Critischer musikus, p
3. Voyez Appendice u» 2, neuvième année. Vol. I de musique de cham])rc.
La sonate d'église, dont l'illustre organiste vénitien Giovanni Gabrieli a été considéré comme l'initiateur, vers 1600, doit sa naissance aux morceaux religieux purement vocaux. On y rencontre de larges et belles harmonies, savamment développées, mais rien qui ait rapport à la conduite d'un motif. Un peu plus tard, on délaissa complètement cette forme, et, sur la fin du xvii^ siècle, on lui donna un mouvement plus accéléré et un style plus imitatif. Elle contribua ainsi à la création de la sonate de chambre dont le principe fut l'alternance de passages lents et rapides, savamment harmonisés ou mélodiquement fugues. Avec le temps, le nombre normal des morceaux fut fixé à quatre, comme dans la Suite, avec la diflerence que le second morceau devait être d'un mouvement plus lent et d'une tonalité autre que le reste.
Le génie de Bach s'attaqua aussi à ce genre de composition, mais comme il n'avait point de sympathie pour la sonate, il ne la continua pas. 11 était réservé à son célèbre fils, [Ch.-Ph. -Emmanuel, de constituer définitivement la sonate et de préparer son avènement dans le monde musical. Jean-Sébastien Bach a été le dernier grand compositeur de Part lias ou Stiites; après lui, rien de nouveau n'était plus à découvrir dans les Suites poilr le clavecin ; aussi, passé l'année 17o0, disparurent-elles de la pratique artistique. Vingt-trois Suites complètes sont arrivées jusqu'à nous; six forment le recueil connu
sons le nom de Suites françaises, dont j'ai parlé ; quatre autres offrent le même caractère. Des treize restantes, six appartiennent à deux recueils dont le premier est intitulé Suites anglaises. Les quatre parties principales en sont : l'allemande, la courante, la sarabande et la gigue. Avant la gigue viennent quelquefois, comme intermèdes, des bourrées, des menuets, des passe-pieds ou des gavottes. Le second recueil forme la première partie des « Exercices de clavecin » [Claviruebvng), que Bach publia en 1731. La seconde partie parut en 1735, et la troisième en 1739, avec un grand prélude pour orgue et une fugue, un certain nombre de chorals pour orgue et quatre duos de clavecin; enfin la quatrième vit le jour en 1742 au plus tard, avec le fameux Air avec trente variations. Comme Bach édita lui-même la première partie, et que nulle part on ne voit le nom du graveur, il est supposable qu'il la grava lui-même sur cuivre ou qu'il la fît graver sous ses yeux, et cela paraît d'autant plus probable, que Ch.-Ph. -Emmanuel s'adonna quoique temps à la gravure sur cuivre et grava de sa main un menuet de sa composition en 1731 (1). Jean-Sébastien fut aussi l'éditeur de la troisième partie. Les deux autres parurent à Nuremberg, la seconde chez Christophe Weigel, et la quatrième chez Balthazar Schmidt.
1 . Voyez BnriK^y. Tlie présent stale of nnisic in Gcnnaluj, etc.,' III, p. 21)3.
Pour distinguer des suites françaises et anglaises, les six suites des « exercices de clavecin » on leur a donné le nom de Suites allemandes; mais, tandis que dans les anglaises la coupe externe est partout la même et que la richesse d'invention se manifeste plutôt dans la qualité que dans la quantité des idées, chaque Partita nous offre une nouvelle suite, non de formes, mais de types artistiques. La partita en si bémol majeur commence par un préludequi rappelle le style fugué; au contraire, le commencement de celle en ut mineur est une Sinfonia, nom qui révèle son contenu d'éléments italiens. Celle en la mineur débute par une Fantasia h deux voix, dans le style des Inventions de Bach. Celle en ré majeur commence par une ouverture de forme française. Dans la partita en sol majeur, l'auteur a introduit un Prxambulum, différant du Pvxludium en ce qu'il ne se développe pas thématiquement mais en harmonies et en passages brisés. Enfin la partita en mi mineur s'ouvre par une Toccata plus simple que celles en fa mineur et en ut mineur.
Bach a aussi écrit trois partitas pour le lulh, que nous ne devons pas passer sous silence*. Selon M. Spitta^, il n'existerait plus de lui comme composition spéciale pour le luth, qu'une œuvre en trois
1. On lit dans le catalogue de la maison Breitkopf, pour niil : Hacli J.-S. direttore delta i/ntsica in Lipsia, III Parti te il Liuto solo. Rarrolla I.