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l3i VIE Et ŒUVRES DE J.-S. BACH
à parler du doigté, à la réforme duquel Jean-Sébastien et son fils (îh. Ph. Emmanuel prirent une pari considérable. C'est un sujet trop intéressant pour que l'on s'étonne de nous voir le trailer avec les détails qu'il comporte.
Deux causes principales ont influé sur le développement progressif des règles du doigté : 1° la structure du clavier, et 2° la nature de la musi(pie à exécuter. Ce n'est qu'à une époque relativement récente — depuis la naissance de la tonalité moderne — que la seconde de ces causes a pu avoir de l'efficacili', car le premier usage de l'orgue consista uni- ([uement à accompagner les simples mélodies ou le plain-chant de l'église, et lorsque vers le xvi"^ siècle la, musitpie purement instrumentale vit le jour, le style et le caractère des compositions pour l'orgue ressemblèrent de tous points à ceux de la musique vocale de l'époque. D'un autre côté, les changements dans la forme du clavier doivent avoir amené le développement d'un système de doigté, et ces changements sont suffisants pour que l'on puisse se rendre compte de certaines difl'érences remarquables entre les plus anciennes règles et celles en vigueur aujourd'hui.
Jusqu'au milieu du xvi'' siècle, on ne voit pas i(iie personne ait pensé à établir des règles |)oui" le doigté, ( t cela se conçoit, car depuis l'époque où npfiarurent les premières orgues dont les touches avaient eue largeur de trois à six pouces et que
l'on frappait avec le poing, jusque vers liSO, où, quoique plus étroites, les touches mesuraient encore, dans la largeur de l'octave, deux pouces de plus que celles du clavier moderne, tuute tentative de doigté, au sens actuel, doit avoir été hors de question. Le plus ancien doigté marque dont on ait connaissance a été donné par Ammerback (Llias Nicolas) savant contrapuntiste allemand, et organiste de l'église Saint-Thomas, à Leipzig, dans son Ovgel orler Instrument Tabulai i()'\ presque introuvable aujcuu'd'luii. (]e doigté est caractérisé }>ar l'évitement, pour ainsi dire absolu, de l'usage du pouce et du petit doigt; le premier n'est marqué qu'occasionnellement à la main gauche et l'autre n'est jamais employé, si ce n'est pour exécuter des intervalles de quartes simultanées. On trouve dans cet ouvrage cette singulière question : « Mais que faites-vous du pouce? Vous ne pouvez l'étendre en l'air; en conséquence, il faut l'appuyer sur le bois du clavier; là il est en sûreté, il ne pend pas paresseusement, et sert du moins à supporter la main- ! » Dans l'exemple suivant du doigté d'Ammerbach, le pouce est marqué par 0, et les autres doigts par les trois premiers chiffres :
] . Leipzig, lvJ71.
i. Cf. Fi'lix (iieuii'i", ti'cid. do roimpciilô de iMjrkcl, p. ['ti iioto.
l.-ifi VIE ET ŒUVRKS DE J.-?. BACFl
Main droite.
^-imLu^}4^.-
0 3 2 1 2 1 îi
2 1 0 .- 3/r//-( (/auche.
Ce doiglé, quelque embarrassant et entortillé qu'il paraisse, demeura cependant en usage pendant plus d'un siècle, et on le rencontre encore dansla3'' édition d'un ouvrage anonyme intitulé : Kurzen jedoch grundlkhen Wegiceiser, etc.. — Voici encore un curieux doiglé de la gamme A'iit, à diverses époques. Le premier exemple est tiré de l'ouvrage de Daniel Speer, miis'ikal'ischen Klceblatt ' :
M(tin droite.
GAMMi: ASCK.NDAXTK
GAMME DKSCE.NDANTE
il/«/« ijaiiche.
M (lin droite.
4èê
it/rt/;i gauche.