‹ La vie et les œuvres de V. de LapradeChapitre 10 sur 51 · LES RICHARD DE PONTEMPEIRAT ET LES RICHARD DE LAPRADE · texte numérisé non relu

LES RICHARD DE PONTEMPEIRAT ET LES RICHARD DE LAPRADE

I'est au pittoresque pays de Forez, chanté par d'Urfé et admiré par Jean-Jacques \^^^^ Rousseau dans ses vagabondes pérégrinations, que naquit, le i3 janvier 1812, Pierre- Marin-Victor Richard de Laprade.

Foréziens comme lui, ses ancêtres, les Richard de Pontempeirat, habitaient de temps immémorial, vers la lisière du Forez, du Velay et de l'Auvergne, un

modeste manoir planté sur les bords de l'Ance, presque en pleine épaisseur des montagnes. Ils vivaient là, de père en fils, dans la pratique des vertus austères, dédaigneux des plaisirs des villes, faisant le bien autour d'eux, et payant leur dette au pays en remplissant avec conscience la charge de capitaine châtelain au bailliage du Ghauffour, l'un des quatre grands bailliages du Forez.

Lorsque cette juridiction fut supprimée par Louis XV (i), les Seigneurs de Pontempeirat n'eurent garde de se désintéresser pour cela des services que tous, sous une forme ou sous une autre, nous devons rendre à notre patrie. Ils avaient bien pu, comme bon nombre d'autres vieilles familles de province, résister aux séductions de Versailles et préférer fièrement leur pauvreté et l'oubli à certains honneurs qui s'achetaient parfois bien cher; mais l'amour de la retraite et le culte des joies pures et intimes pouvaient se concilier aisément avec les exigences d'une vie moins calme et plus en dehors, si jamais il s'agissait pour eux d'un devoir public à remplir. Ils en fournirent la preuve en mainte circonstance, comme nous le verrons bientôt.

Au surplus, les fonctions, à la fois judiciaires et militaires, de capitaine-châtelain, préparaient tout

(i) V. de curieux détails sur le Bailliage du Ghauffour dans l'Histoire de Saint-Bo)i)iet-le-Chdteau, par J. Condamin et F. Langlois; Tome I, passiin.

naturellement, chez les Richard de Pontempeirat, des vocations pour le métier des armes (i).

(i) Voici la description des Armes des Seigneurs de Pontempeirat, d'après VArmorial du Forei, de M. A. Steyert.

Ecartelé : au i et au 4, de gueules, au chevron d'or, accompagne' de deux étoiles et d'une rose du même.

Au 2 et au 3, d'or au pont * de sable sur un fleuve de pourpre.

Mais , cette description n'est pas de tout point exacte, et il faut dire :

Ecartelé : au i et au 4, de gueules, au chevron d'argent, accompagné de deux étoiles d'argent en chef et d'un besant d'or en pointe ;

Au 2 et au 3, d'or au pont de gueules maçonné de sable et terrassé de sinople.

Les de Laprade, pour ne pas trop surcharger l'écu, n'ont gardé de ces armes que le champ de gueules au chevron d'argent, accompagné de deux étoiles d'argent en chef et d'un besant d'or en pointe.

Quelques auteurs prétendent que le Pontempeirat était une baronnie ; mais, cette assertion n'est point démontrée, et les de Laprade n'ont jamais mis sur leur écu que le casque de simple gentilhomme.

* Les Seigneurs de Pontempeirat prélevaient un droit de péage qui leur avait été reconnu en lySi, par un arrêt du Conseil d'Etat : de là le pont qui figure

Je ne m'étonne donc point de voir l'avant-dernier des huit enfants de Richard de Pontempeirat, Marin Richard de Laprade (i), prendre du service, dès quatorze ans, et faire preuve, de bonne heure, d'un courage et d'une clairvoyance extraordinaires.

C'était pendant les guerres de Flandre. Marin de Laprade, âgé alors de dix-neuf ans, occupait, avec quelques braves, un petit avant-poste à portée du camp ennemi. Soudain, deux cent cinquante à trois cents homme, en costume français, s'approchent de l'escouade commandée par le jeune cadet. Interpellés, ils jettent, sans accent et dans le parler le plus pur, le mot d'ordre qu'on leur demande. Moins attentif ou moins intelligent, un autre les eût laissés passer. Mais, avec l'intuition qui fait les grands capitaines, Marin de Laprade relève je ne sais quoi de louche et d'indécis dans l'attitude de cette troupe : flairant un piège, il fait un signe à ses hommes, et ceux-ci tirent à bout portant.

La mêlée fut terrible, car les Anglais étaient vingt conti'e un : mais si cette poignée de héros tomba sous les baïonnettes ou sous les coups de feu de l'ennemi, du moins le camp était sauvé. Quant à son chef, en donnant l'alarme au péril de sa vie, il venait

dans leurs armes. D'autre part, noble Thomas Richard de Pontempeirat, avocat au Parlement et au bailliage du Chauffeur, avait acheté de Benoit-Charles de Flachat, seigneur d'Apinac, un droit de chasse et de pèche, au prix de 6633 fr. (Acte de vente du 1 1 août 1768).

(1) La maison forte des Seigneurs de Pontempeirat, sise au village de Pontempeirat, sur le bord de l'Ance, dominait une belle et vaste prairie laquelle s'étendait le long de la rivière et s'appelait Laprade.

de prendre place dans l'histoire à côté de l'héroïque chevalier d'Assas. Il ne survécut que par miracle à cette chaude rencontre. Fait prisonnier par les Anglais, il dut en effet s'échapper de leurs mains, traverser la Hollande en changeant chaque jour de cachette, et chercher enfin un vaisseau qui le ramenât en France. Il avait, on le voit, payé noblement son tribut à la patrie.

Retiré peu après du service. Marin de Laprade faillit en reprendre presque aussitôt, mais dans les troupes pontificales. C'était encore une grande cause à servir. Pendant un séjour à Avignon, où l'appelaient vraisemblablement ses affaires, il eut, en effet, l'honneur d'être présenté au légat du pape. Celui-ci l'accueillit avec une bienveillance extrême et lui offrit le grade de lieutenant.

Peut-être eût-il cédé à cette invitation flatteuse, si une rencontre fortuite n'eût alors décidé à tout jamais de son avenir.

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