Ouvr. rilc. II, ]). 3S
i.i'i VIE ET (El; VUES DE J.-S. P. A Cil
voit au n° 21, eu inl majeur; au ii° 23, en mi b majeur; au n''53, en ?'e majeur; au n» 63, cn^fa majeur, etoiifin, au n° 72, eu ut majeur. Bach affectionnait tellement cet hymne, qu'il s'en est encore servi deux fois dans son oratorio de la Nativité.
La première exécution de la Passion selon Matthieu eut lieu à Leipzig, le vendredi saint, lo avril 1729, après les Vêpres. Il n'est pàs supposable que les auditeurs aient saisi sur l'heure l'immensité de cette œuvre inimitable. Il semble même qu'on lui fît un accueil au-dessous de ce que Bach avait le droit d'attendre, car le Conseil eut la petitesse de rejeter ses modestes propositions pour l'amélioration et l'augmentation des chœurs appartenant aux églises, (le n'est que [)eu à peu que cette Passion éveilla l'admiration, et encore ne se répandit-elle pas au loin à cause de la difficulté de son exécution et des faibles moyens musicaux dont disposaient alors les églises.
Ce chef-d'œuvre se tient sur la limite où cesse la musique religieuse et oij commence la musique de (■iincert, non à cause de son style qui est vraiment eccl(''siastiquc,mais à cause de la tendance artistique qui s'y laisse voir. Rien d'étonnant donc que le public préfère entendre cet oratorio dans une salle de concert plutôt que dans une basilique.
Bach a remaniéplusieurs fois sa Matthseus-Passion. Telle que nous la possédons, avec les changements que le maître lui a fait subir et les dévelo|)pements
vu: i:t ()i:rviii:s Dii j.-s. liAcii 23;;
qu'il lui 0 (lonnc'S, elle ne peut avoir été exécutée avant 1740.
La musique des oratorios de \a Nativité, de Pâques et de VAscrnsio?) porte aussi le fond populairement ecclésiastique sur lequel reposent les Passions de J.-S. Bach. Dans les églises catholiques du moyen âge, li's leçons évangéliques se disaient en rôles partagés aux fêtes de Noël, de Pâques et de l'Ascension. LKglise protestante, toutefois, n'a pas procédé de la même manière. On ne trouve — au moins pour Noël et l'Ascension — aucun exemple qui prouve qu'on les ait mises en pratique dans les pays protestants ])i'ndant un siècle et demi après l'introduction de la Ri'forme. Ce n'est que vers la fin du xvii" siècle que l'on en rencontre en Thuringe; ainsi s'explique la raison pour laquelle Bach s'est servi pour ces ouvrages du titre étranger (VOratorium.
L'oratorio de la Nativité date de \Ti\^. Le texte biblique se trouve dans Luc et dans Matthieu. Il n'est pas, comme dans les trois Passions, partagé eu deux sections, à la manière des oratorios italiens, mais en six parties, d'après la mesure des Péricopes, pour les trois jours du Christ : le nouvel an,
1. AjippnfUr?. n" 2, f iiifpiiôniG anin'-o, vol, III (lo~ Cfiniates rcli<ii''usps.
i3G VIE. ET ŒUVRES DE J.-S. BACH
le dimanche qui le suit, et TÉpiphanie. Chaque partie forme de la sorte une section de musique pour chacun des six jours de fête et a été traitée comme telle dans la manière accoutumée. Les morceaux madrigalesques sont, en majeure partie, empruntés à des compositions profanes pour des occasions diverses. Ainsi, pour les chœurs du commencement de la première et de la troisième partie, de même que pour deux airs, Bach s'est servi de la musique du Dramma per musica, qu'il fît exécuter par l'ancienne société Telemann, le 8 décembre 1733, lors de l'anniversaire de naissance de la reine. Quatre airs, un duo et un chœur, sont empruntés à un ouvrage de môme nature qu'il composa, le 5 septembre de la même année, pour la fête de naissance de l'héritier du trône, et à une cantate d'hommage écrite lors de la visite que le roi Frédéric-Auguste III fit à Leipzig, le 5 octobre 1734. Quant aux six autres morceaux, il y a lieu de croire que ce sont des translations de compositions antérieures que l'on ne trouve plus.
Dans de semblables conditions, il n'était pas possible que l'unité régnât dans l'oratorio de la Nativité. Ce défaut s'y fait vivement sentir ; maints passages de morceaux madrigalesques révèlent qu'originairement ils ont été conçus pour un autre texte ; néanmoins, cette œuvre est un riche trésor de mélodies neuves, faciles et ravissantes. Bach l'a traitée dans le graml style (|ui tient le milieu entre le genre
VIE i;t (ëuvres de j.-s. iiac. h r,i
lyriqueet le genre dramatique, style que l'on reconnaît déjà dans la musique de ses Passio/<5. Après avoir représenté en traits si puissants et si émouvants les souffrances et la fin du Christ, il ne pouvait laisser passer la joyeuse fête de la nativité du Sauveur sans une offrande analogue.
Selon l'habitude de Bach, les chorals y sont écrits de main de maître. On a vu dans la Passion selon Matthieu qu'il a utilisé cinq fois comme choral un hymne de Hassler ; il l'a inséré deux fois aussi dans le présent oratorio. 11 aimait à se servir des chants composés par Luther. Ainsi, dans la première partie de l'œuvre que nous étudions, il a reproduit le cantique de Noël de Luther: Gelobt seistdu, Jesu-Christ (Loué sois-tu, Jésus-Christ), et un autre encore du grand réformateur : Von Himmel hoc/i du Kommst lier (Tu descends du haut des cieux).
L'oratorio de Pâques^ ainsi que celui de V Ascension n'offrent pas moins de beautés que le précédent et leurs formes démontrent qu'ils ont été composés alors que le talent du maître était dans toute sa plénitude, c'est-à-dire vers 1736. Les chœurs y sont peut-être encore plus développés, plus travaillés que ceux de la Passion de Matthieu ; les imitations s'y montrent plus fréquentes et les effets moins dramatiques. Les chorals, traités comme ceux des Passions,
l. A])/)cndire u» 2, vingt et unième auuée^ vol. V de la micsique de chambre.
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décèlent que la congrégation chantait la mélodie pendant que le chœur et l'orchestre contribuaient à l'efl'et général par des harmonies aussi belles que simples.
Les Motets de Bach ne sont rien de plus quiuie branche latérale de ses cantates. Son oncle Jean- Christophe d'Eisenach, s'était signalé dans ce genre, qui consista d'abord en un morceau à plusieurs voix, sans accompagnement, sur un verset de la Bible ou la strophe d'un poème religieux. Jean-Christophe demeura fidèle à la technique vocale des maîtres du XVI* siècle. Quant à Sébastien, inféodé comme il l'était à la musique instrumentale, il ne suivit pas cette voie; on s'aperçoit sur-le-champ que ses motels ont pris leur source dans la musique d'orgue. On ne saurait admettre qu^il les ait fait chanter sans accompagnement, eu égard aux difficultés d'exécution qu'ils présentent, difficultés que la voix humaine n'aurait pu vaincre si elle n'avait été soutenue par un accompagnement. Si elles ne sont pas bien rendues, ces œuvres risquent de paraître dépourvues de style, mais elles font un effet saisissant quand un les exécute avec virtuosih*.
C'est un de ces motets que Doles, alors cantur de Saint-Thomas, fit entendre à Mozart quand celui-ci passa par Leipzig, en 1788, et lui produisit une telle impression qu'il s'écria: « Enfin, voici du nouveau et j'apprends ici quelque chose'. " — C'est le