‹ La vie et les œuvres de V. de LapradeChapitre 48 sur 51 · PRIÈRE POUR LA FRANCE · texte numérisé non relu

PRIÈRE POUR LA FRANCE

Dieu fort, Dieu saint, Dieu éternel, ayez pitié de nous et de notre chère France. Amen.

Grâce, miséricorde, ô bon Jésus, pendant les dangers présents.

Couvrez-nous de votre sang précieux. Amen.

PÈre éternel, faites-nous miséricorde par le sang de Jésus-Christ, votre Fils unique. Faites-nous miséricorde, nous vous en supplions. Amen, Amen, Amen.

Je trancris cette Prière d'après le texte qu'a bien voulu me remettre, en même temps que le portrait du poète, madame Victor de Laprade. Au bas, se lisent ces mots, écrits de sa main : Triste et respectueux souvenir de Victor de Laprade.

Nous tenons à dire ici combien grande est la perte que nous avons faite en la personne de cet homme de bien, de ce chrétien convaincu qui me'rite d'être notre modèle soit au point de vue de la noblesse littéraire, soit à celui de la dignité pnééminente de la vie. »

Les funérailles de V. de Laprade eurent lieu, trois jours plus tard, le mardi, 17 décembre, à l'église d'Ainay. Mais les témoignages de sympathie, les dépêches et les lettres de condoléances étaient venus nombreux consoler la famille dès que la triste nouvelle s'était répandue à Lyon ou qu'elle avait été connue au dehors par la voix des journaux. M. le comte de Paris notamment télégraphiait de Cannes, le 14, à Tun des fils du poète : «La comtesse de Paris et moi, nous prenons la plus vive part à votre douleur, et nous nous associons à tous les hommages qui seront rendus à la mémoire de votre père. »

Ses amis et ses admirateurs se pressèrent dans l'église paroissiale, à la suite de la famille, le 17, pour lui rendre les derniers devoirs. « L'initiative toute personnelle de son illustre confrère, Tévêque d'Autun, valut à V. de Laprade, dit M. Heinrich, une sorte de dédommagement de l'abstention trop rigoureuse de l'Académie française (i). En venant présider la cérémonie religieuse dans la vieille église de l'abbaye

(i) On sait que l'Académie Française ne se de'range plus pour assister aux funérailles de ses membres éloignés. Dans la circonstance présente l'Académie de Lyon suppléa de son mieux l'Académie Française.

Celle-ci, à quelques mois de là, invitait M. F. Coppée à venir

d'Ainay, Mgr Perraud rendait hommage à la fois au poète et au chrétien. » Mgr Pagnon, vicaire général de Lyon et représentant de Son Eminence, fit la levée du corps, pendant qu'un détachement du 12^ chasseurs à pied rendait les devoirs militaires. Le cercueil, sur lequel se trouvait l'habit aux palmes vertes, le chapeau et l'épée des Académiciens, portait des couronnes nombreuses.

Le 18 décembre, une seconde cérémonie funèbre avait lieu à Montbrison, dans la vieille église gothique que le poète avait chantée et où, environ trois quarts de siècle auparavant, il avait reçu la grâce du baptême. Est-il besoin de dire que les funérailles prirent le caractère d'un deuil public?... La cité perdait le plus illustre de ses enfants !

La ville de Montbrison et, dans son sein, la Société

s'asseoir dans le fauteuil laissé vide par V. de Laprade. M. Coppée raconta alors qu'en 1866, lorsqu'il eut fait paraître son premier recueil (le Reliquaire), il le lui avait envoyé : « Quand mes premières rimes furent imprimées, dit-il, je les lui offris en élève timide; il les lut en maître indulgent ; et l'unique poignée de main que nous échangeâmes plus tard ne fit que mieux unir mon respect filial à sa paternelle sympathie. Il m'en a donné plus d'un témoignage. Je conserve précieusement et souvent je relis avec émotion une lettre de M. de Laprade dans laquelle il me remercie d'une page bien sincère écrite sur ses œuvres et « conçoit l'espérance » — ce sont ses propres expressions — « d'être un jour loué par moi dans un lieu plus retentissant et plus solennel ». Ce désir, il l'a confié à plusieurs d'entre vous; il l'exprimait encore, dans les derniers jours de sa vie, devant sa chère famille. J'éprouve une grande douceur à croire que son suffrage ne me manque pas aujourd'hui, et j'aime la tâche que vous m'imposez de faire l'éloge d'un poète de race qui fut excellent pour moi; car je suis soutenu dans ce devoir par deux sentiments, l'admiration et la reconnaissance. » — Discours de réception.

de la Diana^ comprirent tout de suite les devoirs qui leur incombaient. Dans la séance du 21 février 1884, M. le vicomte de Meaux proposa à la Diana de prendre l'initiative d'une souscription pour l'érection d'un monument en l'honneur de V. de Laprade. « Il y a plus de vingt ans, dit-il, que le poète s'adressait en ces termes à son pays de Forez :

S'il s'attache à mon nom quelque gloire modeste, Alors rappelle-toi que je suis ton enfant, Que tu m'as fait poète et que l'honneur t'en reste : Donne à mon souvenir un humble monument.

La mort vient de marquer le moment où le Forez doit répondre à l'appel de son poète et revendiquer l'honneur de l'avoir donné à la France. Il appartient à la Société de la Diana de conserver, de perpétuer la mémoire des hommes et des choses qui honorent notre province, et puisque M. de Laprade, fidèle jusqu'à son dernier jour aux souvenirs de son enfance et aux généreuses traditions de sa famille, a voulu reposer parmi ses compatriotes, c'est à nous avant tous autres d'élever le monument destiné à rappeler le poète, le citoyen, le chrétien que notre patrie vient de perdre. Nous avons la confiance que les amis, les admirateurs de M. de Laprade s'associeront à nous, de loin comme de près, pour lui rendre l'hommage auquel il a droit, précisément dans les lieux où il a souhaité que cet hommage lui fût rendu. C'est pourquoi, Messieurs, je propose à la Société de la Diana d'ouvrir une souscription pour élever un monument à M. de Laprade, à Montbrison. »

Votée à l'unanimité, la proposition de M. deMeaux fut immédiatement mise à exécution. Et l'enthousiasme des Foréziens à accueillir son idée fut tel, que, le i6 juin suivant, M. le comte de Poncins, président de la Diana^ après avoir donné la parole à M. de Meaux pour prononcer VEloge de V. de Laprade^ put annoncer que la souscription avait déjà atteint le chiffre de quinze mille francs et que M. Bonnassieux avait bien voulu se charger de faire la statue de son illustre et aimé compatriote, (i)

Le Conseil municipal n'était point resté en retard. Sur la proposition de l'honorable M. Levet, maire de Montbrison et député de la Loire, il s'était arrêté, dès le 9 janvier 1884, à l'idée de « perpétuer, par un signe visible, la mémoire du poète qui avait voulu avoir là sa dernière demeure ». Puis, en vertu d'un arrêté, daté du 14 du même mois, le nom de : Rue Victor de Laprade avait été substitué au nom de la Rue de la

(i) Parmi les adhésions qui arrivèrent alors à la Société de la Diana, je signalerai celle du grand poète provençal, Frédéric Mistral, dont on lira la lettre avec intérêt. On verra la sympathique admiration qui unissait l'auteur de Mireille au chantre de Pernette :

Maillane, i8 mars 1884,

Le Félibrige qui était très Honoré de compter Victor de Laprade au nom de ses mainteneurs, s'associe cordialement à l'idée patriotique qui va élever un monument au grand poète du Forez. J'attends avec impatience la réunion annuelle de notre Société pour communiquer au.K Félibrcs votre demande. J'espère que la Provence sera heureuse d'apporter son obole à cette glorieuse manifestation et je vous prie de croire, en attendant, à notre vive sympatliie pour la mémoire de l'auteur de Pernette, ainsi qu'à l'assurance de mes sentmients les plus distingués pour la Diana et pour son président.

F. Mistral.

Commune, latérale à la maison où le poète avait vu le jour. Enfin, plus récemment (6 janvier 1886), après avoir pris l'avis de l'éminent statuaire, M. Bonnassieux, le Conseil décida, à la majorité des voix, que « la statue de Victor de Laprade serait érigée dans le jardin d'Allard, sur la pelouse qui se trouve entre le grand bassin et la fontaine ».

C'est sur cet emplacement que nous l'admirerons, j'en ai l'espérance fondée, au printemps prochain. J'en voyais la maquette, à Paris, dans l'atelier même de l'artiste, rue Saint-Simon, à la fin du mois de mai dernier et j'étais frappé de l'habileté avec laquelle M. Bonnassieux a su nous rendre la physionomie vraie de notre illustre et cher compatriote. Expression du visage, fidélité du costume, noblesse de la pose, rien n'y manque : V. de Laprade est là vivant.

L' « humble monument », que le poète appelait de ses vœux dans la Dédicace de ses « Id3'^lles héroïques », ne sera donc rien moins qu'une splendide œuvre d'art. Mais c'était justice : les Foréziens n'auront jamais assez de magnificences, ils ne montreront jamais assez de gratitude pour le Poète qui, dans l'humilité et la sincérité de son âme, disait, en prenant congé de la Muse :

J'ai fait ce que j'ai pu 1 languissante et fragile, Ma fibre a, sous tes doigts, faiblement résonné : J'ai confessé, du moins, la France et l'Evangile 1 J'ai fait ce que j'ai pu 1...

Page 1