‹ La vie et les œuvres de V. de LapradeChapitre 35 sur 51 · TRAVAUX DIVERS · texte numérisé non relu

TRAVAUX DIVERS

La publication des Poèmes Evangéliques n'avait pas empêché V. de Laprade de s'occuper, aussi consciencieusement que par le passé, de son Cours de littérature française. L'année même où parut le volume, M. le doyen Bouillier, lors de la séance de rentrée des Facultés (il novembre) rendit hommage au dévouement éclairé du professeur et annonça solennellement le programme des matières qu'il allait traiter : « Le professeur de littérature française, dit-il, prendra la littérature française à l'aurore de la renaissance des lettres antiques et fera son histoire jusqu'à la fin du XVP siècle. Il y ajoutera des considérations sur les beaux-arts pour faire mieux connaître le grand mouvement intellectuel excité en France et en Europe à cette époque par le génie grec et romain, règle éternelle du goût, parce qu'il est la raison elle-même se manifestant dans l'ordre du beau. »

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Presque à la même date, un des futurs collègues du poète à l'Académie française, M. Cuvillier-Fleury, rendait de lui cet autre élogieux témoignage : « Je ne sais rien de la vie ni de la personne de M, de Laprade, qui doit être aujourd'hui un esprit d'une maturité vigoureuse ; mais sa vie est dans ses livres. Sa vie est sa pensée. Jamais personne ne m'a donné l'idée d'un détachement plus absolu de la vie mondaine, d'une vocation de poète plus désintéressée, d'une mission de croyant plus inspiré. » (i)

Tel il était dans ses livres, tel il était dans sa chaire. Un de ses auditeurs (2), pendant les cours de l'année

1854-1855, nous le dépeint en ces termes : « Sa

leçon avait lieu à trois heures. Il n'y avait pas d'étudiants en droit à Lyon et c'était Theure des classes et des affaires. Cependant, l'auditoire d'élite qu'il réunissait remplissait la salle aux trois quarts. Son vieux père, d'esprit si gaulois et de sentiments si nobles, sa sœur et sa femme assistaient à son cours. Il était dans toute la force de l'âge, grand, déjà le front dépouillé, l'air triste et religieux. Son apparition me causait une émotion profonde. C'était sur notre ciel brumeux un rayon du soleil de la Grèce. Cette année-

(i) Article des Débats, du igde'cembre i852. — M. Cuvillier-Fleury a été élu membre de l'Académie française en 1866.

{■z) M. G. d'Orgeval-Dubouchet, cité par M. E. Biré. Ces explications, fournies par un témoin oculaire, complètent, ce semble, heureusement, celles qui ont été données déjà, p. 265, et achèvent de mettre en relief la physionomie du Professeur.

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là, il étudiait Corneille (i). Il avait des notes et, probablement, la leçon entière avait été' écrite -, mais il ne récitait pas et, par moments, il suivait sa pensée en

(i) V. de Laprade a affirmé plus énergiquement que jamais son amour pour Corneille, dans une brochure qu'il publia, chez Douniol, vers la fin de 1878, sous ce titre: Le Grand Corneille. Il eut la bonté de m'ofFrir, avec une dédicace charmante, un exemplaire de son étude, et j'eus l'honneur d'en rendre compte, dans les Annales Catholiques du II décembre. Je reproduirai ici l'article que je fus si heureux de faire sur l'œuvre nouvelle de l'éminent écrivain :

Ce que M. de Laprade dit de son héros, au conimencement de l'étude qu'il lui consacre, on peut le dire de l'étude elle-même-: « Prenez et lisez! n

C'est, sans conteste, l'un des travaux les plus solides, les plus neufs et les plus agréables qu'ait inspirés l'immortel auteur de Polyeucte, qui en a 'tant inspiré cependant depuis deux siècles.

LeVenger des attaques ineptes dont l'a poursuivi Voltaire ; établir, à l'encontre de la critique allemande et des théories de nos contemporains dramaturges, l'excellence et, presque sur tous les points, la supériorité de Corneille; mettre, en un mot, en lumière ce qui fait à la fois l'âme et l'incomparable grandeur de son théâtre, tel est, s'il faut le préciser, le but de M. V. de Laprade. On sent qu'il ne vise pas à une simple appréciation littéraire, mais qu'il recherche un plus hau»* objet. C'est un poète de noble race, c'est un preux passionnément enthousiaste du beau, qui combat pro aris et focis, avec des armes fortement trempées : il s'agit, pour lui, de montrer, avec tout l'éclat de l'évidence, que Corneille est un dieu, qu'il est et restera le Grand Corneille, et que ses œuvres sont « la forte nourriture propre à nous relever de notre anémie morale et à ressusciter en nous la volonté et le sentiment du devoir. »

Or, personne n'était préparé comme M. de Laprade à traiter le sujet ainsi envisagé. Un écrivain qui, depuis 1841, date de sa première publication, Psyché, n'a jamais, dans ses œuvres, de quelque nom que vous les appeliez, Harmodius, les Symphonies, les Poèmes civiques ou Pernette, cessé de prêcher les grandes idées du devoir et de la vertu ; un disciple de Platon, amoureux comme son maître d'une métaphysique ailée et chantante, et partant, avant tout, d'une philosophie exclusivement spiritualiste ; un homme enfin aux yeux de qui la beauté de la forme ne saurait être distincte de la beauté de la pensée, était. encore un coup, armé de toutes pièces pour écrire sur Corneille des pages d'une critique originale autant que durable.

Nous soulignons le mot à dessein, car les vues neuves abondent dans l'opuscule et prouvent qu'il n'est tel juge qu'un poète pour bien apprécier ses pairs.

Dans cette discussion lumineuse, ardente, quelquefois indignée, où, pour défendre Corneille, l'auteur est obligé fréquemment de porter la guerre dans le camp ennemi, vous trouverez toujours, à côté de la polémique, les fortes assises d'une doctrine magistrale. C'est, ici, une classification raisonnée et à laquelle on ne peut guère ne pas se rendre, des quatre chefs-d'œ'uvre de Corneille, classification étayée de preuves péremptoires et en vertu de laquelle Polyeucte brille du plus pur éclat, tandis que Cinna n'obtient, après le Cid et Horace que le quatrième rang ; là,

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dehors et plus haut que le cadre préparé ; il agitait alors d'un geste nerveux la petite cuiller dans son verre d'eau sucrée, et il trouvait une belle et harrno-

c'est un intéressant retour psychologique sur la valeur morale, et par conse'quent réelle, du rôle de l'Infante dans le Cid, ou sur la raison très plausible qui, dans Polyeucte, empêche Sévère de se convertir; plus loin, l'auteur vous gagne à cette dée, peu exploitée encore, sinon absolument neuve, que ni Athalie ni Esther n'ont leur ressort dans le sentiment religieux, et que notre théâtre n'a qu'une pièce inspirée tout entière de ce sentiment, une seule, Polyeucte ; ailleurs, à propos de la Fatalité dans la tragédie grecque, vous vous surprenez découvrant chez les héros qu'elle semble avoir le plus accablés, une lueur de conscience qui s'affirme et de liberté morale ; ou, encore, c'est une réfutation en règle, un réquisitoire bourré de faits contre les théories allemandes à l'endroit de Shakspeare et de sa prétendue supériorité sur Corneille.

Ah ! ils ont été bien injustes, ces Allemands, envers notre théâtre. Mais, il faut aussi le reconnaître, à Lessing, à W. Schlégel et aux autres, notre critique française du dix-huitième siècle, qu'elle soit signée du nom de Voltaire ou de Diderot, peu importe, avait singulièrement préparé les voies et donné la main.

Et c'est pourquoi M. de Laprade a mille fois raison de protester contre la critique de Voltaire et de ne pas supporter ces " co7nmetitaires agaçants dont a moitié au moins porte sur les mots. » C'est d'autant plus son droit qu'il indique, avec impartialité, le motif qui les dicta à l'auteur de Mérope, motif moins de II jalousie » que de « fausse doctrine. »

y n'est pas moins concluant en ce qui regarde Shakspeare. Avec une rare vigueur de discernement, et tout en rendant justice au sublime génie du poète de Stratford, à son imagination toute-puissante, à son immense sensibilité et à tant d'autres qualités rares, il montre néanmoins la distance considérable, disons infinie, qui sépare, au point de vue éternel de l'art et du beau, deux hommes dont l'un. Corneille, cherche et veut la beauté morale, but de la poésie, et l'autre, Shakspeare, ne la trouve, pour ainsi dire, qu'accidentellement et par hasard. Toutefois il a soin aussi, et cela est encore merveilleusement original, de prouver que Shakspeare, quand il s'inspire de l'héroïsme romain et qu'il compose Coriolan ou Jules César, devient le frère de Corneille et atteint aux mêmes hauteurs.

Mais que dire de la pensée dominante du livre, do cette constante attention à mettre en saillie l'excellence des leçons cornéliennes, de cette passion à nous faire goûter un enseignement moral et à nous prouver que « chacun des vers de Corneille dépose dans l'âme un ferment de vertu ? «

Si remarquables et instructifs soient les points de vue divers exposés ça et là dans l'ouvrage, nous avouons ingénument leur préférer ce que nous appellerions volontiers les tendances de l'auteur.

Soit qu'il stigmatise dans Rousseau le père et l'apôtre des théories désastreuses de l'appétit substitué au devoir et qu'il montre en lui le créateur de ce stvle /i/y'îî'^î(e si opposé à celui du grand siècle et si funeste au développement des caractères dans le nôtre ; soit qu'il parle des Grecs et prouve que, si le poète anglais s'est peut-être plus rapproché d'eux, parce qu'il a su, comme eux. détendre l'action et reposer par des scènes familières l'esprit des spectateurs, Corneille du moins a l'avantage d'avoir serré de plus près l'idéal antique en concen-

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nieuse image ou un trait saisissant. Sans doute il n'aurait pas plu au vulgaire (i) : d'abord, parce que, en ce temps-là, il était, avec Psyché^ sur les hauteurs ; son enseignement appartient à la première période, à la partie éthérée de son talent -, puis, il avait la voix sourde. Gomme Lamartine, il disait ses vers d'un ton monotone. Le moins charlatan des hommes, il ne savait pas se faire valoir. Ni son ton ni son geste ne

trant l'action entre quelques personnages, en la réduisant à ses éléments essentiels et surtout en parlant plus à l'àme qu'aux yeux et aux sens; soit enfin qu'il s'étende avec une émotion communicative sur ce langage succulent et prodigieusement varié que le dix-huitième siècle n'était presque plus digne de comprendre, sur ce style qui « dérive des plus mâles régions du cœur » et qui, si nous sommes bien à ce que dit Corneille, nous parait être toujours en admirable conformité avec les sentiments tragiques, partout, M. de Laprade fait œuvre de moraliste et mérite qu'on inscrive sur ses pages l'appréciation qu'il burine pour la tragédie d'Horace : Monument de morale éloquente 1

« Vive notre vieil ami Corneille! » C'était, en 1672,1e cri de M™» de Sévigné, et ce doit être, ce sera celui de toute « la jeunesse lettrée, » en 1878. Car c'est à elle, plus encore qu'au reste du public, que s'adressent les leçons de M. V. de Laprade : il adore les jeunes gens, et il n'a point tort. Nous ne savons pas un seul de ses livres où n'éclate, eomme une flamme longtemps contenue, quelque enthousiaste appel à la jeunesse, quelque brûlante invitation à monter bien haut, vers les cimes. Mais aujourd'hui, c'£st plus qu'un appel, plus qu'un encouragement; c'est un plaidoyer qui entraîne. Bien certainement il ira à qui de droit, et cette chère jeunesse comprendra, avec un tel guide, que u pour l'élévation du sentiment moral, pour le don de produire le siirsum corda, la poésie de Corneille domine toutes les littératures. C'est l'apothéose de l'homme par la vertu. »

(i) C'est la pensée même de M. Eugène Yéméniz, dans l'article qu'il publia sur Y. de Laprade, vers la fin de décembre i852 : « Au milieu du tourbillon qui emporte aujourd'hui les hommes sur de tristes et fatales pentes et où les écrivains et les poètes, cédant à l'entraînement général, s'égarent loin de la voie qui leur était tracée, le génie de M. de Laprade est resté dans les régions pures et élevées où se maintient la véritable poésie. Ses chants sont trop hauts et trop saints pour séduire au premier abord les esprits obscurcis par les préoccupations du jour. Mais quand les hommes seront plus calmes et qu'ils jouiront de la paix que préparent les grands ébranlements, ils reviendront à cette poésie noble et vraie dont le dépôt est confié, dans ce moment d'orage, à quelques intelligences privilégiées. » Galette de Lyon, du 21 décembre i852.

faisait ressortir ce qu'il disait. Parmi nos orateurs modernes, je ne puis le comparer qu'au P. Gratry, et encore celui-ci quittait-il terre plus souvent, entraînant avec lui les âmes dans son vol. Laprade professeur a eu de ces moments, alors qu'il s'échappait en quelque invocation superbe à l'ide'al, à l'honneur, à Corneille, à son Hoj^ace et à son Cid. Pour nos âmes juvéniles, il était à la fois le druide au gui sacré, l'hiérophante antique et l'apôtre de la nouvelle de la vraie religion.

« Ses leçons étaient admîi^ablement préparées^ dans un style auquel ses vers ont fait tort, mais très littéraire. »

Le même témoin ajoute un détail intéressant sur Laprade examinateur. « Je ne crois pas, dit-il, qu'il ait eu sur la conscience le refus d'un seul candidat. Il n'abusait pas de la boule blanche^ mais il n'allait pas au delà de la boule rouge (i). Après tout, c'était justice^ car, devant ce regard, plus d'un, et des meilleurs, était impressionné. Il avait de ces silences complets qui n'encouragent pas ceux que la présence du dieu suffit déjà à étourdir ».

Toutefois, si V. de Laprade avait, au cours de l'épreuve, des (( silences complets », il excellait à encou-

(i) On sait qu'en ce temps-là les examinateurs distinguaient leurs suffrages par la couleur des boules qu'ils déposaient, ou e'taient cense's déposer, après leurs interrogations, dans l'urne fatale : la boule blanche correspondait à la note très bien; la boule rouge, à la note bien; la boule noire, à la note >nal. Si mes souvenirs sont exacts, nous obtenions dix boules pour les diverses épreuves du baccalauréat èslettres : notre rêve était de passer, toutes boules blanches.

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rager les soldats avant la bataille. J'en ai pour preuve, entre cent autres, le témoignage de deux Lyonnais dont le nom, depuis, est devenu synonyme de savoir et d'e'loquence. En 1854, les frères J. et A. L., qui suivaient alors les classes du Lycée impérial, étaient à la veille d'abjurer la religion juive, dans laquelle avaient vécu et étaient morts leurs ancêtres. Gomme ils arrivaient au terme de leurs études littéraires, S. E. le Cardinal de Bonald estima qu'il ne serait point inutile de procéder à la cérémonie de l'abjuration seulement après qu'ils auraient témoigné, par un examen public, qu'ils étaient en âge d'avoir conscience de la portée de cegrandacte et qu'ils entraient bien librement dans le giron de l'Eglise. Victor de Laprade ayant appris cela encouragea avec une bonté extrême les deux collégiens à redoubler d'ardeur et à se présenter, le plus tôt possible et avec confiance, à la barre des juges. En effet, ils furent rea/^ très honorablement l'un et l'autre, parla Faculté de Lyon, à la session d'avril 1854. La même année, un des amis du poète, M. Eugène Yéméniz, grec d'origine, publiait, chez Dentu, un volume intitulé : Voyage dans le royaume de Grèce. Cet ouvrage intéressait V. de Laprade à bien des titres : il le patronna donc et il écrivit, en manière d'introduction, une quarantaine de pages de « Considérations sur le génie de la Grèce ». Pour qui sait la valeur que Laprade attachait aux choses de l'amitié et l'attrait qui l'emportait vers la civilisation hellénique, le procédé n'aura rien que de naturel-, mais ce qui en relève le prix, et, comme a dit M. de Pontmartin, ce qui le

« pimente, » c'est que le poète n'hésite pas à prendre ostensiblement la défense de l'antiquité païenne à un moment où l'abbé Gaume, dans une querelle mémorable, l'accablait de ses anathèmes. Il y avait, à agir de la sorte, plus que de la hardiesse : c'était vraiment du courage. Il sut maintenir un juste équilibre entre ses principes religieux et ses préférences littéraires et défendre une cause qui sera éternellement chère aux amis intelligents de l'antiquité. Nulle part peut-être V. de Laprade n'a donné une interprétation plus haute ni plus profonde du symbolisme et de la poésie antiques que dans ces pages : c'est incontestablement un des morceaux les plus achevés qu'ait produits, en l'espèce, la critique moderne.

Enfin, en i856, au moment où Lamartine obligé de faire d'énormes payements « dut demander à son travail de le sauver «, V. de Laprade, toujours chevaleresque, s'émut de l'immense détresse du poète des Harmonies et fit sans retard, dans la Ga'^ette de Lyon (i),un chaleureux appel pour annoncer le Cours familier de littérature et lancer la publication « ... Il faut se reporter, dit-il dans cet article, à ce qu'était en France la poésie, et comme art et comme sentiment, lorsque Lamartine parut, pour mesurer toute la reconnaissance que l'on doit à ce beau génie. Sans parler du st3'le fade, incolore, énervé des rimeurs survivants du xvui^ siècle, des vieilles banalités mytho-

(2) La Ga:{ette de Lyon, n" du 5 février i856.

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logiques qui remplaçaient pour eux toute sincérité de pensée et d'inspiration, voyez où en était alors la poésie au point de vue religieux et moral ! A cette littérature aussi pauvre d'idées que de couleurs, il manquait seulement deux choses : Dieu et la nature. C'est l'auteur des Méditations qui a rendu la pensée de Dieu à la poésie française, qui a rendu la vie poétique à la nature, en y rétablissant la présence de Dieu, en représentant le sentiment de l'infini... La poésie du siècle dernier, c'étaient l'ironie et Voltaire ; la nôtre, c'est l'enthousiasme, c'est la contemplation, c'est la prière, et nous la devons à Lamartine. Cherchez quel autre homme vivant a mieux mérité du Christianisme ! Quand un peu de reconnaissance viendrait aujourd'hui se mêler à l'intérêt que sollicite par lui-même le Cours de littérature de l'illustre écrivain, serait-ce autre chose que de la justice? Pourquoi d'ailleurs les amis du poète le cacheraient-ils ? Cette plume qui a été l'instrument de tant de gloire, est aujourd'hui un instrument de travail et la ressource d'une fière et courageuse vieillesse. La France a-t-elle beaucoup d'hommes capables de combattre l'adversité avec de telles armes ?... »

Emu jusqu'aux larmes par ce « manifeste », Lamartine écrivit aussitôt à V. de Laprade : « Mon cher poète, envoyez votre appel à tous les journaux : il courra comme le vent qui fait tomber les grains des épis... Jamais l'amitié n'eut la main si ferme ni le tact du cœur si délicat. Je vous savais bien un très grand poète; je ne vous savais ni si habile et si éloquent

écrivain, ni si ami. Tout ce qui lit ici votre manifeste est enthousiasmé. Quant à moi, je suis touché jusqu'à l'attendrissement. Les malheurs sont bons qui révèlent de telles affections. »

Pendant que V. de Laprade se livrait à ces travaux divers, la première édition de ses Poèmes évangéliques s'épuisait rapidement et il devait, dès le mois de novembre i853, songer à en donner une seconde.

D'autre part, sa renommée comme professeur rayonnait en dehors de Lyon et de la province, et, une troisième ou quatrième fois, il était question de lui, à Paris, pour une chaire du Collège de France, après les désordres qui accompagnèrent, en mars i855, la leçon d'ouverture du cours de Sainte-Beuve.

Enfin, ni l'éloquence, ni la critique n'empêchaient V. de Laprade dé se souvenir qu'il était poète; mais tandis qu'il explorait la littérature française et qu'il analysait ou complétait les publications de ses amis, il préparait un nouveau volume de vers. Au mois d'avril i855, les Symphonies paraissaient chez Michel Lévy.

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