‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 90 sur 122 · Ourr. ri/,', j · texte numérisé non relu

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noble partie est l'œuvre de votre puissante main. Je me souviens, avec une joie respectueuse, de la faveur royale toute particulière dont m'a honoré Votre Majesté lors de ma visite à Potsdam, en me jouant sur le clavecin un thème sur lequel j'ai exécuté une fugue en présence de Votre Majesté. Obéir à l'ordre de Votre Majesté était mon devoir de sujet. Cependant je ne tardai pas à remarquer qu'il fallait une soigneuse préparation pour traiter dignement un aussi excellent thème. Je pris donc la résolution de travailler ce royal thème avec un art plus parfait et de le faire connaître au monde entier. Ce projet est aujourd'hui réalisé, et je n'ai d'autre vue que celle de célébrer dans la mesure de mes faibles moyens, la gloire d'un monarque dont chacun doit admirer la grandeur et la force, non seulement dans les travaux de la guerre et de la paix, mais encore tout particulièrement en musique. Je supplie Votre Majesté de vouloir bien accueillir avec bonté ce petit ouvrage, ei de me continuer sa haute faveur.

» De Votre Majesté,

» Le très humble et très obéissant serviteur.

» L'Auteur.

» Leipzig, 7 juillet 1847.||]»

Ce titre ^'Offrande musicale provient de ce que le compositeur dédia son œuvre au roi et la lui

.îio VIE ET ŒIVRE:^ DE J,-S. BACH

offrit. Leiisemble est formé dune fugue à trois parties et d'une autre à six ; de huit canons, d'une fugue canonique à la quinte, d'une sonate à quatre parties et d'un canon à deux voix sur un continua libre. Tous ces morceaux sont plus ou moins développés sur un seul et même sujet. Bach a désigné sous le nom de Rlcprcare les fugues à trois et à six parties. Pour la dernière le nom est justifié, car c'était une audace sans pareille que d'écrire pour le clavecin seul et sans pédales une fugue à six voix réelles. Il est probable que Bach n'y aurait pas pensé si le roi ne lui avait demandé à Polsdam d'improviser une fugue à six parties. Il avait alors obéi à Sa Majesté en jouant sur un thème choisi par lui, Bach ; il voulut prouver cette fois, qu'il pouvait en faire autant sur un thème moins bien disposé pour la fugue que le premier. Quant aux canons et à la fugue canonique, il les désigna ainsi : canones diversl super thema regium, avec cette devise qui est significative : Régis Jussa Cantio Et Rellqua Canonica Arte Resoluta, c'est-à-dire, thème donné par le roi et ses appendices résolus canoniquemenl. Si l'on réunit les lettres initiales des mots de cette phrase, on obtient Ricercar. Le quatrième canon qui marche par mouvement contraire est ainsi désigné : Notulis crescentlbus crescat fortuna régis (De même qu'ici les notes augmentent, ainsi augmente le bonheur du roi). Au-dessus du cinquième canon circulaire qui module dans tous les tons pour

VIE ET ŒUVRES DE J.-S. liAClI ;J1I

revenir au premier, se trouve cette devise : Ascendenteque modulat'wne ascendat gloria Régis fEt de même que s'élève de plus en plus la modulation, s'élève aussi la gloire du roi). Bâcha donné la solution de ces canons, et dans ces jeux symboliques, qui proviennent indubitablement de la nature de ces compositions, on retrouve l'esprit énigmatique des anciens contrapuntistes gallo-belges si célèbres au xvi" siècle.

« Les caractères distinctifs des compositions de Jean-Sébastien Bach, a dit Fétis', sont une originalité soutenue, un style élevé, une teinte mélan colique, une mélodie quelquefois bixarre mais sublime, une harmonie plus hardie que correcte, mais pleine d'efTet. Souvent on dirait qu'il choisit à plaisir des thèmes ingrats ou baroques qui inspirent d'abord plus d'étonnement que de plaisir, mais sa fertile imagination sait bientôt y introduire des ressources inattendues, dont le charme s'empare do l'exécutant et de l'auditeur. Son caractère sérieux le portait au style grave et sévère ; ses fonctions de maître de chapelle et d'organiste ne lui laissèrent d'ailleurs pas le temps d'en cultiver d'autre ! »

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