‹ La vie et les œuvres de V. de LapradeChapitre 9 sur 51 · AVANT-PROPOS XVII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XVII

Lemaître , — il se dégoûte de « tout cet infini » qui « laisse du vide en nous » pour se tourner franchement et à jamais vers le Dieu de sa mère. Dès ce moment, le programme de sa vie n'est autre que celui des anciens chevaliers : « Respecter et défendre toutes les faiblesses, se battre pour une idée, se passionner pour les causes vaincues, mourir plutôt que de s'abaisser à une vilenie, donner sa vie à Dieu et au Christ, à l'Eghse et à la France. » Tel était, au moyen âge, le chevaher chrétien ; tel fut Victor de Laprade, en plein dix-neuvième siècle !

Un jour. Saint - René Taillandier eut l'occasion de lire, dans son cours, à là Faculté des Lettres de Paris, une pièce des Poèmes civiques. C'était à la fin de i865, au moment où la cognée de M. Haussmann venait d'abattre sans pitié les vieux arbres du jardin du Luxembourg. Victor de Laprade avait flétri, dans des vers indignés, cet acte de vandaHsme : la lecture de sa pièce fut d'un irrésistible effet sur ce jeune auditoire... Au surplus, voici ce que le

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savant professeur écrivait au poète, le jour même :

Paris, le i8 décembre i865.

Mon Cher Ami,

Si vous apie:^ été^ ce matin ^ à la Sor bonne ^ vous aurie:{ vu qu'il ne faut jamais désespérer de la jeunesse française.

Je parlais de Ronsard ; je venais de citer et de commenter les beaux vers sur la forêt de Gastine^ l'invective aux bûcherofis^ le regret des graîids bois... il était impossible de ne pas songer au Luxembourg et à Victor de Laprade. Donc, après avoir deînandé si les portes étaient bien closes; après avoir préparé V auditoire à votre hardiesse (et à la miejine) avec toutes les précautioîis nécessaires., je me hasardai à lire vos stj^ophes. Le succès a été immense. On souriait ; on était ému ; on battait des mains : et moi., heureux d'être le rhapsode de mon ami., je continuai mon chant d'une voix plus vibrante. Qiiand j'arrivai à ces deux vers :

Frelons, cherche:^ d'autre butin ; Laisse^ ce parterre aux abeilles,

il y eut une véritable explosion., des tonnerres de

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bf^apos. A la fin de la lecture^ les salves se prolo7igèrent: ce fut une fête de poésie^ une fête complète...

Voilà comment Victor de Laprade savait agir sur les jeunes gens ! Voilà comment il excellait à s'emparer d'eux, à cet âge où, sans viser encore un but bien déterminé, ils ouvrent leur âme à toutes les impressions généreuses, en rêvant vaguement de justice, d'ambition et de gloire.

Eh bien ! je crois, moi aussi, qu'zY ne faut jamais désespérer de la Jeuriesse française. Si elle a ses instants d'oubli, elle a, ne nous y trompons pas, ses heures d'héroïsme, ses élans généreux, sa sève toujours renouvelée, sa volonté féconde...

Qu'elle s'approche donc maintenant, cette chère Jeunesse, avec une vénération filiale, du noble Poète dont le cœur a battu jusqu'au dernier jour à l'unisson du sien : à l'entendre célébrer le Beau, à le voir pratiquer le Bien, à le contempler dans ses ardentes recherches du Vrai, elle s'animera à l'imiter en se surpassant elle-même ; elle comprendra le sens si philosophique et si

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