CHAPITRE IV
LES « POEMES CIVIQUES » ET « TRIBUNS ET COURTISANS )). « VARIA ». LE « LIVRE DES ADIEUX ».
Dans la même année iSyS, parurent deux éditions des Poèmes civiques. C'est une preuve que le public fit bon accueil au volume. J'oserai dire cependant que, au point de vue de la composition, c'est peutêtre l'œuvre la moins forte de V. de Laprade. Elle est pleine de disparates, malgré que, dans ces pièces satiriques, « respire », comme l'a dit M. Cherbuliez (i), « l'enthousiasme du mépris et de la haine ». Cette unité d'enthousiasme est toute d e surface : il manque là la seule et véritable unité, l'unité d'inspiratioîi. Les satires, qui amenèrent la révocation du professeur de Faculté, n'y procèdent pas en effet de la même pensée que les autres satires, écloses,
(i) Réponse au « Discours de réception » de M. F. Coppée.
3CjS LA VIE ET LES ŒUVRES
elles, au contact de grandes et patriotiques douleurs. Autant le poète est magnifique lorsqu'il fle'trit, avec l'indignation que l'on sait, les cupidités et les bassasses de ses contemporains, autant sa main est malhabile à lancer le dard de l'ironie. V. de Laprade avait, si j'ose dire, l'àme trop aristocratique pour réussir dans le métier de moqueur. Voilà pourquoi son trait s'émousse avant même d'atteindre le but,
telum imbelle sine ictu ;
voilà encore pourquoi ces Poèmes^ si en faveur parmi les témoins des scènes qu'ils racontent, perdront, ce semble, de jour en jour, de leur valeur, en perdant peu à peu de l'intérêt des choses du moment.
Après ces réserves, qu'il était, je crois, nécessaire de formuler, je ne puis refuser de reconnaître les beautés vraies et durables qui fourmillent encore dans ces pages. J'ai eu l'occasion de faire remarquer comment, après ses premières satires, le poète, épuisé peut-être par son impuissance même dans un genre qui n'était pas le sien ; en tout cas, abandonné, fui d'amis que son contact compromettait, écœuré d'un combat sans espoir, s'était retiré du champ de bataille et avait fait à la Muse de la satire ses adieux solennels. Vains adieux toutefois à ce monde d'où il veut se bannir. Il a beau vouloir briser sa lyre et la jeter,
Flebile nescio quid queritur lyra :
la lyre exhale même encore des sons harmonieux et purs. Elle pleure les Ai'bres du Luxembourg^ qui
DE VICTOR DE LAPRADE SqQ
tombent sous la hache impitoyable de M. Haussmann(i), de même qu'elle pressent la guerre qui menace, à un coin de l'horizon. Dans VHjmne à Vépée[2)^ et, dès i866, dans une pièce intitule'e : la Guerre^ V. de Laprade avait maudit la guerre agressive et exalté la guerre défensive *, il avait tout ensemble plaint et vaillamment animé les mères :
Lorsque vos fils, armés pour les droits de leurs villes,
Teindront de leur sang généreux Les sentiers de l'Argonne ou ceux des Thermopyles,
Mères, ne pleurez pas sur eux.
Au dernier qui vous reste attachez, pour qu'il parte.
Ses éperons de chevalier, Et, dans un fier adieu, dites-lui, comme à Sparte :
Avec ou sur ton bouclier ! (3)
Exhortations véritablement Spartiates, qu'il va trop tôt falloir répéter et reprendre. Les forêts de l'Argonne, nos Thermopyles à nous, étaient franchies à quelque temps de là : la France était envahie, écrasée.
(i) Je ne connais pas, en Europe, deux pays comme la France où l'on ait aussi peu le respect des arbres. En Allemagne, en Angleterre, en Suisse, partout, l'arbre est l'objet d'un culte. Il n'est construction princière ni route nationale qui tienne, et qui ne doive... céder le pas à un grand arbre. On enchâsse, s'il le faut, et avec des soins infinis, un arbre dans une construction nouvelle; on fait dévier une route; mais l'arbre est regardé comme sacré, et on le conserve. Et nos voisins ont raison! Ces pauvres arbres, qui mettent tant d'années à grandir, sont si agréables à la vue, si gentiment encourageants au repos, si mélodieusement peuplés de rossignols!... En l'espèce, la théorie de l'alignement est plus que barbare : elle est brutale et renouvelée des pires Vandales, les Vandales civilisés.
(2) Œuvres poétiques, T. III, p. 119.
(3) Œuvres poétiques, ibid., p. io5.
« Quand l'horrible guerre éclata, raconte M. F. Coppée, quand le double désastre de Reichshoffen et de Sedan nous fit monter la rougeur à la face, l'auteur de Pernettey malgré sa barbe grise, aurait bien voulu imiter le héros de son poème, Pierre le francchasseur, et saisir à son tour le fusil du volontaire, le mousquet rouillé des chouanneries et des guérillas ; car aucun citoyen n'éprouva plus profondément, plus douloureusement que lui cette impression de viol et d'outrage qui alors déchira tous les cœurs. Mais, cloué dans son logis moins par Tàge que par le mal qui devait faire de ses dernières années une lente agonie, il ne put qu'accompagner nos soldats de ses ardentes prières et de ses vœux passionnés. Il ne faillit pas du moins à ce devoir, et parmi les cris de guerre qu'arrachait alors à nos poètes le désespoir national, il en poussa d'admirables. Où trouvera-t-on plus d'enthousiasme vraiment français, plus d'éloquence patriotique que dans les vers de M.' de Laprade aux Bretons, que dans ces strophes enflammées, où l'Arverne se souvient que les habitants des landes de l'Ouest sont Celtes comme lui et que leurs pères ont lutté jusqu'au bout contre les légions romaines ; où le montagnard, qui a sans doute dans les veines une goutte du sang de Vercingétorix, crie éperdument : Aux armes ! \tïs le pays de Beaumanoir et de Duguesclin ? (i) »
(i) Discours de réception à l'Académie française.
Alors, tous nos poètes, jeunes ou âgés, élégiaques ou intimes, saisissent en main la lyre de Tyrtée, une arme invincible, celle-là ! François Coppée, SuUy- Prudhomme , André Theuriet , Paul Déroulède, Théodore de Banville , Francis Pittié , Eugène Manuel, Emile Grimaud, Charles Read, Joseph Roy... Mais la muse de Victor de Laprade mène le chœur, et le domine de toutes les énergies de son talent.
Son ami, M. Emile Grimaud, lui crie, du fond de la Bretagne :
Laprade, es-tu donc mort, que tu ne chantes pas ?
A l'œuvre donc, je t'en conjure !
Inspire-toi de notre injure, De tant de maux, de tant d'excès :
Frappe, invective, pleure, crie ; Sois fier, sois grand, sois la Patrie ! Aide à sauver le nom français (i).
Et Laprade se lève, ajuste son armure, et répond par une pièce vibrante de patriotisme, que la Revue de Bretagne et de Vendée publie, au mois d'octobre 1870, et qu'il adresse aux soldats et aux poètes bretons. Séparé d'eux, le poète leur fait du moins parvenir ses regrets et ses vœux. Il voudrait les rejoindre :
Oui, ma rage, enivrant vos sacre's bataillons, Soulèverait là-bas les pierres des sillons. Mes vers, sonnant la charge et jamais la retraite. Seraient votre clairon, Gathelineau, Charrette,
(i) Emile Grimaud, les Fleurs de Bretagne.
Pour qu'un même boulet, fauchant le premier rang, Mêlât mon sang obscur à votre illustre sang(i).
UEpître à Guillaume allait suivre, dès la nouvelle du bombardement de Paris.
UEpîlî^e à la France^ celle à la Teinte de France surtout (octobre 1872) vint clore noblement le recueil.
Certes, tant d'œuvres diverses prouvaient surabondamment la souplesse du talent de Victor de Laprade. Ils se rencontrait cependant encore des critiques incontentables qui répétaient de confiance les reproches d'autrefois. « Le poète, dit M. Cherbuliez, sut confondre ses accusateurs, ceux qui lui reprochaient que sa poésie n'était pas assez huiTiaine, qu'elle était trop céleste pour nous attirer. Il leur fit à tous la " meilleure des réponses : il écrivit Permette et le Lipj^e d'un Père ; il montra que son talent était aussi souple qu'abondant et que les vrais poètes, quand il leur convient, savent ajouter des cordes à leur lyre (2). »
M. Chantelauze a raconté, en ces termes, l'histoire de la composition du Lipre d'un Père. « Une partie des pièces qui forment ce volume, dit-il, était fort ancienne et dormait dans le portefeuille du poète. Il n'avait pas eu la pensée d'en faire un livre à part. Un ami, qui est à la fois un charmant écrivain sous le nom de Stahl et un habile éditeur sous celui d'Hetzel, lui demanda quelques vers pour sa publication si populaire, le Magasin d'éducation et de 7'écréation. Victor
(i) Œuvres poétiques, T. III, p. i53.
(2) Réponse au « Discours de réception » de M. Coppée.
DE VICTOR DE LAPRADE 4o3
de Laprade les envoya. Le libraire, doublé d'un fin connaisseur, lui répondit : « Ce sont tout simplement de « petits chefs-d'œuvre ; j'en veux tout un volume « comme cela et je vous réponds que nous aurons du « succès. » Le poète, en proie aux cruelles souffrances de son rhumatisme nerveux et chronique, lui demanda grâce. L'ami, plein d'espérance dans la réussite, ne se tint pas pour battu : il pressa, supplia, ordonna. Le malade reprit courage et, entre deux crises, il écrivait une pièce. Au bout de quelques mois, le volunie était achevé. Il paraissait en décembre 1876 et la première édition illustrée était enlevée au premier janvier (i). »
Aussi, faudrait-il tout citer, depuis le Petit Garde- Malade jusqu'aux Petits Ingrats^ depuis Morts pour la Patrie jusqu'à la Prière du Soir. On dirait qu'à mesure que le soleil descend derrière l'horizon de sa vie, V. de Laprade monte de plus en plus haut pour en contempler les meilleures et les plus bienfaisantes clartés ! Heureux les maîtres, quand le talent leur reste longtemps fidèle, et que le souffle divin passe encore de la sorte sur leur tête blanchie !...
Ici, à propos d'une gronderie, le père dit à son enfant :
Je t'aurai dit, dans mon émoi.
Quelque vive et dure parole...
Mon bon enfant que je de'sole.
Va! j'en souffre encor plus que toil
(1) Revue de France, du i5 décembre 1879, P* 797j 798-
Qu'il en coûte d'être sévère!
Tâche, ami, de te souvenir Du chagrin que se fait ton père Quand il faut gronder et punir.
Garde sa douloureuse image Dans ton petit cœur bien aimant; Si tu songes à ce moment, . Tu seras toujours, toujours sage!
Oh oui 1 c'est la dernière fois Que tu fais mal et que je gronde.
Tu m'as bien compris, je le vois :
Tu relèves ta tête blonde.
Tu t'e'lances sur mes genoux...
Viens, viens! c'est moi qui te rappelle;
Vite, oublions notre querelle,
Mon cher petit, embrassons-nous! (i)
Là, s'adressant à son « cher petit Paul », il jette ce cri de poétique tendresse :
Il fait soleil dans la maison Sur chaque meuble où tu te poses; Ton sourire à chaque saison Donne des lilas et des roses.
Je cesse un moment de souffrir; Tes baisers sont mes seules trêves.
Dans tes yeux je vois se rouvrir Le ciel clos de mes anciens rêves.
Des fleurs vives de ta gaîté
Dieu veut que ma force renaisse...
Sitôt que l'enfant a chanté,
Le père a repris sa jeunesse. (2)
(i) Le Livre d'un Père, l'Enfant grondé. T. IV des Œuvres poétiques, p. 140. {2) Ibid., Petit Enfant, Petit Oiseau, p. 146.
Ailleurs, il interpelle toute la bande :
Petits ingrats, mauvaises têtes, Méchants que je ne veux plus voir, Savez-vous le mal que vous faites Lorsque vous manquez au devoir ?
Sitôt que vous n'êtes pas sages, Nos amis, de très bonne foi, M'accablent de tristes présages Sur vous tous et même sur moi...
Nous avons tous, en ce bas monde, Petits et grands, dès le bercail, La même loi simple et féconde :
Obéir, aimer le travail.
Travaillez! des heures d'étude Ne perdez pas un seul instant ; Ce serait une ingratitude Pour celui qui vous aime tant...
Mais il me semble qu'on raisonne Et qu'on sourit... Petits ingrats!
Ne vous montrez plus à personne...
Venez vous cacher dans mes bras ! (i)
OU encore, ce sont des conseils pratiques :
Nommez votre pays de ce nom : la patrie! Après celui de Dieu, c'est le nom du devoir. Prononcez-le toujours avec idolâtrie Ce nom qui vous oblige au combat, à l'espoir...
Oui, nous sommes tombés, vaincus par notre faute! Nous avons manqué d'âme et quitté les sommets : L'abîme est bien profond, car la cime était haute... Ceux qui rampent toujours seuls ne tombent jamais.
Oui, la France est coupable et s'accuse elle-même ; Mais lequel est plus pur, de ses voisins jaloux? Lequel peut, à bon droit, nous lancer l'anathème? Quel peuple sans péché se lève contre nous?
(i) Ibid., Petits Ingrats, p. 189.
Qu'ils se taisent! Nous seuls et l'esprit de nos pères Restons juges du crime et des devoirs trahis. Par fierté, par amour, soyons juges sévères... C'est le servir bien mal que flatter son pays, (i)
Prononcez mieux que nous ce saint nom : la patrie! Osez enfin tout haut vous proclamer Français. Soyez dignes de vaincre, ô jeunesse aguerrie ! Faites votre devoir... Dieu fera le succès.
Vous apprenez ici toute noble science ; On vous dresse à porter l'esprit et le cœur haut. Avant tout, connaissez, adorez bien la France : Voilà le grand savoir, aujourd'hui, qu'il nous faut. (2)
C'est à propos de ce Livre exquis que M. F. Coppée disait, il 3^ a quatre ans, en parlant de l'ensemble des Œuvres du poète, que l'éditeur A. Lemerre venait de réunir en six volumes dans sa « Petite Bibliothèque littéraire « : « Le Livre d'un Père est entièrement formé de pièces intimes, composées et écrites par le poète dans sa chambre de malade, au coin du feu, à côté de ses enfants et pour ses enfants... Si l'on excepte Victor Hugo, aucun poète n'a mieux parlé à l'enfance et de l'enfance que M. de Laprade. Son livre diffère d'ailleurs essentiellement de V Art d'être Grand-Père : il n'est pas inspiré par l'indulgence quand même, par l'attendrissement continuel et un peu sénile de l'aïeul*, c'est, comme le titre l'indique, le livre d'un père, d'un
(i) Ibid., Serment, p. 219 sq.
(2) Ibid., Morts pour la Patrie, p. 257. — Ces deux strophes son tirées de la magnifique pièce que V. de Laprade lut à l'inauguration du monument consacré par les anciens élèves du Lycée de Lyon aux camarades morts pour la Franco en 1 870-1 871.
père au cœur rempli d'amour, d'un père prodigue de caresses, mais qui, tout en adorant ses enfants, veut leur donner son âme virile, et prétend graver sur ces jeunes fronts, en les couvrant de ses plus tendres baisers, les mâles vertus qu'il a reçues lui-même de ses aïeux. En résumé, ces vers ne sont pas seulement une pure et parfaite œuvre d'art-, ils sont encore une œuvre d'une haute utilité morale, et l'on devrait souhaiter qu'ils fussent lus par tous les pères de famille à leurs enfants ; ceux-ci puiseraient dans cette lecture, dès leur plus jeune âge, un noble et sévère idéal, les sentiments les plus élevés et la passion de tous les grands devoirs (i). »
Après ce livre, où le sentiment paternel s'épanche en strophes brûlantes, V. de Laprade enrichit encore son écrin de plusieurs perles de choix. Dans un premier recueil : Varia^ il groupa, autour de certaines pièces publiées précédemment dans des revues ou des journaux, quelques compositions plus récentes et encore inédites qui prouvaient que le cher poète ne pouvait pas « supporter de ne rien faire )>. Parmi ces dernières, figure le Cha?it du Drapeau^ qu'il écrivit pour les élèves de l'Ecole Saint-Thomas-d'Aquin, d'OuUins, le jour où ceux-ci offrirent l'oriflamme de l'Ecole à leur P. Prieur. La pièce est datée de décembre 1879, et je la citerai non seulement parce qu'elle révèle le vif attachement du poète pour une congrégation
(i) La Patrie, feuilleton du 23 janvier 1882.
4o8 LA VIE ET LES ŒUVRES
enseignante qui ne provoque pas en effet médiocrement les sympathies, mais encore parce que l'ardent amour de Victor de Laprade pour les jeunes gens y éclate du premier Vers au dernier :
En plein soleil, toujours, portant notre bannière Et d'un amour profond cherchant la vérité, Nous trouvons en Dieu seul la force et la lumière... Mais le monde nous doit, au moins, la liberté 1
La science et les arts pavent nos solitudes; Nous en avons, jadis, allumé le flambeau. Le Bien, premier objet de nos saintes études, Nous conduit, à coup sûr, dans le chemin du Beau.
Nous enseignons ici, malgré tout, l'espérance : Notre foi la commande, indomptable soutien 1 On verra bien, un jour, si nous aimons la France Et ce qu'on fait pour elle en demeurant chrétien.
Nous avons même cœur, les écoliers, les maîtres... Et de nos rangs serrés on ne peut plus sortir Quand on marche au combat avec de tels ancêtres, L'apôtre Lacordaire et Captier le martyr 1
Nous les imiterons, sans être de leur taille! Voici les jours mauvais, Dieu le veut, il le faut. Vous le savez ; la terre est un champ de bataille : Ici-bas le travail; la couronne est plus haut.
Aux devoirs, aux dangers notre âme est aguerrie; Elevons ce drapeau sans reproche et sans peur : Il sera, dans nos mains, pour Dieu, pour la Patrie, A la peine souvent... et toujours à l'honneur (i).
Après avoir écrit tant et de si beaux ouvrages, Victor de I.aprade voulut coficlure : il le fit dans le
(i) Varia, Pour un Drapeau. T. VI des Œuvres poétiques, p. 269.
Livre des Adieux. Il s'adresse là tour à tour aux Alpes, à la Terre maternelle, à Dieu, aux Souvenirs, à la Patrie, aux Montagnes du Forez, à l'Ange gardien, aux Amitiés, à la Muse, et l'on peut avancer, sans exagération, qu'il fit alors le livre de ses souvenirs intimes et son testament poétique : ce sont ses novissima verba. On était à la fin de l'année 1880 et il remarquait, en écrivant à un ami, que « la prière est la seule arme qui convienne à un septuagénaire ». Il voulut donc SÊ recueillir et prier. Mais les neuf pièces du recueil sont elles-mêmes une prière. Il n'avait jamais cessé
d'aiguillonner les âmes, De leur crier : Plus haut! quand tout les pousse en bas;
il le fit encore, avec cette divine éloquence du cœur qui évoque les souvenirs les meilleurs d'une existence déjà longue et qui leur imprime une dernière et sublime consécration. C'est le doux chant du cygne chrétien qui, après avoir achevé, en quelque sorte, la revue de ses affections et de ses enthousiasmes, se rappelle encore
Qu'il prêche le Dieu bon et l'infaillible espoir,
et qui s'écrie maintenant, à la veille de paraître devant Lui :
Oui, je vous ai conquis, je vous possède, ô Père!
Je vois, je sens, je tiens tout ce qu'un autre espère : Rien ne m'arrachera de vos embrassements.
'^'m'^'Sit'^'^'^'^'^'^'^'^'^'m'^'^'^'^'^'^