‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 64 sur 122 · Voyez Félix Grenier, trad. fiaur. de Forkel. p. I2ij · texte numérisé non relu

Voyez Félix Grenier, trad. fiaur. de Forkel. p. I2ij

us VIE ET ŒUVRES DE J.-S. BACH

succédé à Gesner comme recteur eu 173G. Né en 1707, Ernesti était arrivé très jeune à la direction de l'école. Une vive conception des écrivains de l'antiquité, une vaste érudition, une instruction solide et un don naturel de pédagogie, le rendaient éminemment apte à cette fonction. Sous son impulsion, l'école prit un essor qu'elle ne connaissait plus depuis longtemps et, sous ce rapport, il se montra à la hauteur de son devancier Gesner, qu'il surpassait en clarté et en sûreté dans les travaux scientifiques, mais dont il n'avait ni l'attrayante génialité, ni l'aimable urbanité, ni la largeur de vues. Il lui manquait aussi sa sagesse, sa finesse et surtout son tact. Bach, qui approchait de la cinquantaine, fut d'abord en excellents termes avec son supérieur, dont il aurait pu être le père et qui, en 1733 et 1735, avait consenti à être parrain de deux de ses enfants. Ces bons rapports ne devaient, par malheur, être que de courte durée. Dans les chœurs formés par les internes de Saint-Thomas, les préfets étaient considérés comme les représentants du cantor, et le premier de ces préfets jouissait d'une prépondérance marquée. En 1736, un nommé Krause {Gottfried- Théodore) occupait cet emploi. Bach lui avait recommandé de se montrer sévère pour les élèves qui, en son absence, causeraient du désordre. Krause, malgré ses exhortations et ses menaces, n'ayant pu empêcher les grossièretés de cette bande do mauvaises têtes pendant une messe de mariage.

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voulut punir les plus mutins; ils résistèrent ot il l'allut que le préfet en vint aux voies de fait. Les battus allèrent se plaindre au recteur, qui donna tort au préfet, le blâma et prononça contre lui une sentence outrageante : il le condamna à recevoir une correction corporelle devant toute l'école. Les notes scolaires de Krause étaient excellentes ; il voulait entrer à l'Université et allait passer ses derniers examens. Bach s'interposa et déclara assumer toute la responsabilité de l'acte de son préfet; il ne put rien obtenir. Une seconde démarche auprès du recteur n'eut pas un sort meilleur, et. pour échapper à la honte, Krause quitta l'école.

Bach se sentit personnellement blessé ; il se dit qu'Ernesti aurait dû avoir plus d'égards pour ses tentatives de conciliation et qu'il avait fait preuve d'un mauvais vouloir presque offensant pour le cantor. Il conçut dès lors contre le recteur une rancune qui le poussa à des actes violents et qui fit craindre un moment de fâcheuses conséquences.

L'ordonnance de 1723, concernant l'école, donnait au cantor le droit de choisir parmi les écoliers les préfets des quatre chœurs ; le recteur devait ratifier ce choix, mais n'en avait pas l'initiative. Gottfried Krause s'étant retiré, le recteur le remplaça de son chef par Jean Gottlob Krause, de Gross- Deuben. Un hasard étrange voulut que le nouveau préfet portât le même nom que l'ancien, bien qu'il ne fût pas son parent. Ce Krauso déplaisait au

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cantor, qui, en maintes occasions, ne s'était pas gêné pour exprimer l'opinion qu'il avait de ses capacités. Musicalement parlant, il le regardait comme incapable d'être préfet, même d'une classe secondaire. Il l'accepta cependant, bien que le despotisme du recteur l'irritât. Au bout de quelques semaines on reconnut que Krause II était insuffisant ; Bach le fit descendre au second rang et mit à sa place Kiittler Samuel, musicien habile. Il en avisa le recteur, qui fit la grimace, mais qui céda. Quant à Krause, il ne voulut pas céder; il alla se plaindre au recteur, qui le renvoya au cantor. Celui-ci, peu endurant de sa nature et à bout de patience, se répandit en invectives contre le recteur qui, disait-il, voulait faire le maître et se mêler de ce qui ne le regardait pas; il osa même le lui dire en face et devant les élèves. Ernesti crut devoir donner suite à l'affaire; il porta plainte au comité directeur et reçut l'autorisation d'obliger Bach à réinstaller Krause dans son poste de premier préfet. Le cantor n'avait pas tardé à s'apercevoir qu'il avait été trop loin et se montra disposé à transiger; il consentit même à se rendre au désir d'Ernesti; mais, à la leçon suivante, Krause se comporta si mal que Sébastien le suspendit de nouveau de ses fonctions. Le 20 juillet il se mit en voyage et ne revint que le 1" août. Le H, Ernesti lui écrivit que s'il continuait à tenir Kran?e éloigné, il irait luimême l'installer. Mais le cantor était troj) de sa

race pour céder, surtout quand il croyait avoir raison; il ne répondit pas au recteur et ne fit rien. Avec deux hommes aussi têtus l'un que l'autre la situation ne pouvait qu'empirer, et pendantplusieurs dimanches l'office divin en soufTrit. Le conseil intervint et donna tort à Bach, qui n'en tint aucun compte et chercha un appui d'un autre côté.

Le 27 juillet 1733 il avait adressé à la cour de Dresde un placet à l'effet d'obtenir le titre de compositeur du roi, mais aucune réponse n'était venue ; les troubles politiques qui signalèrent le commencement du règne d'Auguste II, et son absence de la Saxe pendant près de deux années (3 novembre 1734 — 7 août 1736) furent probablement la cause de ce silence. Depuis, Bach avait cherché à se rendre agréable à la cour en écrivant des cantates pour des fêtes. L'horizon politique s'étant rasséréné, il pensa qu'une nouvelle demande obtiendrait un meilleur résultat que la première. Le 27 septembre 1736 il adressa au roi une seconde supplique, qu'il lui remit le 29, à son passage à Leipzig. La réalisation de son désir tardant trop à son gré, il allait recourir à une autre démarche, lorsqu'on novembre lui arriva la pièce suivante :

« Décret nommant Jean-Sébastien Bach com[)ositeur de la chapelle royale.

» Sur la pétition de notre fidèle sujet, Jean- Sébastien Bach, et pour le récompenser de son habileté musicale et de ses bons services, Nous, roi de

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Pologne et grand-r-Iecteur de Saxe, le nommons compositeur de notre chapelle royale. — Ce décret a été signé de la main de Sa Majesté et revêtu de son sceau. Donné à Dresde, le 19 novembre 1736. »

Il est à croire que ce décret fut rendu sur la recommandation de l'ambassadeur de Russie près la cour de Dresde, le baron de Kayserling, grand admirateur de Bach et son zélé protecteur. Avant d'être envoyé à Dresde comme ambassadeur du czar (13 décembre 1733), le Finlandais Hermann Cari, baron de Kayserling, avait occupé la présidence de l'Académie des sciences de Pétersbourg. Le 30 octobre 1741 le roi Auguste II, qui l'afTectionnait, lui conféra le titre de comte, et il demeura à Dresde jusqu'en 17i5. Grand connaisseur en musique et passionné pour cet art^ il aimait à réunir chez lui tout ce que la Saxe comptait d'artistes distingués. Chaque fois que Bach se rendait h Dresde il allait faire entendre au baron ses dernières productions; il n'est donc pas surprenant que Kayserling l'ait pris en amitié et fait son possible pour l'obliger.

Pour l'intelligence de notre récit, il est bon que nous remontions de quelques années en arrière, c'est-à-dire jusqu'en 1733, où Bach adressa sa première pétition au roi de Pologne.

Au premier rang des compositions tpi'il mit au jour à Leipzig, il faut placer ses messes latines. Il

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en a écrit cinq^ dont quatre messes brèves eu fa majeur, sol majeur, 50/ mineur et la majeur, et une grande messe en si mineur -. Des quatre petites messes, deux pour le moins datent de 1737, mais il est impossible de les classer chronologiquement ; la seule chose dont on soit certain, c'est que toutes ont été écrites après 1730, et que la première et la troisième datent de 1737. « Je suis convaincu, dit M. Spitta^ que Bach les a composées l'une après l'autre en peu de temps, et les a ordonnées d'après leurs propriétés internes. » Les messes en 50/ majeur et en sol mineur ne sont pas des œuvres originales; leurs parties essentielles ont été prises dans des cantates produites antérieurement.

On pourrait s'étonner que Bach, luthérien des pieds à la tête, ait écrit des messes latines; on le comprendra quand on saura qu'elles ne furent pas destinées aux églises de Leipzig, quoiqu'en cette ville l'office divin ait conservé plus qu'en tout autre endroit des éléments catholiques. Longtemps encore après que Bach eut cessé de vivre, les hymnes, motets, Sanctus, Gloria et autres passages de la messe en latin formèrent les parties constitutives des solennités ecclésiastiques de Leipzig, en dépit des objections présentées en 1702 déjà par le conseil com-

i. Voyez Appendice n" 2, troisième année.

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