‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 9 sur 122 · Biogr. univ. des niusiciem, t. I, p · texte numérisé non relu

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s'affranchir avec tant de liberté de l'éducation qu'il avait reçue et des habitudes de son enfance... Créateur de la sonate moderne, il a eu le sort souvent réservé à ceux qui ouvrent des voies nouvelles dans l'art; il fut méconnu de ses contemporains parce que son style était trop nouveau pour eux, et ses ouvrages ont vieilli rapidement parce que ses successeurs, instruits par son exemple, ont développé ce qu'il avait inventé, et en ont perfectionné les formes. » — Nous avons, du reste, une preuve de la valeur de ses compositions dans la haute eslime où les tinrent Haydn, Mozart, et Clementi. Elles furent très nombreuses, et on en trouve la liste complète dans le lexique de Gerber. Les plus importantes sont celles qu'il a écrites pour le clavier, savoir : :210 solos pour le clavecin ; 52 concertos pour clavecin et orchestre ; 47 trios pour clavecin, flûte ou violon et basse ;-3 quatuors pour clavecin, tlùte, viole et basse; 1:2 sonates pour clavecin avec accompagnement d'instruments. A quoi nous ajouterons: 18 symphonies à grand orchestre ; 2 oratorios : Die Israellten in der Wuste, « Les Israélites dans le désert» et Die Auferstehung und Hlmmelfart Jesu, w La résurrection et l'ascension de Jésus» , un Sanclus pour deux chœurs, demeuré célèbre ; 22 Passions, des cantates religieuses, des chants sacrés, des Slngspiele, ou chansons profanes, ainsi qu'une quantité de petites pièces pour divers instruments. Mentionnons aussi son excellent ou-

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vrage en deux parties intitulé : « Essai sur la vraie » manière déjouer du clavecin ^ » qui peut passer ajuste titre pour le premier traité méthodiquement conçu de l'art de jouer du piano. La grande importance de ce traité consiste surtout en ce qu'il contient la confirmation des principes du doigter posés d'abord par Jean-Sébastien et développés après lui par Emmanuel lui-même, et ensuite par démenti, Cramer, Field, Hummel, etc. Cet ouvrage sera toujours bon à consulter et demeurera une autorité incontestée, grâce à la solidité des préceptes qu'il enseigne. Les manuscrits des œuvres d'Emmanuel Bach se trouvent, en grande partie, dans la bibliothèque royale de Berlin.

Jean-Chistophe-Frédéric, appelé aussi Bach de Buckebourg, neuvième fils de Sébastien, naquit à Leipzig, en 1732. Il étudia d'abord la jurisprudence; mais, fidèle à la tradition de sa famille, et entraîné par un goût inné pour la musique, il abandonna le droit pour l'art, et sous la direction de son père et de Friedemann, devint un parfait musicien. - Il entra au service du comte de Schaumbourg, qui le iiomma son maître de chapelle et directeur de la musique de sa cour à Buckebourg, où il demeura jusqu'à sa mort, en 1795. Il a laissé la réputation d'homme intègre, modeste et aimable. Comme compositeur, il s'essaya dans presque tous les genres,

1. VersucJiûbeydiewahreArt das Clavier Zuspielen. Berlin. 17.52- 1762. - 2 vol. in 4o.

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mais notamment dans les oratorios et les passions. Il toucha aussi un peu à l'opéra. Bien que ses œuvres ne puissent entrer en comparaison avec celles de ses frères, elles ne lui font pas moins honneur et se distinguent par la force de l'harmonie et par l'habileté avec laquelle le style fugué y est traité. Presque toutes ses compositions se trouvent dans la bibliothèque royale de Berlin. Sa femme était cantatrice de la cour clu comte de Schaumbourg. Cet honorable artiste a laissé un tils, Wilhelm-Frederic-Eimest, en la personne duquel s'est éteinte la lignée des Bach d'Eisenach, et par conséquent celle de Jean- Sebastien.

Jean-Curé riEN, connu aussi sous le nom de Bach le Milanais, et plus tard de Bach l'Anglais, onzième lils de Jean-Sébastien et le plus jeune de ceux qui survécurent à leur père, naquit à Leipzig en 1733. Après Ch.-Ph. -Emmanuel, c'est le plus connu des tils du grand Bach, et le seul qui ait rompu avec les habitudes sédentaires de la famille en voyageant à Tetranger et en adoptant les façons modernes de composition. Il eut assurément beaucoup de talent, mais son caractère ardent, et ses dispositions nomades lui firent suivre une direction complètement différente de celle adoptée depuis si longtemps par les Bach. Comme il n'avait que quatcjrze ans à la mort de son père, son frère Emmanuel le prit chez lui à BerUn et lui donna d'excellentes leçons de clavecin et de composition dont le jeune homme

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profita. La connaissance qu'il fit de clianteurs italiens (et surtout de cantatrices) lui donna le désir de visiter l'Italie; il quitta donc Berlin pour se rendre à Milan, où il obtinl la place d'organiste du Dùnme. Il écrivit beaucoup de nnusique vocale dans la manière agréable et facile des Napolitains, alors très en vogue, et ne tarda pas à conquérir la faveur publique. Son inclination le portant vers l'opéra, il résolut d'y consacrer son talent ; mais considérant que la position de compositeur dramatique ne s'accordait pas avec celle d'organiste, il donna sa démission et partit pour Lo..dres, en 1759, avec sa femme, Cécilia Grassi, prima-donna italienne, qu'il venait d'épouser. Peu de temps après son arrivée à Londres, la reine le nomma maître de chapelle et directeur des concej'ts. En 1763, il fit représenter son premier opéra, Orione, ossia Diana vendicata, « Orion, ou Diane vengée », qui obtint un immense succès par ses beaux airs et des efTets nouveaux dinstruments à vent. C'est dans cet opéra que l'on entendit pour la première fois des clarinettes en Angleterre. La ré ssite (VOr'wne décida Jean-Chrétien Bach à se fixer h Londres, où il finit ses jours. Il écrivit encore une quinzaine doperas qui plurent par la beauté et la facilité des mélodies et par l'élégance des accompagnements. Certains de ses airs sont devenus célèbres. Ses compositions pour le clavecin tirent de lui le favori des pianistes ; quant à ses œuvres sacrées, messes, psaumes, motets et surtout son Te Deum,

vu; i:t (j-cvues de j.-s. ijach -:

elles prouvcrt que, s'il l'eût voulu, Jean-Chrétien aurait pu marcher de pair avec les meilleurs artistes de sa race. Malgré sa belle position à Londres, malgré l'argent qu'il gagnait avec ses compositions et ses leçons, il mena si largement l'existence et mit si peu d'ordre dans ses afiaires, qu'il mourut criblé de'dettes. Sa fomme, atlachée comme cantatrice au théâtre italien de Londres depuis 1767, n'était point jolie et n'avait, si l'on en croit Fétis, aucun talent dramatique ; mais le timbre de sa voix était si agréable, son intonation si juste, son expression si naïve et si pénétrante, qu'elle faisait oublier ses défauts. Après ledécèsdeson mari en 1782, elle quitta l'Angleten-e et retourna dans sa patrie. Sur la demande des directeurs de l'Opérade Paris, Jean-Chrétien écrivit un opéra en trois actes, Amadis des Gaules, qui fut représenté sur la scène de l'Académie royale en 1779 et payé dix mille francs à son auteur, suivant le compte de dépenses de l'administration de l'Opéra, de 1779-80. 11 a été gravé à Paris. VOrione aussi fut traduit en français e:; 1781, et reçu à l'Opéra dans la môme année, mais non représenté. Il est probable que la mort du compositeur fut cause delà non-apparitionde son Orione sur la scène française.

Vilqelm-Frédéric-Ernest, fils de Bach de Biickebourg, et petit-fils de Jean-Sébastien, né à Biïckebourg en 1759, reçut les leçons de son père jusqu'à ce qu'il fût à même de se faire entendre en public.

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Appelé à Londres par son oncle Jean-Chrétien, ii se rendit en cette ville et y demeura quelques années, très recherché comme professeur de piano. A la mo 't de son oncle, il repartit pour l'Allemagne et s''^tahlit à Minden, oii il se maria. A l'avènement de Frédéric-Guillaume II au trône de Prusse, en 1789, il composa une cantate d'hommage [Huldlgungs Cantata) qui plut tellement au roi, qu'il le fit venir à Berlin en 1790, et le nomma Cembaliste de la reine avec le titre de maître de chapelle. Devenu professeur de musique des princes et princesses du sang, il conserva ses divers emplois sous Frédéric -Guillaume III et la reine Louise; mais à la mort de cette princesse, il donna sa démission et vécut dans la retraite jusqu'à la fin de sa vie. Comme unique et dernier représentant de la famille Bach, il assista avec sa femme et ses deux filles à l'inauguration du monument qui fut élevé en 1843, sous les auspices de Mendelssohn, à la mémoire de son grandpère, Jean-Sébastien, en face de la Thomasschule, à Leipzig. Wilhelm- Frédéric-Ernest Bach mourut à Be lin en 1846, à l'âge de 87 ans.

Il possédait un beau talent de pianiste et jouait bien du violon, mais sa modestie l'empêcha souvent de se produire en public, et quoiqu'il ait beaucoup écrit dans tous les styles, on n'a gravé et publié de lui que quelques sonates pour clavecin et violon, sa cantate au roi de Prusse, et un recueil do

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chansons allemandes et françaises [Deutsche und Franzoesïsche Lieder).

En lui s'éteignit la descendance de Jean-Sébastien Bach. Ainsi, malgré les onze fils que ce grand homme eut de ses deux femmes, sa race disparut avec la seconde génération. Il n'existe plus aujourd'hui de représentant direct de son nom.

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