Spitta, ouvrage cité, II, p
2. Voyez Appendice n® 2. Vingtième année. Trois drames pour diverses solennités.
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Bach obtint encore que la société ne ferait plus de musique dans la nouvelle église et lui prêterait son concours exclusif. De plus, l'organiste Gerlach, remplaçant de Schott, étant son protégé et devant sa nomination à sa recommandation, dut lui céder la direction de la société de musique. Cependant, le conseil de fabrique de la nouvelle église, qui tenait aux exécutions musicales habituelles, fournit à Gerlach les moyens de former un petit chœur pour les besoins de ce temple. Plus tard, Gerlach reçut la direction de la société Telemann, lorsque Bach s'en retira. On ne sait ni quand, ni pourquoi il prit cette résolution, mais il est certain que sa retraite n'eut lieu qu'après 1736. Les beaux jours d'autrefois, il est vrai, ne luirent plus pour la nouvelle église ; la société Telemann paraît même lui être demeurée étrangère. Du reste, cette société perdit à son tour son ancienne importance qui passa dans une autre association. Vers 1740, l'axe musical de Leipzig avait complètement changé et reposait sur de nouvelles bases.
Il est évident que Bach considéra son cantorat bien moins comme une charge pédagogique que comme une direction municipale de musique à laquelle il devait consacrer quelques heures d'école. On reconnaît cette manière de voir dans la façon dont il s'intitula toujours. Ses prédécesseurs se qualifiaient simplement de cantors et n'ajoutaient celui de director musiccs à ce premier titre que quand il
s'agissait de rUaiversilé. Ainsi, on lit dans les registres de l'époque, que Schelle devint en 1677 cantor de l'école de S.iint-Thomas, titre auquel l'Université joignit celui de directoriuni chori musici de l'église Saint-Paul, et que Kuhnau était director musices de l'Université et cantor de l'église Saint-Thomas. Bach, au contraire, signa presque toujours director musices, ou director chori inusici et cantor, et le plus souvent, seulement director musices. Ses élèves aussi ne lui donnaient que ce dernier titre. Il voulait être connu comme directeur de musique [niusikdirector] et non comme fonctionnaire de l'école et de l'église. Il tenait essentiellement à ce que l'on jugeât sa situation comme indépendante et purement musicale; il y mit d'autant plus d'obstination que les magistrats ne le qualifiaient que de cantor. Cette prétention de sa part, qui est caractéristique, fut la cause de conflits assez fréquents entre ses supérieurs et lui.
Pour améliorer la musicjue religieuse à Leipzigj Bach eut besoin de former de bons chanteurs, d'habiles exécutants, de perfectionner leur sentiment musical en leur faisant exécuter des œuvres de haute portée. Ayant compris ainsi sa tâche, il ne composa presque rien qui ne fût dirigé vers ce but, et durant de longues années il déploya pour la musique religieuse une incessante activité.
En ce qui regarde le bon état du chœur, Bach, dès son début à la Thomasschule, obtint un résultat con-
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sidérable en établissant les rapports les plus cordiaux entre les étudiants et lui. Il savait que sans eux il ne fonderait rien de durable, car pour la musique du dimanche tout dépendait de leur bon vouloir. Quant aux élèves de Saint-Thomas, ils constituèrent le noyau du chœur ecclésiastique, mais, en outre, il leur donna des leçons fréquentes de pratique instrumentale. Gela était devenu indispensable, car le corps d'instrumentistes du Conseil, chargé de l'accompagnement du chant dans les églises, était peu habile et peu nombreux puisqu'il ne se composait que de quatre musiciens de ville (flûte, hautbois, basson) et de trois médiocres violonistes. Certes, les artistes de talent ne manquaient pas à Leipzig, mais leur coopération coûtait cher, au lieu que les Thomasiens jouaient gratis pro Deo. C'est pourquoi, lorsque Bach découvrait un élève bien doué et capable, il se l'attachait, et ne lui ménageait pas plus ses leçons que ses exemples. Beaucoup de jeunes gens, dont les noms viendront plus tard frapper nos yeux, se firent admettre à l'école Saint-Thomas, afin d'y acquérir plutôt des connaissances musicales qu'une instruction scientifique. Ils ne furent en réalité que les élèves de Bach, et, si, lorsqu'ils quittèrent l'institut on ne pouvait les citer comme des savants, du moins ils étaient devenus d'excellents artistes. Il serait, malgré cela, difficile de préciser la manière adoptée par le maître pour amener
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les pensionnaires [alumnen] de Saint-Thomas ù former un chœur bien stylé.
Nous possédons encore des attestations de sa main se rapportant à ses examens de chanteurs. Elles visent en majeure partie des aspirants au pensionnat gratuit {alumnat) deSaint-Tliomas. Dansl'été de 1729, c'est un certain Gottlieb-Michel Wïmzer qui se présente muni d'une recommandation du recteur Ernesti, au bas de laquelle Bach a écrit ces mots:
« Le susnommé Wiinzer a la voix un peu faible et pas beaucoup deprofectus; mais s'il veut se mettre assidûment à un privât exercidum, on pourra l'utiliser avec le temp^. »
Une autre fois, il dit :
<( Le porteur de la présente attestation, Erdmann Gottwald Pezold, d'Auerbach, œfatis 14, a une bonne voix et passablement de profeciiis.
» C'est ce qu'affirme de sa main J.-S. Bacu. »
Ailleurs on lit:
« Le porteur du présent, Jean-Christophe Schmied, de Bendleben, en Thuringe, œtatis 19, a une belle voix de ténor et chante bien à livre ouvert. »
Ou
« Carolus-Henri ScharfT, xtatls li, a une belle voix d'alto et un profectus médiocre in musicis. »
Un autre document d'une époque postérieure n'a plus pour objet des élèves de Saint-Thomas. En 1740, on consentit à donnera Bach un adjoint. Son engagement l'obligeant à enseigner aux jeunes gens les
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éléments de la musique, on voulut le soulageren lui accordant un coadjuteur et l'on soumit les candidats à son examen. Son rapport s'exprime ainsi :
« Sur l'ordre de Son Excellence le vice-chancelier, les trois compétiteurs sont venus chez moi, et je les ai trouvés comme suit :
» l» Le sieur W. Kuder a décHné l'épreuve, parce qu'il a changé de résolution en acceptant une place de précepteur dans une famille noble de Mersebourg. »
» 2» Le sieur M. Irmler chante bien; seulement il lui manque quelque chose in jucUc'io aurium.
» 3° Le sieur Wilde nhayn joue un peu de clavecin; quant au chant, de son propre aveu, il n'y connaît pas grandc'hose. » J.-S. Bacji. »
» Leipzig, 18 janvier 1740. »
Malgré la brièveté de ces appréciations, on voit que l'attention de Bach se portait de préférence sur le chant, qu'il considérait comme d'importance primordiale. Quant au mot pvofectus, que l'on employait alors beaucoup pour signifier « acquit, accomplissements ou qualités », il renfermait aussi tout ce que l'on était en droit d'exiger d'un chanteur. Ici la signification est indéterminée, car il s'agit d'abord de choristes utilisables, et ensuite de ce que l'examinateur dit de concluant sur eux. Bach demandait avant tout aux chanteurs une grande sûreté de mesure et une justesse parfaite d'intonation. A ces
exigences, on reconnaît le musicien consommé el non le maître de chant.
Après lamortdu recteurErnesti, le6octobre 17:29, des discussions s'élevèrent entre le cantor et le Conseil qui lui reprochait de ne point se préoccuper de l'instruction scientifique des élèves, à quoi Sébastien répondait qu'il avait le droit de se faire suppléer par maître Pezold, lequel s'acquittait très bien de sa tâche. Dès lors le Conseil lui fit mille petites misères; il refusa d'accepter les élèves proposés comme pensionnaires par le cantor; il ne voulut pas augmenter le nombre des chanteurs pour renforcer le chœur, ce qui était pourtant bien nécessaire; il exclut même Bach de toute participation aux graticfiations qui suivaient les solennités. Bref, la situation se tendit au point qtie Bach se sentit blessé et eut un moment l'idée de quitter Leipzig. Si, dans ces circonstances (octobre 1730) on lui avait offert ailleurs une situation sortable, il l'aurait acceptée. Heureusement le cas ne se présenta pas, et nous devons même êti'e satisfaits de ces querelles, quinousont valul'intéressante lettre que le maître adressa à son ami Erdmann, agent impérial de la cour de Russie à Dantzig, et dont j'ai déjà cité un fragment. Voici cette lettre :
« Cher Erdmann,
» Vous excuserez un vieil ami qui se permet de vous importuner. Il y aura bientôt quatre ans que vous ne m'avez favorisé de vos chères lettres. — De-
puis ma jeunesse, vous avez connu mon sort jusqu'à la mutation qui m'a fait maître de chapelle à Cœthen. Je trouvai là un noble prince aimant et connaissant la musique, auprès duquel j'espérais finir mes jours. Mais il est arrivé que ledit Serenissimus a épousé une princesse de Bernbourg, et je me suis aperçu que l'inclination musicale de mon prince s'attiédissait, car la nouvelle duchesse était hostile aux muses [amusa). Il a plu à Dieu que je fusse appelé ici comme directoire musices et cantore àl'école de Saint-Thomas, bien que, d'abord, il m'ait paru inadmissible que, de maître de chapelle, je descendisse au rang de cantor. C'est pourquoi ma résolution traîna trois mois ; mais enfin la position m'ayant semblé avantageuse, surtout que mes fils me paraissaient incliner vers les studiis, je me soumis au concours, et j'acceptai la mutation. J'y suis encore selon la volonté de Dieu. Mais comme je trouve : 1°, que ce service est loin de donner les avantages que l'on m'avait promis; 2°, que beaucoup de casuel a été retiré à cette place ; 3°, que la vie est très chère ici; 4°, que les autorités sont étrangement défavorables à la musique; qu'il faut vivre avec ces autorités dans un état de lutte presque continuelle ; que l'envie règne et que les vexations abondent; je me vois, pour ainsi dire, obligé de chercher fortune ailleurs. Si vous connaissez en votre ville une position convenable pour moi, je vous serai très obligé de m'aider de votre haute recommanda-
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iion à laquelle je ne manquerai pas de donner pleine ot entière satisfaction.
» Mon traitement ici est de sept cents thalers, el lorsqu'il y a plus d'enterrements que de coutume, le casuel augmente en proportion ; mais l'air est très sain à Leipzig, et l'année dernière le casuel des enterrements a été en déficit de cent thalers. Avec quatre cents thalers je pourrais m'entretenir en Thuringe aussi bien qu'ici avec le double, car àLeipvÀg la vie est à un prix excessif .
» Il faut que je vous donne aussi quelques détails sur mon intérieur. Je me suis remarié à Cœthen après le décès de ma première femme. De mon mariage avec elle j'ai encore trois fds et une fille, comme vous l'avez vu à Weimar, si vous vous en souvenez. De mon second lit, j'ai eu un fils et deux filles. Mon aîné est studiosiis jiiris, les deux autres fréquentent, l'un la primam et l'autre la secundam classem ; ma fille aînée n'est pas encore mariée. Les enfants de mon second mariage sont encore petits, car le premier n'a que six ans. Tous sont nés musiciens, et je puis, avec ma famille, former des concerts vocaux et instrumentaux, avec d'autant plus de facilité que ma femme a une belle voix de soprano et que ma fille aînée ne s'en tire pas mal. Je franchirais les bornes de la politesse si je vous ennuyais davantage. Je cesse donc et demeure » Votre ami et serviteur très dévoué
J.-S. Bach. »
"■ Leipzig, 28 octohrh I7.'Î0. »
On ne peut retenir un sourire en lisant l'observation du maître sur la vie à Leipzig. C'est dans toute la candeur de son âme qu'il se plaint de la pureté de l'air et que l'on n'y meure pas assez. Certes, il ne souhaitait pas la mort du prochain; il était bien trop vertueux pour cela; mais si les habitants de Leipzig avaient bien voulu décéder en plus grand nombre, il n'en aurait pas été trop peiné par égard pour ses intérêts ; il s'y serait résigné, car ils n'auraient fait que tenir les engagements contractés envers lui quant au casuel, tandis qu'en vivant trop longtemps, ils causaient du déficit à la caisse des inhumations. Peut-être se reprocha-t-il de n'avoir pas fait insérer dans son contrat une clause fixant à un minimum déterminé le nombre des enterrements pendant l'année.
Sa lettre à Erdmann n'amena point de changement de position pour lui ; il demeura à Leipzig et, selon toute apparence, sans regrets. Si ses relations avec ses supérieurs avaient été aussi intolérables qu'il le prétend, un homme aussi énergique et aussi décidé que lui ne les aurait pas supportées sans faire son posvsiblepour s'en affranchir, et sagrande renommée aidant, il aurait facilement trouvé à se caser convenablement et honorablement. Assurément il eut des envieux; Gœrner en est la preuve ; mais qui n'en a pas ? Enquelquelieu quecesoit, son immense génie aurait suscité la jalousie des âmes basses et communes. Du reste, le nuage qui s'était formé disparut peu à peu
et le ciel redevint clair et serein. La position du cantor de Leipzig s'améliora, et il le dut à son ancien ami, Gesner {Jean-Mat hias), qui, après la mort du vieil Ernesti, fut chargé du rectorat delà Thomasschule.
Nous savons déjà que Bach n'écrivit jamais pour le théâtre ; son goût ni son éducation ne le portaient vers ce genre de musique dont il s'appropria cependant les formes pour en faire profiter l'art religieux. Quoique ses compositions paraissent différerde la musique dramatique, celle-ci ne lui est pas demeurée indifférente ; il soutenait qu'il fallait absolument y avoir égard et lui faire une place dansl'art sacré ; il déclara même dans un mémoire au conseil que l'art musical n'était plus le même qu'autrefois ; qu'il avait fait d'immenses progrès ; que le goût avait radicalement changé, et que le genre dans lequel avait composé Kuhnau ne plaisait plus aux contemporains. L'intérêt qu'il prit aux représentations des opéras de Dresde est démontré par plus d'un fait, et il a laissé des morceaux profanes conçus et écrits dans la forme dramatique. Quand l'idée lui v^enait d'aller à Dresde, il disait à son fils aîné qu'il emmenait toujours avec lui : « Friedemann, n'allons-nous pas entendre les jolies chansonnettes de Dresde^? » Si le mot a été exactement rapporté, il caractérise avec une concision frappante la situation où Bach