‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 66 sur 122 · Voyez Appciidice u" 2j onzième aimée · texte numérisé non relu

Voyez Appciidice u" 2j onzième aimée

d'examiner longtemps pour être convaincu c[u"elles furent écrites hâtivement, prouvent que le temps lui manqua pour en produire de tout à fait originales. Lorsque Frédéric-Auguste II mourut, le 3 février 1733, Bach s'empressa de témoigner son dévouement au nouveau monarque, et chercha en même temps à se mettre en liaison plus directe avec la cour pour relever sa considération aux yeux des magistrats de Leipzig. C'est dans cette intention qu'il composa lu Kyrie et le Gloria de sa grande messe en s* mineur, qu'il alla porter lui-même à Dresde, le 27 juillet 1733^ et qu'il accompagna de la lettre suivante :

« A Monseigneur Frédérlc-Angiiste , prince roijal de Pologne et Lithuanie, duc de Saxe, etc., mon très honoré inaître.

n Monseigneur,

» Avec le plus profond respect, j'ai l'honneur d'envoyer à Votre Altesse Royale Un petit travail de ma science musicale, la suppliant de ne point le considérer d'après la faiblesse de la composition, mais avec des yeux cléments, et de me prendre sous sa puissante protection. Depuis plusieurs années j'ai le directorium de la musique des deux églises principales dé Leipzig, mais j'ai soutTert innocemment d'injustes procédés et j'ai vu diminuer mes émoluments, que je toucherais probablement dans

éod VIE ET ŒUVRES DE J.-S. BACH

leur intégralité, si Votre Altesse Royale me faisait la grâce de me conférer un titre [Prxdicat) dans la chapelle de sa cour et signait un décret dans ce sens. Une telle faveur appellera mon éternelle reconnaissance et m'obligera de composer pour Votre Altesse Royale de la musique d'église et d'orchestre à laquelle j'apporterai mon assiduité et tous mes moyens. » Je suis, en attendant, de Votre Altesse Royale, » Le très humble et très obéissant serviteur.

» J.-S. Bach.

» Dresde, 27 juillet 1733, »

Le Kyrie dont il vient d'être parlé, est un morceau unique dans son genre. Ses deux stupéfiantes fugues et le duo si mélodieux et si savamment développé qui les sépare n'ont rien de commun avec les morceaux lents et graves des vieux maîtres. Bach seul pouvait les concevoir et les réaliser ainsi. Le désir de gagner la cour à son parti lui inspira l'idée d'écrire une messe complète, projet qu'il mit à exécution en 1738, avec sa sublime messe en si mineur, œuvre grandiose, de proportions tellement majestueuses et d'un caractère si exceptionnel, qu'on ne peut la comparer aux autres messes, ni la rattacher à une époque quelconque. Quoique destinée au culte protestant, Bach l'écrivit cependant d'après les formes de l'Église romaine. Inapte à être exécutée dans l'église, autant à cause de son excessive Ion-

gueur que de l'exubérante élaboration de son stylo et de l'écrasante difficulté de son exécution, on ne doit la regarder que comme un oratorio. Envisagée ainsi, elle a le droit d'être classée parmi les plus belles créations de l'esprit humain. Plus qu'aucune autre des productions de Bach, la messe en si mineur est l'expression exacte de sa puissante individualité. Au nombre des vingt-six morceaux qui constituent l'ensemble de cette admirable conception, il y a six airs et trois duos. Point de récitatifs. Les dix-sept autres pièces sont des chœurs à quatre, cinq et six voix, ou des doubles chœurs à quatre voix. Les chœurs tiennent la première place dans ce vaste ouvrage; ils sont d'une grandeur et d'une majesté incomparables. Mais le morceau qui offre un intérêt tout particulier, c'est le Credo, qui est un des exemples les plus remarquables du traitement d'un ancien canto fermo par les harmonies modernes, avec accompagnement d'un contre-point très développé.

« Toutes les compositions de Bach, dit fort jus- » tement M. SpittaS fussent-elles perdues, à l'ex- » ception de cette messe en si mineur, qu'elle suf- » tirait seule pour le faire apprécier par la postérité » comme ayant eu, pour ainsi dire, la révélation » divine! »

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