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ses rancunes, et qu'il menait à la baguette, non seulement les élèves, mais encore les musiciens placés sous ses ordres. Il est présumable que les sociétaires des nouveaux concerts ne voulurent pas l'avoir pour chef, car dans la solennité de 1744, dont il a été parlé tout à l'heure, la cantate de réjouissance ne fut pas son œuvre, mais celle de Doles [Jean-Frédéric), étudiant qui habitait Leipzig depuis 1738, et qui avait alors vingt-huit ans. Doles devait, en 1735, succéder à Bach dans le cantorat de Saint-Thomas.
Malgré cela, il est certain que Jean-Sébastien jouissait de la considération générale et qu'il comptait comme une des célébrités de Leipzig. Pas un musicien de valeur ne traversait cette ville sans lui paj'er son tribut de respect et d'admiration; les élèves se pressaient autour de lui et l'on faisait grand cas de ses recommandations. Personne ne doutait de sa probité ni de son honorabilité, et l'on en était si bien convaincu que, lorsque, en 1744, le facteur Jean Scheibe livra un orgue à l'église Saint-Jean, on choisit pour l'examiner Bach qui, cependant, avait à se plaindre du fils de Scheibe. Sébastien ne démentit pas sa bonne renommée ; il procéda consciencieusement à l'examen de l'orgue qu'il déclara excellent.
Il est encore une autre société musicale qui fît })arler d'elle à Leipzig, mais qui n'avait pas pour but les concerts ni la musique pratique ; ce fut la
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société des sciences musicales [SocieliU der Musikalischen Wissenschaften) fcmdée en 1738. Son instigateur, Mizler [Laurent-Christophe), l'un des futurs collaborateurs du nécrologe, naquit en 1711 à Heidenheim (Wurtemberg). En 1731, il entra comme étudiant à l'Université de Leipzig et sur la recommandation de Gesner, Bach consentit à lui donner des leçons de clavecin et de composition. Ayant obtenu en 1734 le grade de magister, il soutint publiquement, le 30 juin, une thèse ayant pour objet de prouver quod musica ars sit pars eruditionis philosophicse (que la musique est une partie de l'érudition philosophique). Il dédia sa thèse à quatre musiciens, savoir: Mattheson, Bach, Briimler et Ehrmann. Dans sa dédicace à Bach il lui dit: « De tes instructions en musique pratique, ù illustre Bach, j'ai retiré un grand profit et je regrette de n'avoir pu en tirer davantage. ^) — En 1736, il ouvrit à Leipzig des conférences sur les mathématiques, la philosophie et la musique ; il écrivit aussi un traité d'harmonie (Generalbasslehre) dans lequel il a poussé jusqu'à l'absurde la connexion de la musique avec les mathématiques. Il fut plus heureux dans sa publication d'une revue mensuelle intitulée : Neu eroffnete musikalische Blbliothek (nouvelle bibliothèque musicale) ; puis, secondé par son protecteur, le comte Lucchesini, Mizler put fonder la société des sciences musicales, qui n'attira pas d'abord l'attention de Bach. Le but
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de la société, qui était la recherche de la solution de tous les problèmes se rattachant à la musique considérée comme art et comme science, lui était au fond, très indifférent. 11 lui importait peu que l'on cherchât pourquoi les suites de quintes et d'octaves sont fausses ; et d'ailleurs, à cette époque, on ne savait presque rien encore sur la question des tonalités, et l'on ne se doutait pas que les successions de quintes ne sont proscrites que parce qu'elles font passer d'emblée et sans préparation dans deux tonalités différentes. Au fond, l'enseignement donné alors ne reposait que sur l'empirisme et non sur la méthode. Ce n'est que plus tard que les esprits philosophiques sentirent le besoin de connaître les raisons qui faisaient édicter telle ou telle règle. Bach ne s'en doutait probablement pas. Dans son traité de la basse continue, dont je parlerai plus loin, il dit simplement « que deux quintes et deux octaves ne doivent pas se suivre consécutivement, parce que ce n'est pas seulement un vitium, mais encore parce que cela sonne mal, » et c'est suffisant pour lui. Pourquoi cela « sonne-t-il mal? » cela ne le regarde pas; c'est ainsi. Làoii Mizler veut rattacher la basse fondamentale aux mathématiques, il se borne à dire: « Dans la basse fondamentale, la main gauche joue les notes écrites, la droite y ajoute des consonances et des dissonances, afin d'obtenir une harmonie résonnant bien, à l'honneur de Dieu et à la récréation du cœur humain. Si l'on
n'y prend pas garde, on ne fait pas de vraie musique; ce n'est plus que du bruit et de la routine. » Et c'est tout. On sait, du reste, que Bach ne chercha jamais à définir les rapports qui peuvent exister entre les mathématiques et la musique. A propos de la méthode de Mizler, Mattheson a dit* : a Bach, » pas plus que moi, ne lui a fait connaître les rai- » sons mathématiques de la composition. J'en puis » répondre. » — De plus, les auteurs du nécrologe font observer que « Bach ne se livra pas aux observations théoriques sur la musique ». Sans contredit, Bach n'enseignait pas à ses élèves, — et il avait raison — les calculs des proportions numériques des sons, qui, dans son opinion, n'étaient point faites pour les compositeurs, mais convenaient plutôt aux théoriciens et aux facteurs d'instruments. Mizler eut beaucoup de peine à obtenir de lai quil voulût bien faire partie de sa société des sciences musicales ; il dut intercéder pendant plusieurs années pour l'y décider. Enfin, en 1746, il se réjouit dans son journal de ce qu'il est parvenu à augmenter la société de trois membres considérables : Graun, Bach et Sorge. Graun y entra en 1746, mais Bach attendit jusqu'à l'année suivante avant d'y faire acte de présence. Une fois sociétaire, il en remplit les devoirs en composant un triple canon à six voix avec des variations en canon, sur le texte : Von
l. EJtrenpfoite, p. 3I]1, note.
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Himmel hoch da komm ïch A er (j'arrive du ciel), qui est peu connu, et n'a pas été apprécié selon son mérite. La postérité doit en outre de la reconnaissance à la société des sciences musicales pour lui avoir conservé une fidèle image de J.-S. Bach. Aux termes des statuts, les sociétaires étaient tenus de remettre leur portrait peint à l'huile. Hausmann fut chargé de reproduire les traits du maître, et lors de la dissolution, en 1773, de la société fondée par Mizler, ce portrait fut attribué à l'école de Saint- Thomas, en souvenir du grand homme qui l'avait illustrée, et il s'y trouve encore.
Ce n'est pas seulement à Leipzig que Bach jouit d'une immense renommée ; à Dresde aussi on prisait fort ses talents ; c'est pourquoi il s'y rendit souvent, et après qu'en 1733 son fils Friedemann y eut été choisi comme organiste de Sainte-Sophie, et surtout quand lui-même eut été nommé compositeur de la cour, ses visites dans la capitale de la Saxe furent plus fréquentes. Pourtant, on ne trouve de traces que de quatre voyages en cette ville de 1723 à 1750; mais il n'est pas cro\able que ses excursions à Dresde, dont il était peu éloigné, se soient réduites à un si faible nombre ; trop de motifs l'y attiraient pour qu'il n'y fût pas allé souvent. En 1731, il y fut appelé par le désir d'assister à la première représentation de Ctéofide^ opéra de Hasse, nouvellement arrivé à Dresde en qualité de maître de chapelle. Hasse v vint d(i Venise avec sa femme, la
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célèbre Faustina, la protagoniste des opéras de son mari. La présence de ce couple à Dresde fut pour l'Allemagne musicale un événement de la plus haute importance. La réputation de l'orchestre et du théâtre de Dresde, dirigés par Hasse, // Sassone, comme l'appelaient les Italiens, se répandit dans toute l'Europe, et l'on s'en fera une idée en lisant ce qu'en a dit Jean-Jacques Rousseau .dans ses Confessions et dans son Dictionnaire de musique. L'enthousiasme que soulevèrent les compositions dramatiques de Hasse et le chant de Faustina devint du délire. Un chroniqueur de l'époque (anonyme) va jusqu'à dire que « faire l'éloge de ce couple est aussi superflu que d'allumer une lampe en plein soleil ». Le lendemain de la représentation de Cléofide, Bach se fît entendre sur l'orgue de Sainte- Sophie. Il ne paraît pas que la cour l'ait jugé digne de se déranger pour aller l'écouter; mais la chapelle tout entière, Hasse en tête, n'y manqua pas, et le succès du maître fut complet. Ce n'était pas peu de chose que de briller après Cléofide, qui occupait tous les esprits et faisait l'unique sujet des conversations de Dresde. Lorsqu'en 1736 Bach eut envoyé sa messe en si mineur et reçu le titre de compositeur de la cour, il revint à Dresde et s'y produisit, le 1" décembre, sur le nouvel orgue construit par Silbermann, dans l'église Notre-Datne. Cette fois la cour et la noblesse y assistèrent, et chacun ])(>rta ;nix nues le talent de Bacli qui, pendant
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deux heures, tint son auditoire sous le charme. Les meilleurs musiciens de Dresde, tels c[ue Pisendel, Weiss, etc. , ainsi que tousles artistes de passage, se faisaient un honneur d'être admis dans l'intimité du cantor de Saint-Thomas. Pisendel entre autres, qui, déjà en mars 1709, avait été faire sa connaissance à Weimar, manifesta un très grand intérêt pour la Viola pomposa, et s'en servait volontiers dans ses accompagnements. Les détails mancjuent sur les relations que Bach eut sans doute avec Bnffardin, Heiniclien, Hehenstreit, Quantz et autres ; mais on sait que ses rapports avec Hasse et Faustina furent cordiaux et i-eposaient sur une sincère admiration mutuelle. Le célèbre couple alla plusieurs fois le voir à Leipzig et ne lui ménagea pas les preuves de sa haute estime et de ses sympathies.