‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 32 sur 122 · Espèce de Duldmer, que l'on frapiialt avec des baguettep · texte numérisé non relu

Espèce de Duldmer, que l'on frapiialt avec des baguettep

lin VIE ET OEUVRES DE J.-S. BACH

lonisle Pisendel. C'est lors de ce voyage à Dresde que Bach rencontra Marchand, claveciniste et organiste français de grand renom, alors exilé de Paris. Son jeu brillant et léger avait tellement plu au l'oi de Pologne, que ce dernier lui offrit deux médailles valant chacune cent ducats, et des appointements considérables pour le déterminer à se fixer à Dresde. Sébastien n'avait pas encore joué devant le roi et ne s'était fait entendre qu'aux artistes et à des amateurs. Des discussions s'élevèrent en cette occasion âur le point de savoir lequel, de Bach ou de Marchand, l'emportait en talent. Le parti de la cour se prononça pour le dernier, mais Sébastien eut de son côté les artistes de la chapelle et les connaisseurs. Volumier lui ayant fourni le moyen d'entendre Marchand, il le défia en s'engageant à improviser sur les thèmes que lui présenterait le Français, à condition que l'épreuve serait réciproque. Marchand releva le gant. Un jury fut choisi pour prononcer entre les deux rivaux et le tournoi dut avoir lieu chez le premier ministre, comte Flemming. On peut s'imaginer combien la curiosité générale était surexcitée. A l'heure dite, une société aussi brillante que nombreuse se pressait dans les salons ministériels. Bach se présenta, mais Marchand ne parut pas. On attendit un certain temps avant de le faire prévenir que l'heure de la lutte avait sonné; mais le messager chargé de cette mission revint en disant que le matin même Marchand avait pris la poste

et quitté Dresde. Il est probable qu'il avait entendu Bach, et que, sûr d'avance de sa défaite, il avait déserté le champ de bataille. Sébastien joua seul et émerveilla son auditoire.

Marchand {Louis), né à Lyon, le 2 février 1669, avait par conséquent seize ans de plus que Bach. Venu jeune à Paris, il y acquit une grande célébrité par son talent de claveciniste et d'organiste. Titulaire de l'orgue de la chapelle royale à Versailles, il obtint aussi le cordon de Saint-Michel. Mais sa vanité, son caractère fantasque et surtout son inconduite le firent tomber en disgrâce. On raconte que le roi, prenant en pitié la malheureuse épouse de Marchand, qui la désolait par ses dérèglements et la laissait manquer du nécessaire, avait décidé que la moitié du traitement de l'organiste serait versée à sa femme. Marchand lit mine d'accepter cette disposition; mais au milieu d'une grand'messe, il quitta subitement l'orgue, et quand on lui eut demandé pourquoi il n'achevait pas l'office, ilrépondit : « Puisque ma femme touche la moitié de mes appointements, qu'elle fasse aussi la moitié de mon service. » Telle aurait étélacausepour laquelle il fut envoyé en exil, en 1717. Il partit pour Dresde, et nous savons comment il s'y comporta. Revenu à Paris, il s'y établit comme professeur de clavecin ; sa vogue devint telle que les gens du monde se crurent tenus de le prendre pour maître et lui payèrent, ses leçons un louis. Malgré ses succès, malgré les sommes

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fabuleuses qu'il gagnait, il se livra à de si folles dépenses, il commit de si nombreuses extravagances, qu'il mourut dans la misère, le 17 février 1732.

M. SiDitta \ suivant en cela les biographes allemands, ses prédécesseurs, qui ne connurent Marchand que par la réputation dont il avait joui, s'étend avec complaisance sur la gloire dont Bach se couvrit on cette circonstance, c où il avait battu » son adversaire sur son propre terrain. » Mais Fétis - fait remarquer avec beaucoup de raison que « l'on ne peut considérer le projet de mettre )' en parallèle l'organiste français avec Bach que » comme une insulte faite à ce grand musicien. Il » se peut que Marchand ait eu ce qu'on appelle » une exécution brillante, mais ses compositions » sont misérables. On n'y trouve que des idées com- » munes, une harmonie faible, lâche, incorrecte ; » son ignorance du style fugué est complète. Telle » était son infériorité à l'égard de Bach, cpi'il n'est » pas sûr, malgré sa fuite précipitée, qu'il l'ait bien » sentie et qu'il ait compris tout le danger de sa » position! »

Il est étrange aussi que M. Spitta, en parlant dos œuvres de Marchand, dise « qu'elles ne cèdent nioji grâce, ni en variété aux morceaux de Couperin pour le clavecin » ; car do Couperin à Marchand la dilîérencc

i. Ourr. ri lé, t. 1, \). Ijl'ij.

2. Biofj)'/i)i/ii(' unii'i )-si'//f' ih's Dniniciciis. t. I, ji. 189.

Vlli ET (KUVltliS l)K .l.-S. liACII ll!i

(Hait presque aussi grande que de Marchand à Bach.

On s'est étonné qu'après cette victoire de Bach le roi de Pologne ne lui ait pas ténnjigné sa satisfaction par un cadeau digne de lui ; mais le nécrologe prétend que Sébastien fut alors victime d'un abus de conflance. « Le roi, lit-on (page 163), lui avait des- » tiné un présent de cinq cents thalers ; mais la » personne chargée de les lui remettre ne crut pou^ » voir rien faire de mieux que de se les approprier. » Pour toute récompense, il ne rapporta chez lui que » l'honneur qu'il s'était acquis. »

Il ne serait pas impossible que pendant sa visite à Dresde il ait fait la connaissance du fameux compositeur LoTTi {Antonio), qui arriva en septembre pour y monter un opéra de sa composition, avec sa femme, l'habile cantatrice San/a Stella, mais rien ne prouve que ces deux hommes de génie se soient connus, Bach ne pouvait demeurer éloigné de Weimar que jusqu'au commencement d'octobre, à cause des préparatifs du jubilé pour le deux-centième anniversaire de la Réformation, fête pendant laquelle les musiciens de la cour eurent beaucoup à faire et qui dura trois jours. De nouvelles cantates furent exécutées et assurément Bach en eomposa au moins une. Quant à Lotti, au milieu des embarras de son installation et de ses occupations théâtrales, il ne doit pas avoir eu un moment poui- recevoir la visite d'un artiste dont le mérite lui était probablement inconnu et qui ne devait pas l'intéresser.

C'est aussi à cette époque qu'il faut reporter la composition des chorals d'orgue qui sont un des éléments les plus essentiels et les plus riches de la carrière artistique de Bach. Nous y joignons sa célèbre Passacaglia (Passacaille) qui exige la plus rare habileté d'exécution pour être rendue dans son mouvement et dans son caractère. Il est évident qu'il a cherché à imiter celle de Buxtehude, et si certains biographes lui attribuent une date de création antérieure, c'est qu'ils n'ont pas connu ses rapports particuliers avec le célèbre organiste de Lûbeck '. Ce morceau comporte 293 mesures, dont 168 appartiennent à la Passacaglia proprement dite, et le reste à la fugue qui suit. La Passacaille est une ancienne danse italienne ou espagnole, ressemblant à la Chaconne. Selon Littré -, ce nom viendrait de l'espagnol pasar (marcher) et calle (rue), ce qui peut signifier « un air joué dans les rues par des musiciens ambulants ». Le lexique de Walther traduit ce mot par Gassenhauer (vaudeville). La danse originale était exécutée par deux personnes ; elle a duré en France jusqu'au xviii" siècle et l'on trouvera des instructions pour la danser dans la Chorégraphie de Feuillet. Cette forme de danse attira l'attention des clavecinistes et organistes desxvii'' etxvm'' siècles, qui en

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