GAMME DESCENDANTE
Deux causes ont dû retarder l'adoption d'un système plus complet. En premier lieu, ni l'orgue, ni le clavecin, ni le clavicorde n'étant accordés d'après le tempérament égal, on n'écrivait la musique pour ces instruments que dans les tons les plus simples, les moins chargés d'accidents, et Ton n'employait que rarement les touches noires, ou des demi-tons ; ensuite, les claviers des anciennes orgues étaient placés si fort au-dessus du siège de l'exécutant, que ses coudes descendaient beaucoup
plus bas que son poignet. Il en résulta que l'on tint les mains dans une position gênante, disgracieuse, et comme Ion n'avait que rarement besoin des touches noires, on ne se servit presque absolument que des trois doigts les plus longs étendus horizontalement, parce que le pouce et l'auriculaire (petit doigt), étant trop courts pour atteindre facilement les touches, demeuraient en dehors du clavier,.
Cependant, et quoique telle fût la méthode usuelle de l'époque, (piolques artistes intelligents, frappés de son incommodité, se livrèrent à des essais tendant à introduire l'usage du pouce, encore que généralement on se montrât assez indifférent pour le doigté des instruments. Ainsi, l'un des plus savants musiciens de la première moitié du wu" siècle, le maître de chapelle brunswickois, Michel Prœloj-his, dit' : « Certains regardent le doigté comme un objet de grande importance, et blâment les organistes qui ne font pas usage de tel ou tel doigté. A mjn avis^ le sujet ne vaut pas la peine qu'on en parle; car, qu'un exécutant monte ou descende le clavier avec le premier, le deuxième ou le troisième doigt, et môme avec le nez, si cela peut l'aider, pimrvu qu'il exécute le tout clairement, correctement et agréablement, peu m'importe le moyen par lequel il y sera parvenu! »
d. S7jiilaf/ma miisicio/i, WollVulnittcl. 1619, t. II, p. 44.— Le nom alli'inaud de Pi'tietoi'ius est Schu/Z. 11 naquit ù Creiiziierg (ïlJiinuge) eu lo71, et mourut à Wolfenbuttel, en 162h.
VIE F.T ŒUVRES DE J.-S. BAOI LiO
L'un des principaux expérimentateurs dont je viens de parler fut Co\:PEm^ {François) dit le Grand, à cause de sa supériorité sur tous les organistes français. De même qne Bach, Gouperin descendait d'une famille qui s'est illustrée dans la musique pendant près de deux cents ans, et qui était originaire de Chaume, en Brie. Il naquit à Paris en 1668, devint claveciniste de la Chambre du roi, organiste de sa chapelle, et mourut en 1733. « De tous les organistes français, dit Fétis', François Couperin est celui qui paraît avoir réuni les qualités les plus remarquables : disons plus, c'est le seul dont les compositions méritent l'estime des artistes. Il s'est même élevé à une hauteur qui tient du prodige, au milieu du mauvais goût et de l'ignorance qui l'environnaient- ». Dans sa méthode de clavecin'' Couperin donne de nombreux exemples de l'emploi du pouce. Il s'en est pourtant servi d'une manière peu méthodique: ainsi, il le place sur la première note d'une échelle ascendante et ne l'emploie plus dans l'octave; il en fait usage pour le changement de doigts sur une seule et même note (doigté de substitution) et pour les extensions, mais il ne le fait passer que sous l'index, excepté en deux cas : dans le premier,