Gerber, Lexicon, II. p
vu: RT Œuvr.Rs nr: j.-s. nAcii ir,
pourrait objecter que Telemann, Fasch et quelques autres contemporains très féconds furent des talents plus ou moins superficiels; mais si nous comparons Bach avec des émules dignes de lui, tels que Hàndel Haydn, Mozart, il n'y aura plus lieu de s'extasier sur sa rare fécondité ; il ne sera plus que le travailleur assidu, sérieux et réfléchi. Ses partitions originales ne paraissent pas retravaillées, élaborées, remaniées, comme par exemple, celles de Beethoven ; on les dirait créées d'un seul jet, après que l'œuvre était entièrement façonnée dans son cerveau.
Les cas dans lesquels il rejeta l'ébauche entière d'un morceau sont assez rares, mais on trouve d'innombrables changements apportés aux détails. Lorsque, au bout d'un certain laps de temps, il revenait à un de ses ouvrages, il cherchait toujours à l'améliorer. Il tenait beaucoup à une écriture correcteet propre. Lescantors de Saint-Thomas eurent toujours à leur disposition plusieurs copistes parmi les Alumnen de l'école, et Bach ne se fît pas faute de les imiter en cela. Doles, en 1778, se souvenait encore du nombre immense de copies de ses œuvres, que Bach avait fait faire aux Thomasiens. 11 se servit aussi de ses fils ; mais son aide le plus efficace fut sans contredit sa femme Anna Magdalena. Elle a transcrit les cantates de Leipzig de la première à la dernière. S'il eut tant de plumes à son service, il est certain que le travail mécanique lui fut épargné et que le temps ne lui manqua pas.
Toutes les cantates de J.-S. Bach ne sont pas venues jusqu'à nous; on n'en connaît que deux cent dix ; il nous en manque donc quatre-vingtcinq, et l'on ne peut guère espérer les retrouver. Le morceau d'épreuve qu'il fît exécuter le dimanche à' Esta inihi (7 février 1723) était, comme je l'ai dit, la cantate: Jésus nahm zu sich die zwôlfe, mais on croit qu'il avait d'abord choisi celle qui commence par* Du irahrer Gott und Davids Sohne (Tu es le vrai Dieu et le fils de David), ce qui prouverait qu'elle a été écrite à Cœthen. Elle consiste en un duo pour soprano et contralto, un récitatif pour ténor, un chœur et un choral dans lesquels le maître est arrivé à une hauteur qu'il n'avait pas encore atteinte. Cette cantate renferme une combinaison pleine de hardiesse du choral et de la mélodie, qui constitue une nouveauté dans le faire de Bach.
Il est à peu près impossible de dire avec laquelle de ses productions il débuta dans l'église de l'Université, lors de la fête de la Pentecôte. On serait porté à croire que ce fut avec la cantate: Erschallet ihr Lieder, erkllnget ihr Saiicn (Résonnez, voix, frémissez, cordes), mais des motifs plausibles en fixent la création à une époque postérieure. Son activité comme cantor de Saint-Thomas ne commença réellement que le premier dimanche de la Trinité. La
1. Appendice n° 2, ciiiquièino anuée; vol. III des Cantates religieuses^ n° 23.
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cantate pour le deuxième': Die Hhnmel erzâhten dlf Elire Gottes (Les cieux racontent la gloire de Dieu), en ut majeur, s'accorde avec la précédente non seulement dans le nombre des chœurs et des chorals, des récitatifs et des airs, dans la succession des formes ; les airs y sont aussi dans les mêmes tons et leur ordre seul diffère. Le morceau instrumental par lequel commence la seconde partie est un trio pour hautbois d'amour, viole de gambe et basse, c'est-à-dire dans une forme dramatisée et transportée dans l'église, que Ton rencontre plusieurs fois chez Bach.
Quinze jours plus tard, le 20 juin, ou quatrième dimanche de la Trinité, le maître produisit une nouvelle œuvre, et le 11 juillet, ou septième dimanche de la Trinité, il en fit encore exécuter une autre. Ces deux cantates, écrites, l'une sur un texte de Neumeister, l'autre sur un poème évangélique de Franck, sont d'un grand intérêt. Franck a encore fourni à Bach un autre texte pour le treizième dimanche de la Trinité (22 août), mais on n'est pas sûr de cette date, et il se pourrait que cette cantate soit celle qui fut exécutée le 3 septembre de l'année suivante. Cependant la première date est la plus probable.
On peut encore placer avec certitude en cette
1. Appendi'se n" 2i, dix-huitième année; A'ol. Vlll des Cantates reliijieuses, w" ~6.
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même année une élaboration nouvelle de la cantate' : Wachet, betet (Veillez, priez) écrite pendant la période weimarienne. Comme on ne faisait point do musique à Leipzig aux trois derniers dimanches de l'Avent, Bach utilisa cette cantate pour le dernier dimanche de la Trinité, à l'évangile duquel elle s'adapte parfaitement.
Outre ces huit cantates, deux œuvres appartiennent encore aux premières années de l'établissement k Leipzig. Tous les ans, le 24 août, jour de Saint- Barthélemi, on procédait à l'élection d'un nouveau conseil communal, et le lundi ou le vendredi suivant, on célébrait un service solennel et spécial avant d'ouvrir la session. En d723, ce lundi tombait le 30 août, et pour cette occasion Bach composa son admirable cantate- : Preise, Jérusalem, den Herrn (Loue, Jérusalem, le Seigneur). L'ordre et le caractère des morceaux qui en constituent l'ensemble démontrent suffisamment que cette composition était jubilaire. Elle commence par une ouverture à la française, dans laquelle interviennent quatre trompettes, les timbales, deux flûtes, deux hautbois,le quatuor des cordes et l'orgue. L'œuvre étant plutôt profane que sacrée, Bach crut pouvoir se
1. Appendice u" 2, seizième année; vol. Vit des Cantates religieuses, u° 70.
2. Ibid., viugt-quatrièmo unnée; vol. XII des Cantates religieuses, u° 119.
VIK ET (ELVRES DE J.-S. IJACll il7
permettre d'y introduire une forme instrumentale mondaine.
En 1723, lorsqu'eut été terminée la reconstruction de l'église de Sturmthal, localité située près de Leipzig, on y installa un orgue du facteur Hildebrand, et l'on chargea Bach de l'examiner et de le recevoir, A cette occasion, Bach composa une cantate de fête dont il dirigea l'exécution le 2 novembre. Elle commence par ces mots : HOchst erityûnschtes Freudenfest (0 fête joyeuse tant désirée). Bach la refondit plus tard pour la fête de la Trinité. Comme la précédente, elle commence par une ouverture du style français et les voix sont partagées de la même manière.
N'insistons pas davantage sur les cantates de J.-S. Bach, dont la seule description exigerait plusieurs volumes. On peut les juger en ces quelques mots qu'écrivait Fétis en 1833 : « Beau! beau! toujours beau! * »
La cantate religieuse qui florissait quelque temps avant la naissance de Sébastien est associée à son nom à cause du développement qu'il lui a donné et des beautés contenues dans la plupart de celles qu'il a écrites. Ses prédécesseurs en ce genre, entre autres ses oncles Jean-Christophe et Jean-Michel, ainsi que le célèbre Buxtehude, composèrent des cantates ecclésiastiques dont il adopta d'abord les