hcbenstreit, qui se distinguait par une virtuosité extraordinaire sur un instrument en bois de son invention-, A ces artistes il faut joindre l'organiste Petzold, le compositeur Ze/e»Â;a et le vio-
1. Appendice II, 16c année, \x° 70, t. YII dos Cantates religieuses.