I. Critischer mw^icua, Leipzis:. 174?'). p. Ofl
gueil et d'insolence qu'il menace d'en crever. Il ne serait pas arrivé ù la position qu'il occupe, si quelqu'un, que je ne veux pas nommer, n'avait tout fait pour lui; et pourtant, dans une occasion où il aurait dû se montrer reconnaissant, comme l'aurait fait tout noble cœur, il s'est révélé ingrat et a rendu le mal pour le bien. » Evidemment ces paroles furent inspirées par un sentiment d'animosité personnelle, mais au fond il y avait beaucoup de vérité dans ce jugement. Quoique Scheibe ne donne pas le nom du bienfaiteur de Gœrner, il est supposable qu'il veut parler de Bach. Toujours est-il que Gœrner avait su prendre un pied si solide dans l'Université, que Sébastien, malgré la haute influence attachée à son nom et à sa personne, ne parvint pas à l'en expulser.
Nous pouvons maintenant jeter un coup d'œil général sur la situation de Bach à Leipzig. Assurément il avait rétogradé en consentant, lui, maître de chapelle, à devenir cantor; mais il trouvait une compensation suffisante dans la considération exceptionnelle dont jouissait parmi les artistes le titulaire du cantorat de Saint-Thomas. Seth Galvisius, Hermann Schein, Tobie Michael, Sébastien Kiimpfler, Jean Schelle et Jean Kuhnau, qui avaient successivement occupé cet emploidepuis 125 ans, étaienttous d'éminents musiciens et des hommes instruits. Continuer leur lignée ne pouvait qu'être un honneur, et Bach pensait ainsi. Le cantorat offrait de plus des
avantages réels. La place était bien rétribuée et le servicepeu lourd; les charges de la fonction devaient laisseraucantordenombreux instants de libertépour vaquer à ses affaires; enfin, sans s'imposer de sacrifices, Bach pouvait procurer à ses fils une éducation soignée et une instruction supérieure ; choses qui lui tenaient fort à cœur. C'est pourquoi, le 22 décembre 1723, six mois à peine après son installation à Leipzig, il fit immatriculer à l'Université son fis aîné, Wilhem Friedemann, bien qu'il n'eût que treize ans et qu'il ne soit entré dans la dite Université que le 5 avril 1729. En sus de ces avantages, il comptait sur sa grande renommée et sur son énergie personnelle pour améliorer la situation musicale de l'école Saint-Thomas, et prendre peu à peu en mains la direction du mouvement artistique de la ville. Ajoutons encore qu'ildemeura toujours maître de chapelle honoraire de la cour de Cœthen, et que peu après son arrivée à Leipzig, le duc de Weissenfels lui conféra la même distinction.
Quoique la direction des exécutions musicales dans l'église de l'Université ne fût pas inhérente aux fonctions du cantor de Saint-Thomas, il était néanmoins de tradition qu'elle lui fût confiée, et le conseil décida qu'il en serait chargé. Après la mort
ISS VIE ET ŒUVRES DT. J.-S. DACll
de Kuhnaii, Gœrner avait tenu provisoirement la place de directeur do musique à l'Université. Bacli ne tarda pas à voir que son premier souci devait être de l'en déloger, mais que la réussite ne serait pas facile, car Gœrner, aussi tenace pour le moins que Bach dans ses projets, avait su se créer dans le conseil des amis auxquels il avait insinué et fait croire que les fonctions multiples du cantor ne lui permettaient pas de diriger le service dans toutes les églises. Malgré tout, Bach résolut de mettre un terme à cet abus qui le blessait dans son amour-propre et dans ses intérêts, attendu que les honoraires alloués à Gœrner pour la direction étaient pris sur ceux du cantor, qu'ils diminuaient d'autant. Ce ne fut qu'après s'être attaché les étudiants qu'il put penser à réaliser son projet; il lui fallut pour cela attendre deux ans. Quand il crut le moment venu d'en finir, il adressa une supplique à Dresde, au roi de Pologne, grand électeur de Saxe, certain d'avance de l'intérêt que lui portait le souverain et du bon accueil f[n'il forait à son placet, dont voici la teneur* :
« Sire,
» Plaise à Votre Majesté me permettre de lui représenter humblement que le director'mm de la musique do l'ancien et du nouveau service dans