‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 52 sur 122 · Spitta, ouvr. cité, II, p · texte numérisé non relu

Spitta, ouvr. cité, II, p

rempli mon devoir gratis l'étonnent d'autant plus qu'il ressort des rationibus rectoralibus qu'à tous les Quartal orationihus et aux grandes fêtes, de môme qu'à la Festo reformationis Lutheri,]ai reçu un liojiorar'mm particulier de 13 th. 10 gr, ;

» 3° — Que je n'ai pas assisté en personne aux quartal-oratlonibus ordinaires, et que, d'après le Registraiur, l'exécution des motets a été uniquement dirigée par les préfets ;

» 4° — Que le cantor de S. Thomas, en raison des exécutions musicales des dimanches et des jours de fête, n'est pas en état de gérer en même temps le direcforium de la musique dans l'église de l'Université, sans préjudice et désordre, attendu qu'il doit diriger à la fois la musique dans les églises de Saint-Thomas et de Saint-Paul;

)) 5° — Qu'il a été scrupuleusement représenté que l'on avait accordé à mon prédécesseur un gratial exceptionnel de 12 florins pour le fJirootorium 7/rtisicrs du nouveau service;

)) G° — Que tant de difdcultés se sont élevées à cause des élèves de Saint-Thomas et des musiciens do ville, que l'Université a dû se servir des studiosoi'um, et que, d'un autre côté, la direction de la musique a été donnée sans empêchement à une autre personne, i)arce que ces stvdiosi refusent d'assister le cantor sans être payés;

» 7° — Enfin que, i)ar suite de la longue vacance .iprès la mort du cantor précédent, l'Université a

vin ET ŒUVRKS DE J.-S, V.XCU in.i

confié le direclorium rausices du nouveau service à Jean-Gottlieb Gœrner, et lui a assigné un nouveau salarium de 12 florins; que ce salarium n'aflecte en rien le direclorium de l'ancien service, attendu que c'est une institution nouvelle.

» Mais, sire, ces exceptîones alléguées par l'Université ne sont pas fondées, et il m'est facile de Jes réfuter point par point.

)) 1° — En ce qui regarde le rattachement du nouveau service à l'ancien, je n'ai pas dit que cette connexion fût nécessaire; j'ai seulement dit que le directorium du dernier service avait été combiné avec le premier, et que le pouvoir et la faculté de les lier ou de les séparer ne pouvait être examiné par moi, mais laissé à qui de droit. J'accepte, au contraire, que l'on me confie l'ancien service d'après l'observance établie. S'il en est ainsi, le directorium de la musique ne doit pas m'étre retiré lors des promotionibus doctoralibus, ni lors des solenn. aciii?is de l'Université, dans l'église Saint-Paul, pas plus que Xhonorarium, parce que, avant même que le nouveau service eût été établi, tout cela, au moins en ce qui regarde la musique, était incontestable ment un connexum de l'ancien service et d'une observance habituelle.

» 2° — Je suis surpris que l'Université mentionne un important honorarium de 13 th. 10 gr. que j'aurais reçu d'elle, et dise que je suis dans l'erreur quand je soutiens avoir fait mon devoir gratis, attendu que

Vhonôrarhim était a partes, en dehors du salaria qui est de 12 florins et que le gratial n'exclut pas la solde. Mais ma plainte ne porte pas sur les honorariis ; elle porte seulement sur les salariis qui appartenaient habituellement à l'ancien service et qui ne m'ont été comptés jusqu'ici qu'à 12 florins. Quant aux rationibus rectoralibus dont parle rUniver?ité, cet honorarhim, qui doit être de 13 th* 10 gr., ne m'a jamais été payé intégralement; les 20 gr. 6 pf. attribués aux rationibus recfornlibus n'ont pas dépassé 16 gr. 6 pf. et pour les trois grandes fêtes, de même qu'à la Festo refoj'mationis Lutherie au lieu de 12 th. 10 gr. je n'ai touché annuellement que 6 th. 18 gr. Il ressort, du reste, de l'attestation des veuves de Schelle et de Kuhnau, mes prédécesseurs (attestations que je joins au présent sub lit. A et B), que lors du Quartal et des Fest-musiquen, on n'a rien donné de plus, mais que dans l'extrait des rationibus doctoralibus, on a inséré un quantum beaucoup plus élevé.

» 3° — Quant à ce qu'on dit que je n'assiste pas en personne aux Quartal orationibus , et que \q Registratur du 25 Octobris 172o le prouve, ce sont là des objections sans importance, car, par le mois et l'année, on voit que le Registratur n'en fait mention qu'après ma plainte contre l'Université. En tout cas, je ne me suis pas absenté plus de deux fois, pour des impedimenta légitima, lorsque j'ai eu besoin d'aller à Dresde. Au surplus, les préfets pouvaient

me remplacer pour l'instruction, et sous mes antecessoribus Schelle et Kuhnau, les préfets dirigeaient les motets.

» 4° — On peut encore moins admettre ce que soutient l'Université, que le soin de la musique dans Jeux églises n'est pas compatible [sic] pour une seule personne, car je citerai l'exemple de l'organiste de Saint-Nicolas, Gœrner, qui dirige la musique dans deux églises, et cela est d'autant moins compatible, qu'un organiste ne peut être en môme temps dans l'église Saint-Nicolas et dans l'église Saint-Paul, pour faire de la musique avant et après le prône; tandis que le cantor peut sortir après avoir préparé et disposé la musique, sans être obligé d'assister au service jusqu'au dernier chant. De son vivant, Kuhnau l'a parfaitement fait, ^dina préjudice ni confusion, et il laissait diriger la musique ordinaire par des vicarios et des prxfectos dans les églises où une musica formalis n'était pas obligatoire.

» 5° — • Quant aux douze florins contestés, l'Université ne peut soutenir avec raison qu'elle les ait accordés comme gratial à . mon prédécesseur Kuhnau, pour la direction de la musique du nouveau service, car cette institution de 12 fl. date déjà de longtemps. Le salarium pour la musique de l'ancien service a toujours existé. Mon prédécesseur, et les autres avant lui, ont dirigé gratis la musique du nouveau service et n'ont jamais reçu pour cela un pfennig, encore bien moins un grattai de 12 fl.

100 vif: et (Kuvrr!^ di- j.-s. ijach

Les attestala sub lit, A et B des veuves de Schelle

et de Kuhnau prouvent que les J2 fï. ont été chaque

fois le salarimn de la musique de l'ancien service.

L'Université ne peut se refuser à montrer leurs

quittances.

» 6" — Le salaire attaché à la musique de l'ancien service ne cause aucun préjudice, car la direction du nouveau service n'a rien trouvé de bon dans l'emploi des studiost, bien que ceux-ci n'aient pas voulu prêter leur assistance au cantor sans être payés. Au surplus, on sait que les studiosl qui aiment la musique se sont montrés disposés en tout temps à se ranger sous les ordres du cantor. Pour mon compte, je n'ai jamais eu de désagrément avec eux et d'habitude je leur donne gratuitement des leçons de musique vocale et instrumentale.

» 7° — En ce qui touche au directorium musices du nouveau service et à la personne de Gœrner, si les choses doivent demeurer in statu quo, personne no met en doute qu'il faudra un saiarium nouveau. Donc, le salaire de 12 fl. qui lui est alloué n'est pas un nouvel institntum et n'a pas été donné comme tel à cette nouvelle direction ; on s'est contenté de le retirer au directorio musices de l'ancien service, et pendant la vacance du cantorat de Saint-Thomas on l'a donné à Gœrner, appelé momentanément à ce directorio. On a déjà fait de même pour ceux qui, jusqu'ici, ont été employés à la musique dans les deux églises ; cela est de toute notoriété et pourra

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être plus amplement prouvé. Néanmoins, je me crois obligé d'ajouter que j'eus, il y a deux ans, occasion d'en parler avec l'ancien redore magnifico Junio, auquel je fis une remonstration (sic) au sujet du director'd. Il me montra le livre de comptes, qui est, je crois, un Liber rationum rectoralibus, sur lequel la feuille de décompte portait en toutes lettres que mon prédécesseur Schelle avait reçu pro directorio îïiusices un salarium de douze florins.

» Enfin, l'Université, par le docteur Ludovici, qui l'année dernière administrait le rectorat, m'a octroyé la moitié de 12 florins et certainement elle ne l'aurait pas fait si elle n'avait été convaincue que j'y avais plus que droit. Cette réduction m'a paru aussi dure que si l'on m'avait supprimé le salaire entier. Dans sa réponse à mon mémoire, l'Université se tait sur ce point. Ce silence me donne raison et me justifie.

» Maintenant, d'après son propre aveu et par les rationibus rectoralibus, l'Université doit m'allouer annuellement 3 th. 10 gr. aux quartal orationibus et aux trois grandes fêtes, ainsi qu'à celle de la Réformation, un honorarhtm séparé de 10 th; soit, en total, 13 th. 10 gr. par an. J'aurais donc, depuis mon entrée en fonctions, de la Pentecôte de 1723 à la fin de 1725, dû recevoir une somme de 36 th. 18 gr. 6 pf. J'ai, par conséquent à lui réclamer encore dix-huit thalers et cinq gros.

» Je supplie donc Votre Majesté de vouloir bien ordonner que l'Université me restituera ces 18 th.

5 gr. et me donnera à l'avenir le salar'mm alloué à Schelle et à Kuhnau, de môme que V honorarium séparé, ainsi qu'on peut le voir par leurs quittances. De cette haute faveur sera reconnaissant toute sa vie^

» De Votre Majesté, le très humble et très fidèle sujet,

» Jean-Sébastien Bach.

I' Leipzig, le 31 decembiis, anno 1723. »

Le 21 janvier 1726, partit de Dresde un rescrit donnant raison à Bach, non pas entièrement, mais sur les points essentiels. La présentation officielle de ce rescrit à l'Université eut solennellement lieu le 23 mai suivant. Pendant ces quatre mois, il y eut des tentatives d'accommodement amiable qui n'aboutirent pas et l'on dut se soumettre à la décision du roi. De différentes notices provenant de 1727, il résulte que Gœrner resta chargé du nouveau service. Il paraît aussi que pour les solennités extraordinaires de l'Université on chargea de leur direction, tantôt l'un, tantôt l'autre des deux rivaux, mais Bach fut choisi le phis souvent.

Après qu'il eut composé, le 3 août 1725, un Dram-

ma permusica, intitulé* Dcr zufrleden gestelUe j^o- (us !Eole calmé) pour la fête du professeur MuUer, il écrivit, le 11 décembre de l'année suivante, une cantate destinée à célébrer la promotion au professorat du magister Korte; puis le 13 mai 1727, pour l'anniversaire de la naissance du roi de Pologne, alors à Leipzig, un autre drame musical, que les pensionnaires de l'Université exécutèrent sous sa direction, et enfin la musique de la cérémonie funèbre qui eut lieu le 17 octobre de la même année, à l'occasion de la mort de la reine, Christine-Eberhardine, décédée le 5 septembre.

Gœrner avait été chargé du texte de l'ode latine que l'on exécuta dans l'église de l'Université pour la fête du roi dont il vient d'être parlé. De même, le 2o août 1739^ pour le jubilé bicentenaire de l'acceptation en Saxe de la doctrine évangélique , Gœrner écrivit une nouvelle ode latine. Lors de l'anniversaire royal, on le voit désigné comme director chorî musici academici pour le nouveau service de l'église S. Paulino. Dans un rapport de 1736, on le déclare directeur de musique de l'académie et on ajoute que, dans les occasions solennelles, la musique est exécutée sous sa direction par les étudiants et autres musiciens. Cependant ceci ne doit pas se rapporter aux grandes solennités universitaires, car les colle-

\. Voyez Appendice n° 2. Onzième année. Musique vocale de chambre.

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gia musica donnaient des concerts tout à fait indépendants de l'académie. Ainsi, en 1736, la société dirigée par Gœrner fît entendre, pour l'anniversaire natal du roi, une cantate de Jean-Joachim Schwabe* Dans des actes de l'année 1726, on lit^ que l'église Saint-Paul avait comme directeur pai*ticulier de musique, Herr Joh.-Gottlieb Gœrner, pour les dimanches et fêtes ordinaires, mais que pour les grandes fêtes et les Quartal-orationiun, la direction appartenait de toute antiquité au cantor de Samt-Thomas.

Finalement, Bach eut lieu d être satisfait du résultat de ses démarches. Il était parvenu à exercer une influence considérable sur la jeunesse académique, et sa position se consolida encore davantage en 1729, lorsqu'il prit en mains la direction du Collegium de Telemann, après que Schott eut été nommé cantor à Gotha. Sous sa direction, cette société se lit entendre dans plusieurs festivals. Le 8 décembre 1733, jour natal de la reine, il lui lit exécuter un Dramma fer musica- sur le texte : Tonet ihr Pauken, erschallet Trompetten (sonnez, trompettes, retentissez, timbales), et en janvier 1734, pour la fête du couronnement d'Auguste II, une œuvre du même genre, sur les paroles : Blasl larmen, ihr Feinde (Faites du bruit, ù ennemis), tous deux naturellement de sa composition.

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