LE GANT OR (LEIPZIG
Le canlorat de l'école Saint-Thomas [Thornasschule) à Leipzig, position en apparence secondaire, avait une importance réelle, que connaissaient bien les artistes au fait des habitudes de cette ville. Le titulaire de cette charge, Jean Kuhnau, étant décédé le o juin 17:22, neuf concurrents s'étaient déjà présentés, pour lui succéder. Ils savaient tous ce que l'on exigeait du cantor de Saint-Thomas et avaient été attirés à briguer cet emploi par la considération générale dont il jouissait. De ces neufs candidats nous ne retiendrons que les trois plus distingués : Fasch, Rolle et Telemann.
Fasch, Jean- Frédéric , maître de chapelle du prince d'Anhalt-Zerbst. né à Buttelstadt, près Weiuiar. le lo avril 1688. av^it fréquenté l'école de
Saint-Thomas de 1701 à 1707, et profité, durant ces six années, de l'enseignement de Kuhnau. Tout en étudiant la jurisprudence à l'université de Leipzig, il avait, avec l'aide de ses condisciples, formé une société musicale, et en 1710, il en était arrivé à pouvoir se charger de faire exécuter une partie de la musique de l'église de l'Université (Saint-Paul). Après une existence agitée, il avait obtenu la place de maître de chapelle à Zerbst; il l'occupait depuis peu, lorsqu'un conseiller aulique de Leipzig, qui lui voulait du bien, lui écrivit pour l'engager à concourir au cantorat vacant. Mais Fasch,las de toutes les allées et venues qui avaient accaparé ses meilleures années, ne se souciait pas de quitter une situation où il se trouvait à son aise; il ne donna pas suite aux négociations entamées et demeura maître de chapelle à Zerbst, où il mourut en 1758.
Nous connaissons déjà Rolle, Christian-Frédéric, que nous avons vu, en 1716, chargé d'examiner, avec Bach et Kuhnau, l'orgue de l'église Notre- Dame de Halle. Il était alors à Quedlimbourg^ mais depuis un an il occupait le poste de directeur de musique [Musik director) à Magdebourg.
Telemann, Georfjes-Philippp, né à Magdebourg le 44 mars 1681, fut un compositeur de grand renom, qui ne dut qu'à lui-même et à son étude des ouvrages des meilleurs maîtres l'habileté dont il fit preuve dans tout le cours de sa vie. Comme J.-S. Bach, c'était un autodidacte. Eu 1701, il vint à Leipzig pour
VIE ET ŒUVRES DE J.-S. BAC.Ii W.i
suivre les cours de l'université et y apprit les langues française, italienne et anglaise, qu'il parlait encore avec facilité quarante ans après. Il était arrivé avec l'intention d'étudier la science du droit et de renoncer à la musique; mais il ne put longtemps cacher son talent et l'on finit par obtenir de lui que, tous les quinze jours, il livrerait une composition que l'on exécuterait dans l'église Saint- Thomas dont Kuhnau avait, depuis peu^ été élu cantor. A l'imitation de Fasch, il fonda parmi les étudiants, ses camarades, un collegium miislcum qui acquit bientôt de la célébrité et qui devint, dans la première moitié du xviii" siècle, une puissance musicale à Leipzig. Telemann, qui se sentait un goût prononcé pour l'opéra, en composa un certain nombre, dont il écrivit en partie les librettos et qu'il joua môme ([uelquefois, comme protagoniste, sur le théâtre de la ville. Le 8 août 1704 un concours s'ouvrit pour la place d'organiste de la nouvelle église ; il se présenta et le conseil se montra disposé à le choisir, à condition toutefois « qu'il s'abstiendrait désormais d'écrire pour le théâtre^ ». Cette restriction lui ayant déplu, il quitta Leipzig et partit pour Sorau, où le comte de Promnitz le prit pour son maître de chapelle. Dans cette petite ville il étudia sérieusement le style de Lully, qui le charmait. Un voyage qu'il fit à Paris en 1707, et un sé-