‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 63 sur 122 · Paris, 1703, liv. 111. a» i · texte numérisé non relu

Paris, 1703, liv. 111. a» i

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niaune, Leipzig se distingua par la passion de ses habitants pour ce produit exotique. Quoique jusqu'à la guerre de Sept ans les gens aisés seuls eussent fait usage du café, le conseil communal de Leipzig dut, eu 1697 déjà, permettre le commerce du thé et du café, et en 1725 la ville n'avait pas moins de huit établissements privilégiés pour la vente de la précieuse fève de l'Arabie et de son aromatique boisson. Picandcr y trouva matière à exercer sa verve satirique. Il publia en 1725 dans le premier volume de ses contes, une sorte de gazette, dans laquelle il relatait une prétendue correspondance entre des personnes établies en des contrées diverses.

Un peu plus tard (1732), une occasion s'offrit à Bach d'écrire une cantate sur le texte de Picander : Schlendrian et sa fille Lisette. Le père ne peut dompter la passion de sa fille pour le café, passion qu'elle partage avec toutes les femmes de Leipzig. C'est en vain qu'il la menace ; une seule remontrance fait de l'effet: celle de ne point lui donner de mari. Mais Lisette ruse, et pendant que son père sort pour chercher un gendre, elle se promet de n'épouser que celui qui s'engagera à lui permettre le café. Les personnages sont bien caractérisés et sont différents l'un de l'autre. Le vieux bougonne et tempête, mais Lisette raille et compte sur la victoire, car elle saura s'emparer de son prétendu. Tel est le texte que Bach ilhistra de sa musique, qui est écrite pour so])rano,

ténor et basse, avec accompagnement de deux violons, viole, flûte et basse continue '.

Une autre cantate dramatique d'un style plus i"elevé, intitulée : Der Strelt zwischen Phœbus iind Pan (la lulle de Phébus et de Pan), porte un caractère jovial et quelque peu satirique '. Picander la composa en 1731, et elle fut exécutée dans l'été de la même année, lors de la réunion de la société musicale. La légende grecque dit que Phébus-Apollon, dieu de la lyre, lutta avec Marsyas, le joueur de flûte, qu'il le vainquit et que, après sa victoire, il l'écorcha tout vif. Postérieurement, cette même légende a remplacé Marsyas par le dieu Pan, lequel est également battu par Apollon. Seulement la punition n'atteint pas le dieu des bergers; elle ne frappe que Mydas, roi de Phrygie, qui se voit gratifié d'oreilles d'une pour avoir préféré le jeu de Pan à celui d'Apollon-Phébus, Picander a introduit dans son canevas Tmolus, le dieu lydien des montagnes, comme juge du camp. Momus, dieu de la satire, et Mercure l'assistent en témoins de la joute. La cantate débute par un délicieux chœur chanté par les vents, puis le tournoi commence. Pan se pose en fanfaron et vante les efl'ets de sa flûte, à quoi Momus objecte, en chantant un air railleur,

1. ApiJPitdice n° 2, viiifftièmo aniiéo ; vol. IX dos Cantates. \. Ap/ii'iulicr 11» -2. (iiizir-iiio iiniii'r. Musir/iœ rocalr de diambrc.

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que la victoire appartiendra, non à celui qui jouera, mais à celui qui chantera le mieux. Pliébus entonne un air en l'honneur de son favori, le bel Hyacinthe, et Pan, à son tour, chante un air dans lequel il tourne en dérision la sagesse de son adversaire. Vient ensuite le jugement. Dans un bel air, Tmolus déclare que Phébus est le vainqueur; mais Mydas se prononce en faveur de Pan et reçoit son châtiment. Dans un duo, Mercure et Momus tirent la morale du récit, et la cantate se termine par un grand chœur qui glorifie l'art d'Apollon. En étudiant cette œuvre, on est surpris de la diversité du génie de Bach; on ressent un étonnement profond en trouvant tant de franche gaieté chez un compositeur dont la vie entière fut consacrée à l'art ecclésiastique; à la musique sérieuse, grave, fuguée, et qui se montra toujours peu partisan de l'opéra. On croit que, sous les traits de Mydas, Bach a voulu représenter Scheibe {Jean-Adolphe), fils du facteur d'orgues, Jean Scheibe. Jean-Adolphe s'était permis d'écrire quelques articles dans lesquels il traitait assez cavalièrement le cantor de Saint-Thomas. Né en 1708, à Leipzig, Scheibe était entré en 1725 à l'Université, où il étudia la musique. Lorsque Grœbner, organiste de Saint-Thomas, mourut en 1729, Scheibe se mit sur les rangs pour le remplacer, mais son jeu ne paraît pas avoir produit une bonne impression sur les juges, au nombre desquels se trouvait Bach, et la place fut donnée à Gœrnor. En 1735, Scheibo

habitait encore Leipzig, où il donnait des leçons de clavecin; mais en 1737 nous le trouvons à Hambourg, rédigeant un journal de musique intitulé : Ber Critische Musicus (le Musicien critique), dans lequel il brise des lances contre Bach et Gœrner. On en a vu précédemment un extrait. Si, comme cela est possible, le public de Leipzig reconnut Scheibe sous les traits de Mydas, il ne serait pas surprenant que Scheibe ait cherché à se venger d'une plaisanterie aussi mordante.

Il nous faut aussi faire connaître une querelle assez sérieuse qui éclata entre Bach et le fils Ernesti, devenu recteur en 1736, querelle dont nous devons nous féliciter, car, selon toute apparence, c'est à elle que nous sommes redevables de la lettre à Erdmann, déjà citée, et aussi d'une œuvre qui, à elle seule, suffirait pour immortaliser le nom de Bach ; il s'agit de sa grande Messe en si mineur.

Nous avons vu qu'en 1726, Gesner avait succédé au vieil Ernesti en qualité de recteur de la Thomasschitle et que, pai* son mérite et sa fermeté, il avait su relever l'école tombée en décadence par suite de l'insuftisance de son prédécesseur. Il avait une profonde estime et une amitié sincère pour Bach, qui le regretta lorsque Gesner quitta l'école, en 1736, pour aller professer à l'Université de Gœttingue, où il

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publia, en 1738, une bonne édition do Quinlilien. Dans une note du texte \ il donne un libre cours à son admiration pour Bach, en répondant au rhéteur qui fait l'éloge de la musique des anciens : « Tout ceci, mon cher Fabius, tu le tiendrais pour bien peu de chose s'il t'était donné de pouvoir t'élever des régions inférieures où tu reposes pour venir entendre Bach, mon ancien collègue à l'école Saint-Thomas de Leipzig. Tu verrais alors comment, avec ses deux mains et ses deux pieds, il gouverne l'orgue, cette combinaison dans un seul instrument d'un nombre infini de cithares..., etc.. Je voudrais que tu pusses le voir faire à lui seul ce que plusieurs joueurs de cithare et six cents joueurs de flûte ne réussiraient point à produire; je voudrais que tu le visses diriger à la fois trente ou quarante musiciens, l'un d'un signe de tête, l'autre à l'aide de son pied, d'autres encore en les menaçant du doigt. Pour moi, cher Fabius, pour moi qui suis à tant d'égards admirateur de l'antiquité, mon opinion est que Bach et quelques-uns de ses émules unissent dans leur personne plusieurs Orphées et vingt Avions. » On ne saurait faire un éloge plus complet et plus juste du grand cantor-.

Ernesti [Jean-Augiisté], qui depuis 1732 exerçait les fonctions de vice-recteur de Saint-Thomas, avait

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